L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MARTIN Victor


Matricule « 45846 » à Auschwitz

Victor Martin est né au 39 rue de Châteaudun le 6 mai 1918 à Paris 9ème..  au domicile de ses parents. Il est le fils d’Angèle, Alyse,  Decaesbecker, 40 ans, couturière et d’Emile, Jules, Joseph  Martin, 44 ans, cordonnier, son époux alors mobilisé.
Le 21 rue Turgot
Victor Martin est domicilié au 21 rue Turgot, dans le 9ème arrondissement de Paris au moment de son arrestation.
Son père est tué pendant la guerre 1914-1918. Victor Martin est "adopté par la nation" le 28 janvier 1925.
Victor Martin travaille comme chauffeur-livreur.
Il est militant des Jeunesses communistes. 
Appelé au service militaire en 1938, Victor Martin fait partie des classes (1916 à 1918) qui sont affectées aux formations du territoire lors de la mobilisation générale. 
Il épouse Andrée, Yvonne Néré le 11 novembre 1939 à Paris 9ème. Le couple a un enfant.
Démobilisé, il reprend ses activités militantes dès le mois d’août 1940 avec d’anciens militants de la JC. Suspectés d’activité clandestine, 6 jeunes sont filés (1) et finalement arrêtés en septembre.
Victor Martin est arrêté le 4 septembre 1940 (il est inculpé d’infraction aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939 concernant la dissolution du Parti communiste).
Mis à la disposition du Procureur, il est incarcéré au Dépôt de la Santé le 9 novembre en attente de jugement. Celui-ci a lieu le jeudi 16 janvier 1941 devant la 15ème chambre du Tribunal correctionnel de la Seine. Victor Martin est condamné à 6 mois de prison avec sursis (il fait appel de la sentence, comme ses cinq camarades).
Le camp d'Aincourt
Mais il n’est pas pour autant libéré. Le Préfet de police de Paris (Camille Marchand) ordonne en effet son internement administratif en application de la Loi du 3 septembre 1940. Victor Martin est interné au camp d’Aincourt le 17 janvier 1941 en même temps que autres militants (lire dans le blog : Le camp d’Aincourt).
Comme il a fait appel de la sentence, il est ramené au Dépôt de la Santé le 18 mars 1941 pour le jugement en appel. Le jugement est confirmé… Mais il n’y aura pas de libération, puisque Victor Martin, toujours sous le coup d’un arrêté d’internement, est à nouveau reconduit au camp d’Aincourt le 25 mars 1941.
Son épouse effectue en mars une demande de permission exceptionnelle pour la naissance de leur enfant.
Le FT 122 @ DR
Le 9 mai 1942, à la demande des « autorités d’Occupation », Victor Martin est transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) au sein d’un groupe d’une quinzaine d’internés venant d’Aincourt ou Mantes. Ce même jour plusieurs dizaines d’otages du Cher, Loir et Cher et du Calvados, arrêtés au début mai, y sont également internés.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Victor Martin est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Victor Martin est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45846» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. On ignore dans quel camp il est affecté à cette date.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Victor Martin meurt à Auschwitz le 25 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 784 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec sa date de naissance et de décès, son lieu de domicile, avec l’indication « Katolisch » (catholique).
Un arrêté ministériel du 10 novembre 1994, paru au Journal Officiel n°9 du 11 janvier 1995 page 517, porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès. Mais cet acte porte la mention « décédé en 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Dans les années d'après-guerre, l’état civil français a fixé des dates de décès fictives à partir des témoignages de rescapés, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte, par un nouvel arrêté, les archives du camp d’Auschwitz emportées par les Soviétiques en 1945, et qui sont accessibles depuis 1995 et consultables sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau Voir l’article : Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Victor Martin est homologué comme « Déporté politique » le 25 février 1963. Son nom est honoré sur le monument aux morts du 9ème arrondissement de Paris (cour de la Mairie - 6 rue Drouot).
  • Note 1 : A partir du 11 juillet 1940, le nouveau régime de  Vichy (l’Etat Français) s’acharne sur ceux qui appartiennent à l’« Anti-France » (les Juifs, les étrangers, les communistes, les Francs-maçons etc..) et va promulguer des textes de loi facilitant leur « internement administratif » sur simple décision du préfet (la loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement administratif sans jugement de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes). La police arrête les militants bien connus de ses services (anciens élus et responsables syndicaux) et utilise des fiches de renseignements élaborées avant-guerre sur les agissements des militants communistes et syndicalistes - on le sait notamment grâce aux études réalisées par le Musée de la Résistance à partir des documents des commissariats d’Ivry et de Vitry - (lire Le rôle de la police française Ivry et Vitry, BS1).
Sources
  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC ex BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Archives départementales de Paris : jugements du tribunal correctionnel de la Seine.
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. Premier camp d'internement des communistes en zone occupée. dir. C. Laporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités.
  • Archives de la police / BA 2374
  • Archives du CSS d'Aincourt aux Archives départementales des Yvelines, cotes W.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet Legifrance.
  • © Site Les plaques commémoratives, sources de Mémoire.
  • © Le CSS d’Aincourt, in blog de Roger Colombier.
  • Montage photo du camp de Compiègne à partir des documents du Mémorial  © Pierre Cardon
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie mise à jour en janvier 2015 à partir de la notice rédigée en 2002 par Claudine Cardon-Hamet pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive». Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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