L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


ANDREAS Marcel



 Matricule 45172 à Auschwitz

Marcel Andréas est né le 21 août 1922 à Saint-Ouen (Seine / Seine-St-Denis).
Il habite au 113 rue Jean Durand à Stains (Seine / Seine-St-Denis) au moment de son arrestation.
Marcel Andréas est le fils d’Eugénie, Pauline André, 28 ans, sans profession et de Charles Florent Andréas, chiffonnier 32 ans son époux. Son frère aîné, Henri est né en 1920. La famille habite au 38 rue du Clos Hanot à Stains. 
Marcel Andréas épouse Rolande, Paulette Claus, pâtissière. Le couple a un garçon, Marcel (qui nait le 21 juin 1937).
Marcel Andréas est ouvrier plombier.
Membre du Parti communiste, il agit  "dès le début dans la Résistance contre Vichy et l'occupant nazie"  (in “Stains, souvenons-nous”).
Il est arrêté le 4 août 1940, par des policiers français "pour distribution de tracts, collage de papillons appelant à la résistance" (Ib). Inculpé d’infraction aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939 (dissolution du Parti communiste) il est conduit au Dépôt de la Santé à la disposition du Procureur.
Le 8 février 1941 il est jugé par la 15ème chambre correctionnelle de Paris avec une cinquantaine de militants communistes (dont 16 seront déportés à Auschwitz). Il est condamné à six mois de prison pour propagande communiste. Sur le conseil de son avocat Michel Rolnikas (1), il a fait appel de la sentence, comme les autres militants condamnés. Il est incarcéré à Fresnes, bien que son incarcération préventive ait couvert la durée de la peine reçue, il n’est pas libéré : après avis des Renseignements Généraux, le nouveau Préfet de police de Paris Camille Marchand ordonne son internement administratif en application de la Loi du 3 septembre 1940 (2).
R.G. Le 11 avril 1941. Montage à partir du début de la liste© Pierre Cardon
Le 11 avril 1941 les Renseignements généraux, ont adressé pour information aux services du nouveau Préfet de police de Paris - Camille Marchand - entré en fonction le 19 février 1941, une liste de 58 « individus » internés administrativement pour propagande communiste par arrêtés du Préfet de Police Roger Langeron, qui a cessé ses fonctions le 24 janvier 1941. 38 d’entre eux ont été condamnés pour infraction au décret du 26 septembre 1939 (reconstitution de ligue dissoute / dissolution du Parti communiste). Les RG mentionnent pour Marcel Andréas outre ses dates et lieu de naissance : « Arrêté le 4 août 1940 pour distribution de tracts et condamné le 5 février 1941 à 6 mois de prison ». Lire dans le blog le rôle de La Brigade Spéciale des Renseignements généraux dans la répression des activités communistes clandestines.
Marcel Andréas est alors interné administrativement à la centrale de Clairvaux (Aube) fin mars 1941. Depuis la gare de l’Est ils arrivent à la gare de Ville-sous-la Ferté, à l’arrêt « Clairvaux » (la gare est aujourd’hui désaffectée). Lire dans le blog : La Maison centrale de Clairvaux.
Le 8 avril 1941 il est transféré de Claivaux à la Santé pour son procès en appel, avec Marcel Boyer, Louis Guidou, Robert Lambotte, René Perrottet, Jules Vanzuppe. Leur jugement est confirmé en appel le 9 avril. Il est maintenu à la Santé jusqu’en septembre 1941, la Maison centrale de Clairvaux étant saturée.
En septembre 1941, il est transféré au camp de Gaillon dans l’Eure (3) où il va être interné jusqu’au 4 mai 1942.
Lettre confidentielle à M. Caumont
Le 18 février 1942, le nom de Marcel Andréas figure sur une liste de 46 militants dont l’évasion « même par la force », serait préparée par la direction clandestine du Parti communiste (quatorze d’entre eux seront déportés avec lui à Auschwitz). 
Courrier et liste des 46
Dans un pli confidentiel adressé à M. Caumont, Préfet délégué (directeur du secrétaire général pour la police), le Préfet de police de Paris l’informe d’un projet révélé par ses services « en vue de mettre en application les directives données par les dirigeants communistes à l’évasion « même par la force » d’un certain nombre de militants actuellement internés dans les camps de concentration, les responsables chargés de ce travail procèdent actuellement à l’élaboration d’une liste sur laquelle figurent les internés considérés comme des militants particulièrement convaincus, susceptibles de jouer un rôle important dans l’éventualité d’un mouvement insurrectionnel et pour lesquels le Parti semble décidé à tout mettre en œuvre afin de faciliter leur évasion. Après une première sélection, les dirigeants communistes ont retenu les noms ci-après de plusieurs internés de la région parisienne et de la province, qui seraient actuellement détenus pour la plupart au camp de Gaillon dans l’Eure» (4).
