L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


VERON Charles, Efflame, Gabriel


Matricule 46189 à Auschwitz

Charles Véron est né le 4 novembre 1901 à Aulnay-sous-Bois (Seine-et-Oise / Seine-St-Denis).
23 avenue Béranger à Sevran
Il habite un petit pavillon au 23 rue Béranger à Sevran (Seine-et-Oise / Seine-St-Denis) au moment de son arrestation.
Il est le fils de Jeanne, Yvonne Denès et de Louis Véron son époux, mariés le 5 septembre 1996 à Aulnay..
Selon sa fiche matricule militaire Charles Veron mesure 1m 72, a les cheveux blonds et les yeux bleus, le front moyen et le nez busqué. Il a le visage long, la bouche grande,les lèvres minces, le teint clair, le menton rond. Il a une cicatrice dans l’oreille droite. Au moment du conseil de révision, il travaille comme cantonnier à Sevran (Seine-et-Oise / Seine-Saint-Denis), où habitent ses parents au 6 bis rue Doulcet. Il a été chauffeur de locomotives (mention rayée). Il a un niveau d’instruction « n° 3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée). Il a été classé dans la deuxième partie de la liste des conscrits du canton de Gonesse pour « palpitations et varices ».

Conscrit de la classe 1921, Charles Veron est « appelé à l’activité » en avril 1921. Il est incorporé au 508ème Régiment de chars de combat le 11 avril. « Passé dans la disponibilité » le 1er avril 1923, Charles Veron est « maintenu provisoirement sous les drapeaux par l’application de l’article 33 de la Loi du 21 mars 1905 (1). Il s’agit du maintien dans le cadre de l’occupation de la Ruhr. Il est renvoyé dans ses foyers le 30 mai 1923, « certificat de bonne conduite accordé » et « se retire »  au 6 bis rue Doulcet à Sevran. Il est affecté dans la réserve de l’armée active au 503ème RCC, puis à la 5ème section de COA en 1932 (Commis et ouvriers militaires d’administration).
Charles Véron épouse Alice, Marie, Hélène Schmitt, née le 12 juin 1905.
Ils auront deux enfants, dont une fille, Jeanine, qui naît le 2 septembre 1937 (épouse Marcadet, elle habitait encore à l’adresse de ses parents en 1990).
En janvier 1924, il habite Aulnay-sous-bois rue de Turenne. En mai 1924 au 30 Allée circulaire et en septembre au 59 Allée circulaire. En juin 1926, toujours à Aulnay, il a déménagé Pavillon Carmen, avenue de Balzac. 
Cette année-là, le 16 juillet, l'armée le reclasse à la "classe de mobilisation de 1919", comme père de famille d'un enfant vivant (article 58 de la loi du 31 mars 1928).
En mars 1927, il revient Allée circulaire, au 50. En janvier 1929, il est domicilié au 28 chemin des Marais.
Charles Véron est tourneur sur métaux de formation. Puis il est embauché comme cantonnier par la municipalité de Sevran, à direction communiste depuis 1932. En 1938, il a déménagé au 23 rue Béranger, un petit pavillon, à Sevran. Il est reclassé dans la classe de mobilisation de 1917, comme père de famille de deux enfants vivants.
Membre du Parti communiste, il est un des responsables de la section de Sevran du P.c.
Après la dissolution du Parti communiste et la déchéance des élus municipaux communistes par le Conseil de Préfecture à la fin février 1940, ceux-ci ont repris contact avec la direction clandestine du PC (Étienne Fajon) par l’intermédiaire de l’ancien maire communiste Gaston Bussière (arrêté dans la nuit du 18 au 19 juin 1941, celui-ci est fusillé le 21 septembre 1942 au Mont Valérien). 
Charles Véron est mobilisé au 503 ème Dépôt de chars à compter du 1er mars 1940. Démobilisé il revient à Sevran.
© Site Mairie de Sevran
Suivant les directives de la direction clandestine du Parti, les élus municipaux communistes déchus et les militants de Sevran occupent brièvement la mairie le 24 juillet 1940 exigeant leur retour « aux affaires ». Des tracts de la section communiste clandestine sont diffusés (La Résistance en Seine-Saint-Denis).
Dans le cadre de la politique de répression qui vise à faire pression sur les milieux et familles communistes, le commissaire de police de Livry-Gargan va alors cibler un certain nombre d’élus et militants connus, dont Charles Véron.
Son domicile est perquisitionné fin juillet et des tracts « d’origine communiste » sont trouvés. Un juge d’instruction du tribunal de Pontoise ordonne son arrestation le 7 août 1940 pour infraction aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939. Il est arrêté le 17 août et mis à la disposition du procureur.
Charles Véron est condamné le 19 septembre 1940 à dix-huit mois de prison par le tribunal correctionnel de Pontoise. Ecroué à la Santé ou à Fresnes, il fait appel de cette sentence, mais elle est confirmée par la cour d’appel de Paris le 28 novembre. 
Clairvaux : séance de punition
Il est alors transféré à la maison centrale de Clairvaux où il reçoit le numéro d'écrou 2017, sous statut de droit commun, alors qu’il a été condamné comme politique. 
