L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


ROTSZTAJN Jankiel


Jacques Rotsztajn
Matricule « 46307 » à Auschwitz

Jankiel (dit Jacques) Rotsztajn est né le 30 juillet 1894 à Varsovie (Pologne).
Il a épousée Rywka Forover, une brodeuse née en 1897 à Varsovie.
Artisan maroquinier, homme aux convictions proches du KPP (Komunistyczna Partia Polski) ou membre de celui-ci, il émigre avec sa famille en Belgique en 1920, après l’interdiction du KPP au moment de la guerre russo-polonaise (1919-1920) qui oppose la République des Soviets à la deuxième République polonaise indépendante.
Jacques Rotsztajn
Un premier enfant, Adolphe leur naît le 4 décembre 1920 à Molenbeck-Saint Jean, une des communes de Bruxelles (Belgique). 
La famille émigre ensuite en France. Leur fille, Lucienne, nait à Paris en 1926. Jacques Rotsztajn est naturalisé Français le 4 décembre 1928. Il habite au 16 rue Faie Félix, à Vincennes.

Café rue Diderot à Vincennes
Jacques Rotsztajn est adhérent au Parti communiste, membre d’une cellule à Vincennes « dont le siège se trouvait dans un café au 53 rue Diderot à Vincennes. M. Rotsztajn avait été signalé par le commissaire de Vincennes comme étant un élément particulièrement actif de la propagande communiste clandestine. Il est arrêté pour ce motif à son domicile 16 rue Faie Félix, le 27 juin 1941 vers 6 heures du matin ». In Note blanche des Renseignements généraux (mai 1955) transmise au Minsitère des Anciens combattants pour l’obtention du titre de « Déporté politique » présenté par l’épouse de Jacques Rotsztajn.
Extrait de la liste des RG du 27 juin 1941, montage à partir du début de la liste
Cette arrestation le 27 juin au matin se fait à son domicile, à la demande du commissaire de police de Vincennes qui inscrit " propagande communiste / israélite ". Son arrestation ne se fait pas pour motif racial. 

La liste des Renseignements généraux répertoriant les communistes internés administrativement le 27 juin 1941, mentionne pour Jankiel Rotsztajn : « Meneur communiste très actif ».
Elle s’inscrit dans le cadre d’une grande rafle concernant les milieux syndicaux et communistes. En effet, à partir du 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, les Allemands arrêtent plus de mille communistes avec l’aide de la police française (nom de code de l’opération : «Aktion Theoderich»). D’abord amenés à l’Hôtel Matignon (un lieu d’incarcération contrôlé par le régime de Vichy) ils sont envoyés au Fort de Romainville, où ils sont remis aux autorités allemandes. Ils passent la nuit dans des casemates du fort transformées en cachots. 
Le Frontstalag 122
Et à partir du 27 juin ils sont transférés vers Compiègne, via la gare du Bourget dans des wagons gardés par des hommes en armes. Ils sont internés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht, camp destiné à l’internement des «ennemis actifs du Reich», alors seul camp en France sous contrôle direct de l’armée allemande. 
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Jacques Rotsztajn est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Jacques Rotsztajn est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45835» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi). Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Sans profession utile pour la SS, il est maintenu à Birkenau avec Aimé Oboeuf, un vincennois comme lui.
On ignore à quelle date est mort Jacques Rotsztajn à Auschwitz. Agé de 48 ans, il a dû être très tôt victime des sévices, malnutrition et épidémies qui ont décimé en quelques mois la majorité du convoi, composée d’hommes bien plus jeunes. Aimé Obeuf pensait qu’il est mort fin octobre 1942.
Un arrêté ministériel du 14 septembre 1998 apposant la mention Mort en déportation sur son acte de décès et paru au Journal Officiel du 2 décembre 1998, porte la mention « décédé le 30 octobre 1942 à Auschwitz (Pologne) ». On sait que dans les années d'après-guerre, l’état civil français a fixé des dates de décès fictives à partir des témoignages de rescapés (ici Aimé Obeuf), afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés.
Jacques Rotsztajn est déclaré « Mort pour la France » et homologué « Déporté Politique » le 11 octobre 1955.
Monument aux morts de Vincennes
Son nom est gravé sur le Monument aux morts de l’ancien cimetière de Vincennes, 1 rue de Fontenay : Aux Vincennois Morts pour la France. Relevé et photo Généanet le 14-05-2012.
Mémorial de la Shoah
Le nom de Jacques Rotsztajn est également inscrit sur le « Mur des noms » du Mémorial de la Shoah à Paris. Il y est référencé comme étant déporté à Auschwitz par le convoi n° 451 (1), qui est le convoi du 6 juillet 1942.
  • Note 1 : Dans le cadre de son considérable travail mémoriel, Serge Klarsfeld a numéroté tous les convois raciaux partis de France à direction d’Auschwitz, en reprenant les numéros attribués par les Nazis. Les convois n° 1 et 2 sont partis les 27 mars et 5 juin 1942 de Compiègne. 67 autres partiront de Drancy, 5 de Pithiviers, 2 de Beaune la Rolande et 1 de Lyon. Mais on trouve dans les listes du Mémorial de la Shoah, un numéro - le n° 451 sans précision de sa date de départ - qui correspond au convoi du 6 juillet 1942. S’il s’agit d’un convoi composé pour l’essentiel d’otages politiques, leur déportation s’inscrit dans le cadre de la politique allemande des otages contre le « judéo-bolchevisme » qui s’applique directement aux convois n° 1 et 2. Il comprend de plus 50 otages Juifs déportés comme tels, et sa terrible mortalité (89 %) est proche de celle des convois raciaux. Il eut certainement mieux valu ne pas le numéroter, car ce numéro 451 introduit une confusion dans la chronologie : il est en effet historiquement le 3ème convoi parti de Compiègne pour Auschwitz, et le 6ème des convois partis de France pour Auschwitz selon sa date de départ.
Sources
  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC ex BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche et dossier individuel consultés en octobre 1993.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Témoignage d’Aimé Oboeuf.
  • © Mémorial de la Shoah, Centre de documentation juive contemporaine (CDJC). Paris IVème.
  • © Site Internet Généanet.
  • © Site Internet Legifrance.
  • © Site Internet Memorial GenWeb
  • Montage photo du camp de Compiègne à partir des documents du Mémorial  © Pierre Cardon
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Archives de la Préfecture de police de Paris. Renseignements généraux, Liste des militants communistes internés le 27 juin 1941.
Biographie mise à jour en juin 2016 (installée en octobre 2014) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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