L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


POTIER, Gentil, François


Gentil Potier. carte PCF St Maur, @ Geneanet
Matricule « 46003 » à Auschwitz

Gentil Potier est né le 22 juin 1895 à Saint-Nazaire au domicile de ses parents, au 8 rue des Halles. Il est le fils de Joséphine, Marie, Legeay et d’André, Jean, Potier.
Au moment de son arrestation, il habite au 29 rue du Pont de Créteil à Saint-Maur-des-Fossés (Seine / Val-de-Marne), un immeuble aujourd’hui rénové.
Gentil Potier est titulaire du Certificat d’Etudes Primaires. Il est serrurier de formation. Son registre matricule militaire le décrit : 1m 61, cheveux châtain clair, yeux bleus, front bombé, nez rectiligne, visage large.
Gentil Potier, matricule militaire « 3534 » est mobilisé le 8 septembre 1915 et incorporé au 64ème Régiment d’Infanterie.
Il monte au Front (« aux armées ») le 19 janvier 1916. Evacué le 19 février 1916 pour maladie (hospitalisation le 23 février). Il passe alors au 154ème RI le 21 juin 1916. Il monte au Front avec son régiment le 29 juin 1916, en est relevé le 17 juillet 1916 (date d’une hospitalisation pour maladie). Le 154ème remonte au Front le 2 octobre 1916 pour participer à la bataille de la Somme.
L’offensive de Sailly-Saillisel
Au cours de l’offensive et des combats pour Sailly-Saillisel, Gentil Potier est blessé à la cuisse (plaie en séton) par un éclat d’obus le 11 octobre. «Pour approcher du village, il fallait enlever les tranchées de Carlsbad, de Terplitz et de Berlin, ainsi que les ouvrages de défense : forteresses et nids de mitrailleuses de la lisière du bois de Saint-Pierre-Waast et fortifications dénommées Ouvrages Tripot, aux abords ouest du château de Sailly-Saillisel». In @ chtimiste.com/batailles1418/combats.
Gentil Potier est au dépôt de son régiment le 31 décembre 1916. Il est affecté au 2ème RI le 12 juin 1917. Il remonte au Front le 21 septembre 1917 et y reste jusqu’au 20 mai 1918 (date d’une hospitalisation pour maladie).
Gentil Potier est démobilisé le 16 février 1919 au dépôt du centre démobilisateur du 65ème RI. Il habite alors à Saint Nazaire chez ses parents au 8 rue des Halles.
Il vient ensuite en région parisienne, travailler aux établissements Duvivier et Compagnie de Saint-Maur.
Gentil Potier épouse Célestine Le Hazif à Saint-Maur. Le couple s’installe le 29 janvier 1925 au 29 rue du Pont de Créteil à Saint-Maur-des-Fossés. Ils ont deux enfants : Roger, qui naît en 1926 et Monique qui naît en 1936. 
En janvier 1939, en application de la Loi de recrutement (article 59, 2 enfants équivalent à quatre années de classe, soit 1911), il est reclassé, rayé de l’affectation spéciale le 20 septembre 1939, et « passe sans affectation ».
Au moment de son arrestation Gentil Potier est manœuvre spécialisé chez Citroën à Javel (Paris 15ème).
Gentil Potier est membre du Parti communiste français, secrétaire des CDH (Comités de défense de L’Humanité) de Saint-Maur et à ce titre bien connu des services de Police. 
On peut penser qu’après la dissolution du Parti communiste, le commissaire de police de Saint-Maur-des-Fossés ait ordonné en décembre 1939 une perquisition à son domicile, comme il l’a fait pour Marius Adam. En tout état de cause, Gentil Potier est arrêté le 6 mars 1940 à Saint-Maur (fiche au DAVCC).
On ignore s’il est alors incarcéré ou condamné, relaxé ou évadé au moment de l’évacuation de la prison du Cherche-Midi, où sont incarcérés une partie des militants communistes arrêtés au début 1940. Mais on sait qu’après la débâcle et l’Occupation allemande (dès juin 1940 à Saint-Maur), Gentil Potier est à nouveau arrêté le 5 octobre 1940 par la police française dans le cadre de la grande rafle organisée, avec l’accord de l’occupant, par le gouvernement de Pétain à l’encontre des principaux responsables communistes d’avant-guerre de la région parisienne : les militants parisiens sont regroupé au Stade Jean Bouin et sont emmenés par cars à Aincourt. Le préfet de Seine-et-Oise, Marc Chevallier, exécute une rafle identique à celle de Paris dans son département. Au total, plus de 300 militants communistes, syndicalistes ou d’organisations dites «d’avant-garde», sont envoyés à Aincourt à partir du 5 octobre 1940. Lire dans le blog : Le camp d’Aincourt
Aincourt : Liste des Renseignements généraux
Sur la liste « des militants communistes « concentrés » le 5 octobre 1940 » reçue par le directeur du camp, figurent des mentions caractérisant les motifs de leur internement (C 331/7). Pour Gentil Potier on lit : « 45 ans, se livre à la propagande clandestine, 29 rue du Pont de Créteil à Saint-Maur ».
Comme plusieurs internés d’Aincourt mariés, Gentil Potier écrit à deux reprises (les 13 février et 6 mars) au Préfet de Seine-et-Oise pour solliciter pour son épouse une allocation de secours du bureau de bienfaisance. De son côté Célestine Potier sollicite une autorisation de visite.
Lors de la « révision trimestrielle » de son dossier, le 6 mars, le commissaire Andrey, directeur du camp, émet un avis négatif sur une éventuelle libération de Gentil Potier : « est resté communiste, son internement n’a modifié en rien ses opinions » écrit-il. Les « internés administratifs » à Aincourt de 1940 et début 1941 n’ont en effet pas été condamnés : la révision trimestrielle de leurs dossiers est censée pouvoir les remettre en liberté, s’ils se sont « amendés »… Andrey, dont l’anticommunisme est connu, a émis très peu d’avis favorables, même s’il reconnait la plupart du temps la bonne tenue de l’interné, comme pour Gentil Potier.
