L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BEAUCOUSIN Albert


Albert Beaucousin est né le 29 juillet 1906 à Paris (15ème) au 64 rue de la Convention. Il habite au 71 Grand-rue à Bourg-la-Reine (Seine / Hauts de Seine) au moment de son arrestation.
Albert Beaucousin est le fils de Germaine Thérésa, Gabrielle Bréant, 18 ans (1888-1959) et de Maximilien Jules Beaucousin, 36 ans (1880-1915), maçon.
Ses parents habitent au 21 rue Robert Lindet, Paris 15ème. Son père est tué sur le front d’Artois en 1915 (1).
Il a une sœur, Raymonde (1909-1997) et un frère, Henri (1913-1966).
Albert Beaucousin est employé PTT, comme soudeur.
Il épouse Raymonde Renault, sans profession, le 4 octobre 1930 à Orsay.
Le couple a un garçon, André, qui nait le 1er décembre 1938 à Bourg-la-Reine, et qui sera adopté par la Nation le 12 mai 1948.
Albert Beaucousin est arrêté le 5 juillet 1941, en application du décret du 18 novembre 1939 (2). 
La caserne des Tourelles © Mauzas
Il est transféré le lendemain 6 juillet à la Caserne des Tourelles (3), boulevard Mortier, « Centre de séjour surveillé » dépendant de la Préfecture, où sont internés les communistes « indésirables » (4). En 1942, deux bâtiments seulement étaient utilisés, un pour les hommes et un pour les femmes. Ils étaient entourés de fil de fer barbelé. Chaque bâtiment disposait de 3 WC à chasse d'eau, largement insuffisants. Des latrines à tinette mobile étaient en outre disposées dans l'étroit espace réservé à la promenade. La nuit, une tinette était placée dans chaque dortoir. C'est peu dire les conditions épouvantables imposées à des internés dont le nombre variera de 400 à 600 personnes. A cela s'ajoutait une sous-alimentation chronique entraînant bon nombre de maladies : entérites gastro-intestinales, affections cardiaques, tuberculose… © In site Internet Association Philatélique de Rouen et Agglomération.
Albert Beaucousin : Etat n° 2 des détenus communistes caserne des Tourelles
Le même 6 juillet 1941, 8 autres militants (6 d’Aubervilliers dont Marcel Lavall et Louis Meresse qui seront déportés à Auschwitz et 2 de La Courneuve) sont internés aux Tourelles en même temps que lui.

Le Frontstalag 122 © Pierre Cardon
Le 5 mai 1942, Albert Beaucousin fait partie d’un groupe de 37 « internés administratifs » de la Police judiciaire, classés comme « indésirables », qui sont extraits des Tourelles pour être conduits à la gare du Nord. Ils sont mis à la disposition des autorités allemandes et internés le jour même au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), comme otages. Il y reçoit un n° matricule entre « 5190» (Piazzalunga) et « 5204 » (Lavall).
Les « indésirables » des Tourelles seront tous déportés à Auschwitz le 6 juillet 1942.
Depuis ce camp, Albert Beaucousin est déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Albert Beaucousin est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.

Dessin de Franz Reisz, 1946
Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale". Le numéro « 45211 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon dernier livre Triangles rouges à Auschwitz.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. On ignore dans quel camp il est affecté à cette date.
Albert Beaucousin meurt à Auschwitz-Birkenau le 10 octobre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 60 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique). Ce certificat porte comme cause du décès « Beiderseitige Lungenentzündung » (pneumonie double, infection des deux poumons). L’historienne polonaise Héléna Kubica a révélé comment les médecins du camp signaient en blanc des piles de certificats de décès avec «l’historique médicale et les causes fictives du décès de déportés tués par injection létale de phénol ou dans les chambres à gaz». Lire dans le blog : Des causes de décès fictives.
A leur retour des camps, Raymond Saint-Lary et Henri Gorgue ont témoigné de sa mort à Auschwitz « vers novembre 1942 ».
Albert Beaucousin reçoit la mention "Mort pour la France", le 29 avril 1949. Il est homologué "Déporté politique" le 29 août 1949.
M. A. Boehm, officier d'Etat-civil de Bourg-la-Reine, obtient une fiche de renseignements du Centre Arolsen en février 1993. Mais à cette date le Centre n'a pas connaissance des archives soviétiques, et communique une date erronné soit novembre 1942.
Un arrêté ministériel du 20 mai 1987, paru au Journal Officiel du 18 juillet 1987, porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès. Et cet acte s’appuyant sur les informations du Centre Arolsen porte la mention fictive « décédé en novembre 1942à Auschwitz (Pologne) ». Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte, par un nouvel arrêté, les archives du camp d’Auschwitz emportées par les Soviétiques en 1945, et qui sont accessibles depuis 1995 et consultables sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau. Voir l’article : Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Sa veuve, Raymonde Beaucousin, devenue employée des PTT au titre de veuve de déporté, se remarie le 24 avril 1954 avec Marcel Cabrilier, machiniste à la RATP. Elle est décédée le 28 avril 1972 à Massy.
  • Note 1 : Maximilien Beaucousin est né le 10 juin 1880 à Fouqueville (Eure). Mobilisé sous le matricule 747 au 129ème Régiment d’Infanterie, il est tué à Neuville-St-Vaast le 25 septembre 1915 lors de l’offensive d’Artois. In © Généanet, monument aux morts de Fouqueville, relevé Florence Leclerc.
  • Note 2 : Le décret du 18 novembre 1939 donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique.
  • Note 3 : La caserne des Tourelles : « Centre de séjour surveillé » ouvert d’abord aux Républicains espagnols, entassés par familles entières, aux combattants des Brigades internationales, interdits dans leurs propres pays. Les rejoignent de nombreux réfugiés d’Europe centrale fuyant la terreur nazie, des indésirables en tous genres, y compris, bien sûr, les « indésirables » français : communistes, gaullistes et autres patriotes (on ratissait large), juifs saisis dans les rafles, «droit commun» aux causes bien datées (marché noir). France Hamelin in Le Patriote Résistant N° 839 - février 2010. Le CSS fonctionnait dans l'ancienne caserne d'infanterie coloniale du boulevard Mortier à Paris.
  • Note 4 : Militants communistes (dont plusieurs anciens des Brigades Internationales) et « droits communs ».
Sources
  • ACVG, décembre 1992, Caen.
  • Ville de Bourg-la-Reine : extraits d'Etat-civil (acte de disparition, 5 janvier 46), avis de décès (19 août 1949). Acte de naissance d’André Beaucousin, acte de remariage de Raymonde Beaucousin.
  • Correspondance de M. Boehm et le Centre Sonderstandesamt Arolsen, 3 février 1993.
  • Arbre généalogique de Daniel Bréant Généanet.
  • Photo de mariage d’Albert Beaucousin : photocopie transmise à Pierre Cardon par Maurice Damois, militant communiste à Clichy (92), illustrateur à La Terre, parent de Robert Damois, époux de Cécile Beaucousin, sœur d’Albert.
  • M. A. Boehm, officier d'Etat-civil, obtient une fiche de renseignements du centre Arolsen en février 1993.  A cette date le centre Arolsen n'a pas connaissance des archives soviétiques, et communique une date qui s'avérera erronée, soit novembre 1942.
  • Archives de la Préfecture de police, cartons occupation allemande, Carnet BA 1837 et BA 2447.
  • Caserne des Tourelles in © Prisons-cherche-midi-mauzac
    Montage photo du camp de Compiègne à partir des documents du Mémorial  © Pierre Cardon
    © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie mise à jour et installée en octobre 2014 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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