L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


DENIS Marcel

Voir la note 1

Marcel Denis est né le 4 mai 1921 à Rouen (Seine-Inférieure / Seine-Maritime). Célibataire, il est ouvrier métallurgiste et habite sur le plateau à Belbeuf (Seine-Inférieure/Seine-Maritime) au hameau de Normare, avec ses parents.
Membre des Jeunesses communistes, il appartient au même groupe de Résistance que Jean et Valère Creignou, dès 1940, selon le témoignage de Valère qui l'a connu deux ou trois ans avant son arrestation.
"Marcel devait mesurer 1 m 60, 65, il était blond, légèrement ondulé, très coloré de visage, vivant au grand air. Toujours très sympa, très dévoué, très solide dans ses positions de pensée, déjà un homme véritable".
Marcel Denis est arrêté le 21 octobre 1941 par des gendarmes français, comme communiste. Son arrestation est ordonnée par les autorités allemandes en représailles au sabotage (le 19 octobre) de la voie ferrée entre Rouen et Le Havre (tunnel de Pavilly) Lire dans le blog Le "brûlot" de Rouen.
Une centaine de militants communistes ou présumés tels de Seine-Inférieure sont ainsi raflés les 21 et 22 octobre. Ecroués pour la plupart à la caserne Hatry de Rouen, tous les hommes appréhendés sont remis aux autorités allemandes à leur demande, qui les transfèrent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) entre le 19 et le 30 octobre 1941. Trente neuf d’entre eux seront déportés à Auschwitz.
Le Frontstalag 122
A Compiègne il reçoit le numéro matricule 2015.
Marcel Denis figure sur la liste des jeunes communistes destinés à être déportés en mars 1942 en application de l'avis du 14 décembre 1941, signé par Otto von Stülpnagel, commandant des troupes d'occupation en France.
Marcel Denis est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 ». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les « judéo-bolcheviks » responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation

Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942, et le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale".
On ignore son numéro d’immatriculation lors de l’enregistrement à Auschwitz le 8 juillet 1942. Le numéro «45455 ?» inscrit dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Seule la reconnaissance, par un membre de sa famille ou ami, de la photod’immatriculation publiée ci-dessus pourrait désormais en fournir la preuve. Mais son camarade Valère Creignou n’avait pas reconnu cette photo en 1972.
Marcel Denis meurt à Auschwitz le 4 novembre 1942 d’après le registre d’état civil de la municipalité d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 220).
Après le retour des rescapés, la famille apprendra d’un de ses camarades de déportation que Marcel Denis a été battu dans le camp et que les SS l’ont fait mordre par les chiens. Ce témoin leur a aussi dit que le jour de sa mort, Marcel Denis n'a pas pu se lever car il était trop faible et que les allemands avaient encore fait venir les chiens.
Une rue et une impasse de Belbeuf, hameau de Normare portent son nom, qui est inscrit sur le monument aux morts de Belbeuf.
La mention «Mort en déportation» a été apposée sur son acte de décès paru au Journal Officiel du 27 mars 1988.
"Sa mère est décédée peu de temps après la libération, minée par la perte de son fils unique" écrit Valère Creignou en 1972.

Note 1 Mme Sandrine Viard petite cousine de Marcel Denis qui avait pris contact avec moi, a demandé à son père s’il se souvenait de son cousin germain. Agé de huit ans au moment de l’arrestation de celui-ci, son père se rappelle « juste le voir régulièrement chez lui  où les réunions se déroulaient, son père et sa mère faisant aussi partie du Parti communiste et de la résistance. Il pense que Marcel Denis, comme son père, ont été dénoncé par un voisin qui s'était aperçu des réunions chez les parents de mon père (ce voisin a été arrêté par les FFI à la libération). Le seul trait physique dont il se rappelle est ses cheveux blonds ondulés, ce qui ne semble pas correspondre à la photo". Le déporté 45455 dont la photo figure ci-dessus, n'est donc sans doute pas celle de Marcel Denis.

Sources
  • Valère Creignou (lettre à Roger Arnould, 1983).
  • Mairie de Belbeuf (9 juin 1992) et mairie du Mesnil Esnard (13 juillet 1992).
  • Liste des jeunes communistes nés entre 1912 et 1922, «aptes à être déportés à l’Est» (archives du CDJC. XLIV-198).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb
  • © Site www.mortsdanslescamps.com
  • Courriel de Mme Sandrine Viard (mai 2015).
Biographie rédigée en octobre 2011 par Claudine Cardon-Hamet (mise à jour en janvier 2015), docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com 
Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 


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