Le camp de Rouillé @ amicale CVR
Le 6 septembre 1941, Gentil Potier fait partie des 150 internés qui sont transférés au CSS de Rouillé (1) dans la Vienne (le camp est ouvert à cette date pour désengorger Aincourt, surpeuplé). Le 14 octobre, le directeur du camp demande au Préfet de la Seine les dossiers des internés arrivés à Rouillé un mois auparavant, dont celui Gentil Potier. 
Ces dossiers lui sont envoyés par les Renseignements généraux le 28 octobre.
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au commandant du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122). Le nom de Gentil Potier (n° 149 de la liste) y figure. 
Le Frontstalag 122
Le 22 mai 1942 c’est au sein d’un groupe de 168 internés (2) qu’il est transféré au camp de Royallieu à Compiègne. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet. 
A Compiègne, Gentil Potier qui reçoit le n° matricule « 5915 », est affecté à la baraque B 8.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages». 
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Gentil Potier est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le Parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Gentil Potier est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «46003» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Gentil Potier le 8 juillet 1942
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée (3) parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet Gentil Potier est interrogé sur sa profession : les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi). Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date, ni sa date de décès. On peut néanmoins penser qu’il est ramené à Auschwitz I et affecté au Kommando Schlosserei (serrurerie), compte tenu de son métier de serrurier.
Gentil Potier meurt à Auschwitz. Le ministère des Anciens combattants a fixé fictivement sa date de décès au 15 novembre 1942 sur la base du témoignage d’un de ses compagnons de déportation (André Faudry, de Saint-Maur, rescapé des camps).
Il est déclaré « Mort pour la France » et homologué « Déporté Politique ».
Un arrêté ministériel du 3 novembre 1997 paru au Journal Officiel du 27 janvier 1998 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs et reprend la date fictive du 15 novembre 1942 à Auschwitz.
Plaque en mairie (montage)
Son nom est gravé sur la plaque commémorative sise dans le Hall de la Mairie « à la mémoire des fusillés et morts en déportation en Allemagne ».
A la Libération, la Section du PCF édite, comme elle le fait pour les autres déportés ou fusillés communistes de Saint-Maur, une carte avec son portrait « Potier Gentil, mort à Auschwitz en 1942, secrétaire des C.D.H. de Saint-Maur, membre du Parti Communiste Français ».
Sur les six déportés de Saint-Maur du convoi du 6 juillet 1942 (Marius Adam, Yves Dumont, André Faudry, Raymond Monnod, Gentil Potier, Roger Prévot), seul André Faudry survivra. Georges Marin, qui vécut à Saint-Maur jusqu’à l’âge de 16 ans, sera lui aussi déporté dans le même convoi.
  • Note 1 : « Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles ». / In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 2 : Dix-neuf internés de la liste de 187 noms sont manquants le 22 mai 1942. Cinq d’entre eux ont été fusillés (Pierre Dejardin, René François, Bernard Grimbaum, Isidore Pertier, Maurice Weldzland). Trois se sont évadés (Albert Belli, Emilien Cateau et Henri Dupont). Les autres ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps ou étaient hospitalisés.
  • Note 3 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation du camp d’Auschwitz. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC ex BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1989 par André Montagne et en décembre 1993 par mes soins.
  • Registre matricule militaire de Seine maritime.
  • Archives de la Préfecture de police (RG77W 43).
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. Premier camp d'internement des communistes en zone occupée. dir. C. Laporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités.
  • Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Archives du CSS d'Aincourt aux Archives départementales des Yvelines, cotes W. Dossier individuel.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Camp de Séjour Surveillé de Rouillé : archives départementales de la Vienne (109W75).
  • Liste du 22 mai 1942 (détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne). Centre de Documentation Juive Contemporaine XLI-42.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Photo d'immatriculation à Auschwitz : © Musée d'état Auschwitz-Birkenau /  collection André Montagne.
  • Carte postale de Sailly-Saillisel © chtimiste.com/batailles1418/combats.
  • © Site Internet Legifrance.
  • © Site Internet Geneanet. Photo de Gentil Potier reproduite par Claude Richard (Geneanet et Memorial Genweb.
  • Plaque du hall de la mairie, © Géneanet et montage Pierre Cardon.
  • Montage photo du camp de Compiègne à partir des documents du Mémorial  © Pierre Cardon.
Biographie mise à jour et installée en octobre 2014 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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