L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MONNOT, Raymond, Eugène

Matricule "45889" à Auschwitz 

 Raymond Monnot est né le 22 mars 1907 à Paris 5ème. Il est le fils d’Ernestine Langlet et d’Antoine Monot.
Au moment de son arrestation, il habite avec son épouse et leur enfant une maisonnette au 8 Villa Ruspolli à Saint-Maur-des-Fossés (Seine / Val-de-Marne).
Raymond Monnot est tourneur en optique.
Le 8 Villa Ruspolli (montage)
Il épouse Suzanne, Raymonde Klein le 16 février 1929 à Saint-Maur.
Il est un militant communiste connu par les services de police.
Raymond Monnod est arrêté le 26 juin 1941 par des hommes du commissariat de Saint-Maur à son domicile, à la demande du commissaire de police qui le soupçonne "de se livrer à la propagande communiste clandestine". Deux autres militants de  Saint-Maur, Marius Adam et André Faudry sont arrêtés aux mêmes dates.
Extrait de la liste des RG du 27 juin 1941, montage à partir du début de la liste

La liste des Renseignements généraux répertoriant les communistes internés administrativement le 27 juin 1941, mentionne pour Raymond Monnot : « Meneur communiste très actif ».
Ces arrestation s’inscrivent dans le cadre d’une grande rafle concernant les milieux syndicaux et communistes. En effet, à partir du 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, les Allemands arrêtent plus de mille communistes et syndicalistes avec l’aide de la police française (nom de code de l’opération : « Aktion Theoderich »). 
D’abord amené à l’Hôtel Matignon (un lieu d’incarcération contrôlé par le régime de Vichy) il est envoyé avec Marius Adam et André Faudry au Fort de Romainville, où ils sont remis aux autorités allemandes. Ils passent la nuit dans des casemates du fort transformées en cachots. Et à partir du 27 juin ils sont transférés vers Compiègne, via la gare du Bourget dans des wagons gardés par des hommes en armes.
Le Frontstalag 122
Raymond Monnot et Marius Adam sont internés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht, camp destiné à l’internement des «ennemis actifs du Reich», alors seul camp en France sous contrôle direct de l’armée allemande. 
Depuis ce camp, Raymond Monnod et ses camarades vont être déportés à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Raymond Monnod est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Raymond Monnod est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45889» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Dessin de Franz Reisz, 1946
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Après l’enregistrement où il se déclare « glaubenslos » (athée), il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet Raymond Monnot est interrogé sur sa profession : les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi). Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Tourneur de précision, il est ramené à Auschwitz I et affecté au Block 4 avec Jean Mahon, Gustave Martin, Charles Mary et Emmanuel Michel.
Raymond Monnot meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 826 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates et lieux de naissance et de décès, et l’indication « glaubenslos » (athée).
Pour Raymond Monnod, la cause « officielle » du décès est « Cachexie bei Darmkatarrh » (cachexie par entérite). Il convient de souligner que cent quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre 1942, ainsi qu’un nombre important d’autres détenus du camp qui ont été enregistrés à ces mêmes dates. D’après les témoignages des rescapés, ils ont tous été gazés à la suite d’une vaste « sélection » interne des « inaptes au travail », opérée dans les blocks d’infirmerie. Lire dans le blog : Des causes de décès fictives.
Il est déclaré « Mort pour la France » le 22 janvier 1948 et homologué « Déporté Politique ». 
Plaque en Mairie (montage)
Son nom est gravé sur la plaque commémorative sise dans le Hall de la Mairie « à la mémoire des fusillés et morts en déportation en Allemagne ».
Un arrêté ministériel du 2 décembre 1996 paru au Journal Officiel du du 19 février1997 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur son acte de naissance et jugement déclaratif de décès et reprend la date portée sur le certificat de l’état civil d’Auschwitz
Sur les six déportés de Saint-Maur du convoi du 6 juillet 1942 (Marius Adam, Yves Dumont, André Faudry, Raymond Monnod, Gentil Potier, Roger Prévot), seul André Faudry survivra. Georges Marin, qui vécut à Saint-Maur jusqu’à l’âge de 16 ans, sera lui aussi déporté dans le même convoi.

Sources
  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC ex BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Archives en ligne de Paris.
  • Archives de la Préfecture de police (RG77W 43).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet Legifrance.
  • © Site Internet MemorialGenWeb. Photo de Claude Richard, plaque du hall de la mairie. Montage Pierre Cardon.
  • Montage photo du camp de Compiègne à partir des documents du Mémorial  © Pierre Cardon
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Archives de la Préfecture de police de Paris. Renseignements généraux, Liste des militants communistes internés le 26 juin 1941.
Biographie mise à jour en 2016 (installée en octobre 2014) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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