L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


NIVAULT, Camille, Armand


Matricule "45928" à Auschwitz

Rescapé

Camille Nivault est né le 3 septembre 1906 à Paris (17ème). Il habite 6 avenue des maronniers à Saint-Ouen (ancien département de la Seine, aujourd'hui Seine-St-Denis) au moment de son arrestation.

Son père est employé à la STCRP (qui deviendra RATP).
Camille Nivault épouse Suzanne, Germaine Nalis le 24 mai 1930 à Saint-Ouen. Elle est née le 4 mai 1910 à Reims. Camille Nivault est père de deux enfants.
Il est menuisier à la STCRP, puis employé.
Il a été secrétaire des Jeunesses communistes du 17ème (rapport de la Sûreté Nationale). Sa femme est adhérente à l'UFF (Union des femmes française). Il est sportif (il joue au handball) et féru d'histoire.
Conscrit de la classe 1926, Camille Nivault est incorporé au 8ème régiment du Génie à Tours le 8 novembre 1926. Il effectue un stage de colombophilie au 18ème régiment du Génie à Nancy. Il est renvoyé à la vie civile le 16 avril 1928. Il effectuera les deux périodes de réserve auxquelles il est appelé. 
Il adhère au Parti communiste en 1938. Après l’interdiction du Parti communiste, il demeure un "communiste notoire" selon la formule policière.
Le 4 septembre 1939 il est « rappelé à l’activité » par le décret de mobilisation générale. Il est affecté au 8ème régiment du Génie. Camille Nivault est démobilisé le 17 juillet 1940.
Il est possible qu'il ait été "affecté spécial" et de ce fait mobilisé sur son poste de travail.
Le Trait d'Union n°1, 1940
Une perquisition menée par les Renseignements généraux le 7 mars 1940 amène à la découverte du n°1 du "Trait d'Union" s'adressant en particulier aux soldats « et de nature à favoriser les entreprises de l’ennemi ». Il est arrêté avec sa femme, mais sont relaxés faute de preuves.
Son épouse sera également engagée dans la Résistance (un dossier d'homologation a été déposé à son nom après guerre). 
Un rapport de police d'octobre 1941 signale que Camille Nivault "n'a cessé de poursuivre une activité révolutionnaire en dépit du décret de dissolution des groupements contrôlés par la IIIème  Internationale.".
Camille Nivault participe de façon effective à la formation de la 5ème région Nord du Front National, créé à l’initiative du Parti communiste clandestin.
Il transporte et diffuse du matériel de propagande anti-nazie à l'intérieur de son usine, et fait des distributions "massives" de tracts.
Camille Nivault est arrêté le 27 juin 1941 par la police française, en application du décret de novembre 1939. 

Extrait de la liste des RG du 27 juin 1941, montage à partir du début de la liste
La liste des Renseignements généraux répertoriant les communistes internés administrativement le 27 juin 1941, mentionne pour Camille Nivault : « Meneur communiste très actif. Ex secrétaire du comité des JC ».
Son arrestation a lieu dans le cadre d’une grande rafle concernant les milieux syndicaux et communistes. En effet, le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. D’abord placés dans des lieux d’incarcération contrôlés par le régime de Vichy (ici le Fort de Romainville), ils sont envoyés en vue de leur déportation comme otages, à partir du 27 juin 1941, au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), le Frontstalag 122 administré par la Wehrmacht.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation

Camille Nivault est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Camille Nivault est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro « 45928 ». Ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard.
Fiche de la D.A.W. en date du 23 février 1944 recto
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau (Brzezinka), situé à 4 km du camp principal. 
Le 13 juillet : Nous sommes interrogés sur nos professions. Les spécialistes dont ils ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et s'en retournent à Auschwitz I, ils sont approximativement la moitié de ceux qui restaient de notre convoi. Les autres, dont je suis nous restons à Birkenau où nous sommes employés pour le terrassement et pour monter des baraques appelées Block. (…) Pierre Monjault.
Fiche de la D.A.W. d'Auschwitz récapitulant ses fonctions et Kommandos 
Compte tenu de son métier de menuisier, Camille Nivault est affecté affecté au Block 18A et au Kommando de travail de la D.A.W. (Deutsche Ausrüstungswerke) : Il y travaille avec Robert Lambotte, Charles Limousin, Lucien Penner, Raymond Montégut et Lucien Matte, notamment au démontage des ferrures de ski pour en récupérer le métal. 
Il est témoin de l'horreur au quotidien, décrite minutieusement par René Maquenhen (lire dans le blog, La journée-type d'un déporté d'Auschwitz)
A la fin de l'année 1942, ils ne sont plus que 220 survivants et 150 environ en mars 1943 !
Camille Nivault, comme les autres détenus politiques français d’Auschwitz reçoit en juillet 1943 l’autorisation d’échanger des lettres avec sa famille - rédigées en allemand et soumises à la censure - et de recevoir des colis contenant des aliments (en application d’une directive de la Gestapo datée du 21 juin 1943 accordant aux détenus des KL en provenance d’Europe occidentale la possibilité de correspondre avec leur famille et de recevoir des colis renfermant des vivres). Ce droit leur est signifié le 4 juillet 1943. Lire dans le blog : Le droit d'écrire pour les détenus politiques français.
Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11.  Le 12 décembre, les Français quittent le Block 11 et retournent dans leurs anciens Kommandos.
Le 3 août 1944, il est à nouveau placé en “quarantaine”, au Block 10, avec les trois quarts des “45000” d’Auschwitz pour être transférés vers d’autres camps (ce qu’ils ignorent). Lire dans le blog , "les itinéraires suivis par les survivants".
Camille Nivault le 23 février 1944
Le 23 février 1944, Camille Nivault est transféré avec 3 autres « 45000 » à Buchenwald dans un convoi de détenus travaillant pour la D.AW. Il est immatriculé à Buchenwald au Block 14 sous le numéro matricule « 34191 ». Robert Lambotte a le matricule « 34 150 », Raymond Montégut  le « 34 162 », et Lucien Penner le « 34 161 ». Camille Nivault y est apprécié, entre autres par Roger Arnould, qui l'y a connu, comme "un homme calme, bon camarade" et "digne de confiance" « il était très brun et avait un bon regard ». Alexandre Briand se souvient que Camille Niveau lui avait dit « avoir vu tellement d’actes horribles à l’arrivée des déportés raciaux alors qu’il était chargé du déchargement des wagons à Auschwitz, qu’il s’étonnait qu’on l’ait transféré à Buchenwald » .
Grille d'entrée de Buchenwald
"A chacun son dû"
Le 26 octobre 1944, Robert Lambotte est transféré à Neuengamme et affecté dans un kommando de la D.A.W., près de Kiel.
Camille Nivault et ses deux camarades restent à Buchenwald, avec d’autres déportés français (Gaston Roger ancien maire de Garges, Roger Arnould, Volat, ancien maire d’Achères, Guerneau de Pont-Labbé, jusqu'à la libération du camp, le 11 avril 1945. 
Camille Nivault fait partie de la Brigade française d’action libératrice du camp de Buchenwald, homologué du 15 janvier 1945 au 15 avril 1945 (la brigade française a été classée « unité combattante » le 26 novembre 1947 par la commission de l’Etat major général, 3ème bureau, n° 10776 bis). Il est affecté au bataillon Saint-Just (commandant Artous, de la Garde républicaine de Paris) à la 3ème compagnie (capitaine Dangelle). 
Camille Nivault regagne Paris-Orsay le 29 avril. Il souffre de dysenterie grave et chronique dont il ne guérira jamais. Il est titulaire d’une pension d’invalidité définitive au taux de 100 % + 1. 
Camille Nivault qui habite Saint-Ouen, boulevard Victor Hugo, est élu conseiller municipal de Saint-Ouen en mai 1953 sur la liste communiste. On le voit sur la photo ci-contre en visite à la colonie de vacances de Chaudon (au château de Mormoulins acheté par la ville de Saint-Ouen en 1947).
En 1963 à Chaudon (Eure et Loir)
Château de Mormoulins
colonie de vacances de Saint-Ouen 
A sa retraite, il se retire en Touraine au Bourg à Rivière près de Chinon. 
Il milite à la FNDIRP. Lors d’un Comité national de la FNDIRP se tenant à Valence, il cherche à avoir une dédicade de Roger Arnould pour son livre « les témoins de la nuit »… demande que Roger Arnould ne trouvera que plus tard. Il demandera alors à Marceau Lannoy, qui habite Chinon, de rechercher Camille Nivault, qu’il écrit Niveau.
ll finit ses jours à Gap, où il décède le 13 décembre 1982. 
Comme de nombreux déportés, il n'a jamais vraiment parlé de sa déportation à sa famille. 
Il est homologué "Déporté politique "le 4/12/1953. 
Il est titulaire de la Croix du combattant volontaire de la Résistance (16/12/1960), de la Croix du combattant volontaire 1939-1945 (4/05/1963) et de la Croix du combattant

Sources
  • Rapport de la Sûreté Nationale octobre 1941.
  • Homologation comme sergent FFI (7 août 1948).
  • Certificat d'appartenance au Front National.
  • Témoignages de Roger Arnould, d’Alexandre Briand ( "d'un très grand calme"), et de Roger Gaston (élu communiste après la Libération).
  • Mairie du 17°, archives consultées le 9 mars 1994.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris. Renseignements généraux, Liste des militants communistes internés le 27 juin 1941.
  • Fichier national de la Division des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC) consulté en novembre 1993.
  • Le Trait d'Union. In ©  BNF Gallica
  • © Documents et photos transmis par son fils P. Nivault en 2010. Il est né le premier décembre 1948.
Biographie rédigée en juin 1997 (modifications en août 2010 et juin 2016) par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages "Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005), et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) qui reproduit ma thèse de doctorat.
Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie.
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com * Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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