L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


SOUQUE-LAFORGUE, Léo, Robert, Joseph, Jean


Léo Souque-Laforgue est né le 13 août 1913 à Bègles (Gironde). Il est le fils de Marguerite Borgez et d’André Souque-Laforgue son époux.  Il habite au 33 avenue de Rouilly (devenue avenue André Maginot) au moment de son arrestation à Vitry-sur-Seine (Seine / Val-de-Marne).
La gare de Vitry
Cheminot, il est chaudronnier aux Ateliers SNCF de Paris Ouest (1) de Vitry, ville où on sait qu’il habite à partir de 1937.
Léo Souque-Laforgue est marié.
Il est adhérent des Jeunesses communistes, puis du Parti communiste, dont il est trésorier de cellule à Vitry.
Cheminot, Léo Souque-Laforgue est « affecté spécial » (2) sur son lieu de travail lors de la mobilisation générale.
Après l’interdiction du Parti communiste il est soupçonné d’activités clandestines par la police, qui pense que des réunions se tiennent à son domicile (qui est situé non loin des ateliers des Ardoines). « Dès 1941, il existe une organisation clandestine aux ateliers du PO à Vitry » (Brochure, la Résistance à Vitry). Elle se transformera en groupe armé, le « groupe Pujol », qui y fabriquera des bombes et grenades permettant de réaliser de nombreux coups de main.
Au début de 1941, la recrudescence d’inscriptions à la craie, d’affiches et de diffusion de tracts dans plusieurs quartiers de Vitry (rue Jean Jaurès, Place de l’Eglise, rue de Talma, rue de Choisy, Voie des Roses, limite de Choisy-le-Roi) ont alerté les services de la Préfecture.
Des enquêtes, filatures et perquisitions sont alors effectuées dans les milieux communistes « notoires » de la ville. Le domicile de Léo Souque-Laforgue est perquisitionné le 23 mars 1941 : du matériel de propagande récent y est trouvé. Sa fiche de police établie par le commissariat de Vitry est alors «actualisée» le 8 avril 1941 à l’issue de cette perquisition. Elle sera complétée après son arrestation ultérieure.
Fiche de police du commissariat de Vitry
On y lit (cf. photo) « Militant notoire, propagandiste. Chez  lequel se feraient des réunions. 
Perquisition le 23/03/41, au cours de laquelle il a été trouvé 4 brochures toutes récentes (1er trimestre 41). 1° La Vie du Parti. 2°  Manifeste du PC, février 1941.  3° Le Parti communiste a vingt ans. 4° Comment se défendre. A été convoqué au Commissariat le 08-04-41 pour être informé qu'il était tenu responsable par les autorités allemandes des tracts et affiches séditieuses non lacérés. Secteur : Quartier rue Jean Jaurès, Place de l’Eglise, rue de Talma, rue de Choisy, Voie des Roses, limite Choisy-le-Roi. Arrêté le 26/06/41. Camp concentration. Son nom est accompagné de deux croix rouges soulignées (XX) qui signifie «militants notoires et dangereux s’étant fait remarquer particulièrement». Lire dans le blog : Le rôle de la police française (Rouen, Ivry et Vitry, BS1).
Le Manifeste de février 1941
Le 26 juin 1941, Léo Souque-Laforgue est arrêté au petit matin à son domicile par des hommes du commissariat de Vitry, dans le cadre d’une nouvelle vague d’arrestations qui concerne une centaine de  militants ouvriers.

