L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


DUMOULIN Edouard, François


Edouard Dumoulin "Stains souvenons nous"
Matricule 45506  à Auschwitz

Edouard Dumoulin est né le 5 juillet 1902 à Doullens (Somme).
Il habite dans les HBM du 12 avenue Solon (aujourd'hui avenue de la Division Leclerc) à Stains (Seine / Seine-St-Denis) au moment de son arrestation.
Il est le  fils de Marie, Hortense Dessinge, 28 ans, ménagère et d'Alfred, Victor Dumoulin, 36 ans, domestique.
Le 23 juin 1923, à Doullens, il épouse Célina, Jeanne, Emilienne Capron, ouvrière en coton. Il effectue son service militaire en Afrique à partir de 1923.
Le couple a trois enfants (Jeanine née en 1926, Jacques en 1928 et André en 1929).
Edouard Dumoulin est manœuvre.
Les HBM de la rue Solon
Sympathisant communiste, délégué syndical, leader au moment des grèves de 1936,  il est connu à ce titre par les services de police (« propagandiste communiste, délégué syndical, considéré comme un meneur de grèves »).
Il est mobilisé à la déclaration de guerre
Il est arrêté le 28 avril 1942 à La Plaine Saint Denis (Seine / Seine-St-Denis). Ce jour-là une rafle est effectuée par l’occupant dans tout le département de la Seine. Lire dans le blog La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et arrêtent 387 militants, dont la plupart avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour « activité communiste » depuis l’armistice et libérés à l’expiration de leur peine. Les autres sont connus ou suspectés par les services de police comme Edouard Dumoulin. Il s’agit de représailles ordonnées à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire est blessé à Malakoff).
Edouard Dumoulin est remis le même jour aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (le Frontstalag 122). Il y reçoit le matricule 6722, selon sa fiche au DAVCC.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Edouard Dumoulin est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Edouard Dumoulin est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45506» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"

Immatriculation le 8 juillet 1942
Sa photo d’immatriculation (1) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Edouard Dumoulin meurt à Auschwitz le 3 décembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 246 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique).
Dessin de Franz Reisz, 1946
En effet, dans les années d'après-guerre, l’état civil du Ministère des Anciens combattants et Victimes de guerre a fixé des dates de décès fictives (le 1er, 15 ou 30, 31 d'un mois estimé) à partir des témoignages de rescapés, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. Ici, il s’est appuyé sur une déclaration de Georges Brumm en 1946, qui a certifié que son camarade est mort « fin 1942 ».
Un arrêté ministériel du 28 février 1989, paru au Journal Officiel du 9 avril 1989, porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès. Mais cet acte porte la mention fictive « décédé le 15 novembre 1942 à Auschwitz (Pologne) ».  Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte, par un nouvel arrêté, les archives du camp d’Auschwitz emportées par les Soviétiques en 1945, et qui sont accessibles depuis 1995 et consultables sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau Voir l’article : Les dates de décès des "45000" à Auschwitz. On notera que sa fiche au DAVCC et son acte de décès du 16 août 1946 portent une autre date erronée « décédé le 9 mai 1945 à Eisenach », date qui correspond à la date de décès de Dumoulin André, né en 1923. La mention « Mort pour la France » lui est attribuée le 20 juin 1946.Edouard Dumoulin est homologué Déporté résistant le 7 octobre 1957. La carte est attribuée à son épouse, Célina Dumoulin.
Plaque en Mairie
Son nom et celui d’autres « 45.000 » est honoré sur une plaque en Mairie.
  • Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC ex BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en février 1992 (relevé Georges Dudal).
  • Archives en ligne de la Somme, état civil de la commune de Doullens.
  • Mairie de Stains 10 mars 1992 : Acte de décès (20 juin 46).
  • Bordes Louis, Thonet Vladimir, Loiseaux Pierre : Stains et son histoire. éd. Alliance Service, 1979.
  • © Photo Edouard Dumoulin avant- guerre in Site internet « Stains et son passé ».
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Photo d'immatriculation à Auschwitz : Musée d'état Auschwitz-Birkenau / © collection André Montagne .
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie mise à jour en juillet 2014 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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