L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


PROVILLE Marius, Charles

                  
Marius Proville à Auschswitz
Matricule « 46022 » à Auschwitz

Marius Proville est né le 15 août 1893 à Aubervilliers (Seine / Seine-St-Denis).
Il est le fils de Madeleine Huet, 43 ans et d’Emile Proville, 42 ans, vidangeur, son époux. Il est le cinquième d’une fratrie de six enfants (Eugénie, Jules, Emile, Emile Hyppolite, Marius, Fernand).
53 rue des entrepôts à St Ouen
Marius Proville habite au 53, rue des entrepôts à Saint-Ouen  (Seine / Seine-St-Denis) au moment de son arrestation.
Il a vraisemblablement été mobilisé pendant la guerre 1914-1918 (1) : il est recensé au bureau militaire N° 1 de la Seine avec le matricule militaire 4843.
Il est métallurgiste, outilleur.
Marius Proville est arrêté comme communiste le 27 juin 1941 sur réquisition du commissaire de police de Saint-Ouen : les RG le soupçonnent de propagande communiste clandestine car il a été avant-guerre un « meneur communiste très actif » (2). 
Extrait de la liste des RG du 27 juin 1941, montage à partir du début de la liste
La liste des Renseignements généraux répertoriant les communistes internés administrativement le 27 juin 1941, mentionne pour Marius Proville : « Meneur communiste très actif ».Cinq autres audoniens sont arrêtés à Saint-Ouen en même temps que lui et pour les mêmes motifs, dont  Ambroise Sorin et Roger Chaput.
Ces arrestations s’inscrivent dans le cadre d’une grande rafle concernant les milieux syndicaux et communistes. En effet, à partir du 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, les Allemands arrêtent plus de mille communistes avec l’aide de la police française (nom de code de l’opération : «Aktion Theoderich»). 
D’abord amenés à l’Hôtel Matignon (un lieu d’incarcération contrôlé par le régime de Vichy) ils sont envoyés au Fort de Romainville, où ils sont remis aux autorités allemandes. Ils passent la nuit dans des casemates du fort transformées en cachots. Et à partir du 27 juin ils sont transférés vers Compiègne, via la gare du Bourget dans des wagons gardés par des hommes en armes. Ils sont internés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht, le « Frontstalag 122 » camp destiné à l’internement des «ennemis actifs du Reich», alors seul camp en France sous contrôle direct de l’armée allemande. Il y est immatriculé entre les numéros 241 et 993 (numéros connus des militants internés le 27 juin 1941 (2).
Depuis ce camp, Marius Proville va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Marius Proville est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Marius Proville est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «46022» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Immatriculation le 8 juillet 1942
Sa photo d’immatriculation (3) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date. 
Dessin de Franz Reisz, 1946
Marius Proville meurt à Auschwitz le 19 septembre, d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 968) et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec son matricule, ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique).
Il convient de souligner que cent quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre 1942, ainsi qu’un nombre important d’autres détenus du camp enregistrés à ces mêmes dates. D’après les témoignages des rescapés, ils ont tous été gazés à la suite d’une vaste sélection interne des « inaptes au travail », opérée dans les blocks d’infirmerie. Lire dans le blog : Des causes de décès fictives
Un arrêté ministériel du 29 octobre 2009 paru au Journal Officiel du 27 décembre 2009 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès. Mais il comporte une date erronée : « décédé le 25 août 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Il serait souhaitable que le Ministère prenne en compte, par un nouvel arrêté, la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 et consultable sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau. Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Marius Proville est homologué « Déporté Politique ».
La Stèle dans le square des 45000 et 31000
À Saint-Ouen, son nom est gravé sur le Monument de la Résistance et de la Déportation du cimetière communal, et sur la stèle érigée en « Hommage aux résistants, femmes, hommes, déportés à Auschwitz-Birkenau », inaugurée le 24 avril 2005 dans le Square des « 45.000 » et des « 31.000 » (le convoi du 24 janvier 1943).
Le  neveu de Marius Proville, Louis Proville (né le 23 juin 1906 à Aubervilliers) est engagé dans la Résistance. Arrêté, il est déporté à Auschwitz par le convoi du 27 avril 1944. Il y reçoit le matricule « 186.277 ». Louis Proville est transféré à Buchenwald (le convoi dit des “Tatoués”) le 12 mai 1944, puis à Flossenbürg, Mauthausen et finalement Dachau, où il est libéré en 1945.
  • Note 1 : Sur sa photo d'immatriculation à Auschwitz, Marius Proville a l’œil gauche complètement fermé : soit il s’agit d’un passage à tabac à son arrivée à Auschwitz (on sait que beaucoup de déportés sont roués de coups dès la descende du train), soit il s’agit d’une blessure ancienne, ayant entrainé une énucléation, peut-être pendant la guerre 1914. Les registres matricules militaires de la Seine nous permettront peut-être d’apporter une réponse.
  • Note 2 : Liste « de noms de camarades du camp de Compiègne », collectés avant le départ du convoi et transmis à sa famille par Georges Prévoteau de Paris XVIIIème, mort à Auschwitz le 19 septembre 1942 : il s’agit des matricules 241 à 3800. Liste au DAVCC.
  • Note 3 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Etat civil en ligne d’Aubervilliers, tables décennales.
  • Arbre généalogique de Catherine Delecque (© Généanet).
  • Témoignage de Fernand Devaux (décembre 1985).
  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC ex BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en juillet 1992 et juin 1993.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2397. 
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet Legifrance.
  • © Site Internet MemorialGenWeb.
  • Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Archives de la Préfecture de police de Paris. Renseignements généraux, Liste des militants communistes internés le 26 juin 1941.

Biographie mise à jour en juin 2016 (installée en juillet 2014) par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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