L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


PREVOST Roger, Henri

Roger Prévost, carte PCF St Maur, @ Geneanet

Matricule « 46003 » à Auschwitz

Roger Prévost est né le 4 février 19011à Saint-Maur-des-Fossés (Seine / Val-de-Marne). Au moment de son arrestation, il habite au 18 bis, rue Béranger à Saint-Maur-des-Fossés (Seine / Val-de-Marne).
Il est le fils de Léontine Caron et d’Auguste Prévost son époux.
Il est monteur-électricien de profession.
Roger Prévost épouse Georgette Chauvin le 2 septembre 1932 à Champigny-sur-Marne. Le couple s’installe au 18 rue Garibaldi à Saint-Maur.
Roger Prévost est militant du Parti communiste français, et à ce titre connu des services de Police.
Roger Prévost est mobilisé à la déclaration de guerre au 232ème Régiment d’Infanterie, qui en mai 1940 est chargé de la défense de la Loire d’Amboise à Angers. Démobilisé, Roger Prévost retourne à Saint-Maur.
Il est alors employé comme manœuvre. Au moment de son arrestation, il est domicilié au 18 bis rue Béranger à Saint-Maur.
Communistes dont l’arrestation est prévue le 6 décembre
Roger Prévost est arrêté à son domicile par des policiers français du commissariat de Saint-Maur, le 6 décembre 1940 avec d’autres militants communistes « en vue de leur internement à Aincourt » (Archives de la Préfecture de police). Il est arrêté en même temps que deux autres saint-mauriens, Robert Terrasse (1) et Edouard Vallerand. 
Leurs arrestations s’inscrivent dans le cadre d’une importante rafle de 69 militants communistes de la région parisienne, opérée conjointement par 8 commissariats de banlieue et 8 commissariats parisiens. L’opération est minutieusement préparée, les noms des inspecteurs (IP et IPA) devant procéder aux arrestations est mentionné, y compris ceux qui seront responsables de la conduite à la caserne des Tourelles, puis au camp d’Aincourt. D’abord conduits aux Tourelles (boulevard Mortier à Paris 20ème) ils sont internés administrativement au camp de « Séjour surveillé » d’Aincourt, ouvert le 5 octobre 1940 par le gouvernement de Vichy pour y enfermer les communistes du département de la Seine. Lire dans le blog Le camp d’Aincourt .
Liste des Renseignements généraux
Roger Prévost y a le n° de dossier « 400.832 ». Sur la liste « des militants communistes internés le 6 décembre 1940» reçue des Renseignement généraux par le directeur du camp, le commissaire Andrey, figurent des mentions caractérisant les motifs de leur internement (C 331/7). Pour Roger Prévost on lit : «meneur communiste très actif ».
Le 5 mai 1942 Roger Prévost est transféré avec 148 autres internés d’Aincourt au Camp de séjour surveillé de Voves (Eure-et-Loir). Il est enregistré par l’administration française du camp sous le n° 405.
Dans deux courriers en date des 6 et 9 mai 1942, le chef de la Verwaltungsgruppe de la Feldkommandantur d’Orléans envoie au Préfet de Chartres deux listes d’internés communistes du camp de Voves à transférer au camp d’internement de Compiègne à la demande du Militärbefehlshabers Frankreich, le MBF, commandement militaire en France.
Roger Prévost figure sur la première liste de 81 noms qui vont être transférés le 10 mai 1942 à Compiègne.
Le directeur du camp a fait supprimer toutes les permissions de visite « afin d’éviter que les familles assistent au prélèvement des 81 communistes pris en charge par l’armée d’occupation ».  La prise en charge par les gendarmes allemands s’est effectuée le 10 mai 1942 à 10 h 30 à la gare de Voves. Il poursuit « Cette ponction a produit chez les internés présents un gros effet moral, ces derniers ne cachent pas que tôt ou tard ce sera leur tour. Toutefois il est à remarquer qu’ils conservent une énergie et une conviction extraordinaire en ce sens que demain la victoire sera pour eux ». Il indique également « ceux qui restèrent se mirent à chanter la «Marseillaise» et la reprirent à trois reprises ».
Le Frontstalag 122
Sur les deux listes d’un total de cent neuf internés, arrivés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) les 10 et 22 juin 1942, quatre-vingt-sept d’entre eux seront déportés à Auschwitz.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Roger Prévost est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Roger Prévost est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «46014» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale". Ce numéro matricule est mentionné avec le nom de Roger Prévost sur le site internet du Musée d'Auschwitz.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, au cours duquel il s'est déclaré catholique, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet Roger Prévost est interrogé sur sa profession : les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi). Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Electricien, il est ramené à Auschwitz I, et affecté au Block 17. 