Extrait de la liste des RG du 26 juin 1941, montage à partir du début de la liste
La liste des Renseignements généraux répertoriant les communistes internés administrativement le 26 juin 1941, mentionne pour Léo Souque-Laforgue : « Meneur particulièrement actif ».
Son arrestation a lieu dans le cadre d’une grande rafle concernant les milieux syndicaux et communistes. En effet, le 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, sous le nom «d’Aktion Theoderich», les Allemands arrêtent plus de mille communistes dans la zone occupée, avec l’aide de la police française. 
Ces opérations sont menées en concertation avec les autorités allemandes. Marius Hoehn, manœuvre chez Brié et Jacques Lambolez (déportés à Sachsenhausen dans le convoi du 24 janvier 1943), le conseiller municipal Jules Lagaisse (déporté dans le convoi du 24 janvier 1943 et mort à Sachsenhausen en 1943), le menuisier Pierre Chauffard et Edouard Til (déportés eux aussi à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942), sont arrêtés ce même jour (1). Les familles de ces militants ont pensé qu’ils avaient été dénoncés. Ce que nous savons désormais - grâce aux relevés du Musée de la Résistance - de l’utilisation par les autorités allemandes, via la Préfecture de police, d’informations consignées dans les fiches et registres des commissariats de police d’Ivry et Vitry, nous amène à penser qu’une dénonciation n’était pas nécessaire (quoique toujours possible). Les responsables communistes étaient bien connus de la Police.
Le Frontstalag 122
Léo Souque-Laforgue est interné sans jugement au camp allemand de Compiègne administré par la Wehmarcht (Frontstalag 122) aussitôt après. Il y reçoit le numéro matricule n° 243. Marius Hoehn a le n° 244.
A Compiègne il participe aux actions collectives organisées par la Résistance du camp pour maintenir le moral des internés et venir en aide aux plus démunis. Sur la vie au camp de Royallieu lire dans ce blog La solidarité au camp allemand de Compiègne. Le "Comité" du camp des politiques à Compiègne et 22 juin 1942 : évasion de 19 internés
Depuis ce camp, Léo Souque-Laforgue va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Léo Souque-Laforgue est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Le numéro « 45111 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon dernier livre Triangles rouges à Auschwitz.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. On ignore dans quel camp il est affecté à cette date, ni sa date de décès.
Aucun document des archives SS préservées de la destruction ne permet de connaître la date de son décès à Auschwitz. En septembre 1946, le ministère des Anciens combattants a fixé fictivement celle-ci au « 15 novembre 1942 à Auschwitz » sur la base du témoignage de ses compagnons de déportation. Un arrêté du 28 juillet 2003 paru au JORF n°224 du 27 septembre 2003 page 16541, reprend cette date fictive et porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur son acte de naissance et jugement déclaratif de décès.
Il a été déclaré « Mort pour la France » et homologué « Déporté politique ». 
Le nom de Léo Souque-Laforgue est inscrit sur la plaque située place des Martyrs de la Déportation à Vitry, inaugurée à l’occasion du 50ème anniversaire de la déportation  intitulée : « 6 juillet 1942, premier convoi de déportés résistants pour Auschwitz - 1175 déportés dont 1000 otages communistes - Parmi eux 14 Vitriots ». Et il est honoré sur le monument situé place des Martyrs de la Déportation à Vitry : « A la mémoire des Vitriotes et des Vitriots exterminés dans les camps nazis ».
  • Note 1 : Compagnie du chemin de fer de Paris à Orléans (dite PO). C’est l'une des six grandes compagnies privées de chemin de fer dont les réseaux ont été fusionnés le 1er janvier 1938 pour constituer la  SNCF.
  • Note 2 : « L'affectation spéciale » était accordée sur une proposition de la Compagnie avec autorisation des Autorités Militaires : un Affecté Spécial était un spécialiste maintenu à son poste civil et soumis à la juridiction militaire (art. 52, loi du 1er avril 1923). 
Sources
  • « La Résistance à Vitry », Brochure réalisée par la municipalité de Vitry après 1967.
  • Note manuscrite de Roger Arnould.
  • Photo  recueillie par José Martin (frère d’Angel Martin) pour Roger Arnoult (FNDIRP), 1973.
  • © Site Internet Mémorial-GenWeb.
  • © Site Internet Légifrance.gouv.fr
  • © Registre de police du commissariat de Vitry. Musée de la Résistance Nationale : mes remerciements à Céline Heytens.
  • Montage photo du camp de Compiègne à partir des documents du Mémorial  © Pierre Cardon
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Archives de la Préfecture de police de Paris. Renseignements généraux, Liste des militants communistes internés le 26 juin 1941.
Biographie mise à jour en 2016 (installée en août 2014) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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