L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


SILVANOVICZ Piotr


Piotr Silvanovicz est né 13 octobre 1903 dans le district de Vilno, actuellement Vinius (1). Il est de nationalité polonaise au moment de son immigration en France à Homécourt.
Les Forges et aciéries de la Marine
Il est manœuvre à la Compagnie des Forges et Aciéries de la Marine (aujourd’hui De Wendel-Sidélor) à Homécourt. Il y a habité à l’hôtel des Ouvriers (fondé en 1898, celui-ci  logeait 200 pensionnaires). Mais au moment de son arrestation, Piotr Silvanovicz est domicilié au 110 lotissement de la Petite Fin à Homécourt (une des cités ouvrières construites, comme l’hôtel des Ouvriers, par la direction des mines et des usines sidérurgiques).
Piotr Silvanovicz est un militant, d’où son arrestation en 1942. 
Peut-être est-il un syndicaliste, mais plus certainement un patriote polonais et un antinazi.
En effet, si le mouvement syndical et le Parti communiste sont très présents à la Compagnie des Forges et Aciéries de la Marine d’Homécourt, et si les militants communistes y sont connus et fichés par la police, il existe également un fort courant nationaliste et antinazi au sein de l’immigration polonaise dans les usines d’Homécourt (2).
Lorsque le transformateur électrique d’Homécourt est saboté par la Résistance dans la nuit du 4 au 5 février 1942 (lire Le sabotage du transformateur électrique d'Auboué (février 1942), les arrestations de militants commencent dès le lendemain : par vagues successives, du 5 au 7 février, puis entre le 20 et le 22, et au début de mars. Elles touchent principalement des mineurs et des ouvriers de la métallurgie. 16 d’entre eux seront fusillés à la Malpierre.
Les Allemands ciblent aussi l’immigration polonaise grâce aux dossiers de la police française : le 2 mars six mineurs polonais sont arrêtés : Bigos WladyslawCzapla Stanislas, Ferenc Boleslaw, Kreciok Jan, Trzeciak Jean, Ziemkiewicz Victor) à la mine du Fond de la Noue. Charles Delavalle écrit de Stanislas Czapla qu’il est un « nationaliste polonais, farouchement antinazi ».
Le même jour, ou le 3 mars (3), c’est au tour de Piotr Silvanovicz d’être arrêté comme otage.
Comme ses camarades, il est interné à la prison de Briey, puis transféré à celle de Nancy (Charles III), puis au camp d’Ecrouves. 
Le Frontstalag 122
Le 5 mars de nombreux internés du camp d'Ecrouves sont remis aux autorités allemandes à leur demande. 
Celles-ci les internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). Piotr Silvanovicz est probablement de ceux-là. Il y est immatriculé entre les numéros « 3741 » et « 3783 ».
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Piotr Silvanovicz est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942 et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale". En recoupant les quatre listes alphabétiques connues, il est néanmoins possible - sans aucune certitude - qu’il ait été immatriculé le 8 juillet 1942 sous le numéro « 46259 ».
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. On ignore dans quel camp il est affecté à cette date.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Piotr Silvanovicz meurt à Auschwitz-Birkenau le 18 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1116 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique).
Il convient de souligner que cent quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre 1942, ainsi qu’un nombre important d’autres détenus du camp ont été enregistrés à ces mêmes dates. D’après les témoignages des rescapés, ils ont tous été gazés à la suite d’une vaste « sélection » interne des « inaptes au travail », opérée dans les blocks d’infirmerie. Lire dans le blog : Des causes de décès fictives.
La présence dans le convoi du 6 juillet 1942 de Piotr Silvanovicz, était inconnue jusqu’à ce jour.
  • Note 1 : Piotr Silvanovicz est né à Cyncerowicze (selon l’état civil d’Auschwitz) ou à Cimmiezwiki (pour le ministère des Anciens combattants, aujourd’hui « DAVCC » à Caen). Ces deux villages sont dans le district de Vilno, alors en Russie au moment de la naissance de Piotr Cimezwiki, sous occupation allemande pendant la guerre 14/18, puis en 1919 rattaché brièvement à la République socialiste soviétique de Biélorussie. Vilno est reconquis par la  Pologne de 1919 jusqu’à l’occupation soviétique en 1940 et l'occupation allemande fin juin 1941. La ville est aujourd’hui Vilnius, en Lituanie.
  • Note 2 : Militant communiste, Jacques Jung, responsable syndical aux Forges et Aciéries de la Marine  est arrêté dès le 27 juin 1941 dans la vague d’arrestation de militants communistes qui suit en France l’invasion de l’URSS (plus de 1000 arrestations dans le cadre de la rafle dite « Aktion Theoderik »). Mais ni lui, rescapé du convoi du 6 juillet 1942, ni Charles Delavalle, un autre militant communiste de l’entreprise (arrêté en août 1942, rescapé de Mauthausen) ne font mention de Piotr Silvanovicz parmi les militants qu’ils ont connus à Homécourt. Piotr Silvanovicz est donc vraisemblablement un patriote (Charles Delavalle parle des « nationalistes » polonais), comme les cinq mineurs du Puits de la Noue arrêtés le 2 mars.
  • Note 3 : Dans son dossier au BAVCC on lit le 8 mars. Comme les annotations sont manuscrites, un 3 peut aisément y avoir été transformé en 8, ce qui semblerait plus logique. Pourquoi les Allemands auraient-il différé les arrestations.
Sources
  • Informations transmises en septembre 2014 par M. Arnaud Boulligny, responsable de l'équipe FMD-Caen, qui les a reçues de Mme Claude Favre, secrétaire de l’AFMD de Meurthe-et-Moselle, auteure de « La Malpierre. Des héros Anonymes »,  AFMD de Meurthe-et-Moselle, juin 2012.
  • Photo Hôtel des Ouvriers in Pagus Orniensis, bulletin n° 2, février 1990.
  • Témoignages de Charles Dallavalle, ouvrier sidérurgiste aux usines Marine Wendel d’Homécourt avant-guerre et Résistant (1972).
  • ©Photo de la Compagnie des Forges et Aciéries de la Marine .
  • Montage photo du camp de Compiègne à partir des documents du Mémorial  © Pierre Cardon
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie installée en septembre 2014 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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