Victime de l’épidémie de typhus exanthématique qui touche de très nombreux déportés, il entre le 27 août 1942 au block 20 de l’hôpital d’Auschwitz (dédié aux maladies infectieuses et à la tuberculose).
746 déportés assassinés l 29 août 1942
Roger Prévost meurt à Auschwitz le 29 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz, (registres des morts d'Auschwitz) Tome 3 page 965). 746 déportés sont envoyés à la chambre à gaz depuis le block 20 ce 29 août. On peut lire page 63 du Tome 1 du  Death Books from Auschwitz, publié par le Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau. Traduction de l'anglais : « Les deux médecins (Entress et Uhlenbroock) ont pris des dispositions : tout malade, y compris les convalescents et quelques infirmières des prisonniers de la Salle des contagieux du Block 20, doivent être emmenés dans des camions vers les chambres à gaz. 746 personnes ont été assassinées dans cette opération le 29 août 1942. Ceci ne pouvait pas supprimer l'épidémie de typhus, bien sûr, car cette maladie est transmise par des poux et ceux-ci sont restés dans les couvertures et les couchettes des prisonniers. Le Dr. Friedrich Entress a surveillé cette opération. Le Dr Kurt Uhlenbroock, qui était le « Standortarzt» (médecin responsable du KZ Auschwitz depuis le 17 août 1942, il fut remplacé par Eduard Wirths le 1er septembre 1942), a demandé le nombre nécessaire de camions et de gardes pour transporter les prisonniers aux chambres à gaz ».
Selon sa fiche au DAVCC, il n’y a pas eu de demande d’homologation comme « Déporté politique » pour Roger Prévost.
Un arrêté ministériel du 31 août 2012 paru au Journal Officiel du 14 octobre 2012 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès. Cet arrêté s’il constitue un progrès, car il corrige le précédent qui indiquait « mort le 10 juillet 1942 à Saint-Maur-des-Fossés », porte pourtant une date erronée  « décédé le 29 juillet 1942 à Auschwitz. Il serait logique que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (in Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau) et sur le site internet du Musée d’Auschwitz, qui apporte la preuve de son décès à Auschwitz ! Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Plaque dans le hall de la Mairie de Saint-Maur (montage)
Son nom est gravé sur la plaque commémorative sise dans le Hall de la Mairie « à la mémoire des fusillés et morts en déportation en Allemagne ».
A la Libération, la Section du PCF édite, comme elle le fait pour les autres déportés ou fusillés communistes de Saint-Maur, une carte avec son portrait « Roger Prévost, mort à Auschwitz en 1942, membre du Parti Communiste Français ».
Sur les six déportés de Saint-Maur du convoi du 6 juillet 1942 (Marius Adam, Yves Dumont, André Faudry, Raymond Monnod, Gentil Potier, Roger Prévost), seul André Faudry survivra. Georges Marin, qui vécut à Saint-Maur jusqu’à l’âge de 16 ans, sera lui aussi déporté dans le même convoi.
  • Note 1 : Robert Terrasse sera déporté le 4 juin 1944 depuis Compiègne. Il meurt au camp de Neungamme le 11 juillet 1944.
Sources
  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC ex BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1989 par André Montagne et en décembre 1993 par mes soins.
  • Registre matricule militaire de Seine maritime.
  • Archives de la Préfecture de police (RG77W 43).
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. Premier camp d'internement des communistes en zone occupée. dir. C. Laporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités.
  • Archives de la Préfecture de police, cartons occupation allemande, Carnet BA 1837 et BA 2447.
  • Archives du CSS d'Aincourt aux Archives départementales des Yvelines, cotes W.
  • Stéphane Fourmas, Le centre de séjour surveillé de Voves (Eure-et-Loir) janvier 1942 - mai  1944, mémoire de maîtrise, Paris-I (Panthéon-Sorbonne), 1998-1999.
  • Dossiers concernant le camp d'internement de Voves. Personnes internées par décision des préfets autres que le préfet d'Eure-et-Loir.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet Legifrance.
  • © Site Internet Memorial GenWeb. Photo de Claude Richard et plaque du hall de la mairie (Montage © Pierre Cardon).
  • Montage photo du camp de Compiègne à partir des documents du Mémorial  © Pierre Cardon.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie mise à jour et installée en octobre 2014 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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