A la date d'expiration normale de sa peine d'emprisonnement, le 1er décembre 1941, il est maintenu à Clairvaux. Il va demander régulièrement la transformation de son statut de droit commun en celui de détenu administratif. Lire dans le blog : La Maison centrale de Clairvaux.
Sur ordre des autorités d’Occupation (13 février 1942), le Préfet de l’Aube le fait transférer avec d’autres détenus de Clairvaux - dont  René Paillole, Roger Le Bras, Frédéric Ginolin - au camp allemand de Royallieu à Compiègne, le Frontstalag 122. Il est transféré avec ses camarades à Compiègne le 23 février 1942. 
Depuis ce camp, Charles Véron va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf. Article du blog : Les wagons de la Déportation
Charles Véron est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Charles Véron est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «46.189» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Dessin de Franz Reisz, 1946
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.
Charles Véron meurt à Auschwitz le 17 août 942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 409 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « glaubenslos » (athée).
Il convient de souligner que vingt-six autres «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz ce même jour. C’est le début d’une grande épidémie de typhus au camp principal, qui entraîne la désinfection des blocks, s’accompagnant d’importantes « sélections » des « inaptes au travail » avec comme conséquence la mort dans les chambres à gaz. La veille, vingt-six « 45000 » ont ainsi été assassinés.  Lire 80 % des « 45.000 » meurent dans les 6 premiers mois, pages 126 à 129 in Triangles rouges à Auschwitz. Le certificat de décès, délivré le 5 avril 1946 par l’officier de l’état civil au Ministère des Anciens combattants et victimes de guerre porte la date fictive du 15 octobre, destinée à permettre aux ayants-droit d’avoir accès aux titres et pensions. Malheureusement cette date est reprise dans l’arrêté ministériel du 2 mai 2001 apposant la mention Mort en déportation sur son acte de décès et paru au Journal Officiel du 8 juillet 2001. Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte les archives du camp d’Auschwitz emportées par les Soviétiques en 1945. Elles sont accessibles depuis 1995 (certificats de décès de l’état civil d’Auschwitz, documents officiels allemands établis par les médecins du camp d'Auschwitz, à la mort d'un détenu) ou les informations consultables sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau. Voir l’article : Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Charles Véron a été déclaré « Mort pour la France » et homologué comme « Déporté politique ».
Son nom est inscrit sur le monument aux morts de la commune. Une plaque apposée sur la façade de la mairie de Sevran honore son nom et ceux de cinq élus « victimes de la barbarie nazie ».
« Les communistes de Sevran ont payé un lourd tribut. De nombreux camarades ont été emprisonnés. La plupart des élus communistes ont été envoyés aux camps de la mort et ne sont jamais revenus, comme Jean Cayet, Gaston Lévy, Georges Denancé, Maurice Métais, André Mortureux, André Rousseau et Charles Véron. Lucien Gelot, 17 ans, engagé dans les FFI, suivit le Colonel Fabien et tomba en Alsace. Bruno Banker, 20 ans, poursuivant les Allemands avec un groupe de FTP, est tombé tout proche du pont du canal. Lucien Sportisse, instituteur à Sevran, est tombé au maquis dans la région de Lyon. Jean Hemmen, l’oncle de Denise Albert et de Paulette Descoins, officier de la brigade internationale en Espagne, fusillé …» Interview pour les 30 ans de la libération de Sevran de Louis Le Maner, Suzanne Bussière et Lucien Geneux (par Michel Prin « La Renaissance », juillet 1974). In © Blog de Clémentine Autain.
  • Note 1 : Le rappel des hommes effectuant leur première année de service dans la réserve est autorisé " dans les cas où les circonstances paraîtraient l'exiger " (art. 33). De manière générale, le rappel est motivé par l' " agression " ou la " menace d'agression caractérisée par le rassemblement de forces étrangères en armes " (art. 40). 
Sources
  • Mairie de Sevran : certificat de décès (12 avril 1990).
  • Archives de la Préfecture de police, Cartons occupation allemande, BA 2374.
  • La Résistance en Seine-Saint-Denis, Joël Claisse et Sylvie Zaidman, préface de Roger Bourderon Syros éd. page 390.
  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC ex BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Archives départementales de Paris : jugements du tribunal correctionnel de la Seine.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • © Site Internet Legifrance.
  • © Site Internet MemorialGenWeb.
  • © Google Street Wiew
  • © Photo séance de punition à Clairvaux, collection Henri Manuel, Musée national des Prisons, ministère de la Justice.
  • Registre matricule militaire.
Biographie mise à jour en juillet 2014, complétée en  par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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