Rescapé du convoi, Emile Bouchacourt (un des « 46 ») se souvenait de lui dans ce camp (un camarade de 19 ans) et de Romuald Rethel, un autre stanois, âgé à l’époque de 70 ans (il décède en 1944).
Entrée du camp de Voves
Le 4 mai 1942 Marcel Andréas est transféré au camp de Voves avec 61 autres détenus. N° de dossier 400.194, il est inscrit au registre d’entrée avec  le n° 265.
Dans un courrier en date du 18 mai 1942, le chef de la Verwaltungsgruppe de la Feldkommandantur d’Orléans écrit au Préfet de Chartres « Le chef du M.P.Verw.Bez. A de St Germain a ordonné le transfert de 28 communistes du camp de Voves au camp d’internement de Compiègne. Je vous prie de faire conduire suffisamment escortés les détenus nommés sur les formulaires ci-contre le 20-05-42 à 10 heures à la gare de Voves pour les remettre à la gendarmerie allemande ». Marcel Andréas est sur cette liste. ­Le bruit court dans le camp qu’il va y avoir des fusillés : aussi, le 20 mai 1942, lorsque des gendarmes viennent le chercher avec les 27 autres internés pour les transférer au Frontstallag 122 de Royallieu à Compiègne, les autres internés chantent la Marseillaise comme ils l’ont fait pour leurs camarades partis le 10 mai. Dix-neuf d’entre eux seront déportés à Auschwitz. Les 10 et 20 mai 1942, 109 internés de Voves sont transférés sur réquisition des autorités allemandes au camp allemand (Frontstalag 122) de Compiègne (Oise). 87 d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi dit des 45000 du 6 juillet 1942.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Marcel Andréas est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Marcel Andréas est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45172» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
8 juillet 1942. 2 clichés superposés.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz (5). 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, comme Marcel Andrés, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Marcel Andréas, épuisé, affamé, tombe malade, comme la plupart de ses camarades du convoi. Le 1er novembre 1942, il entre au Block n°7 de l’infirmerie de Birkenau où il reçoit « un comprimé d’aspirine » ! Il est transféré à l’hôpital d’Auschwitz-I le 25 novembre : on trouve son nom sur un registre du Block 28 (avec le Block 19 il est réservé à la dysenterie et à la médecine interne).
Il meurt à Auschwitz le 30 novembre 1942 d’une « pleuro-pneumonie » (6) d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz, Tome 2 page 26, et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec son matricule, ses dates et lieux de naissance et de décès, et avec l’indication « glaubenslos » (athée). Si l'acte officiel de décès établi le 24 juillet 1946, a inscrit la date du 15 mars 1943, il s’agit de dates fictives (le 1er, 15 ou 30, 31 d'un mois estimé) inscrites à partir de témoignages de rescapés, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. Un arrêté ministériel du 3 février 1988, paru au Journal Officiel du 11 mars 1985 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès (inscrits le 25/11/1989). Marcel Andréas est déclaré « Mort pour la France » le 5 novembre 1947 et homologué « Déporté Politique ».
Plaque en mairie
Son nom a été donné au Jardin d'Enfants de l’avenue Aristide Briand à Stains. 
Projet îlot Marcel Andréas
Il a également été donné à un square dans le quartier Avenir / Cerisaie (en 2014 la municipalité de Stains y a lancé « l’opération îlot Marcel Andréas », livraison de 73 logements et d’un local associatif - destiné au Secours populaire).
  • Note 1: Michel Rolnikas est l'avocat de la ville de Stains de 1935 à 1939. Son nom figurait dans une liste d’avocats à contacter par les militants communistes en cas d’arrestation (Sarotte, Ferruci, Maurice Boitel, Bloch, Michel Rolnikas, Antoine Hajje, Georges Pittard). Les avocats des « 50 », Antoine Hajje, Georges Pittard et Michel Rolnikas, seront arrêtés en juin 1941, internés à Compiègne et fusillés le 20 septembre 1941.
  • Note 2 : La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement administratif sans jugement de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 3 : Caserne au début du 20ème siècle, le château de Gaillon est, à partir de 1941, aménagé en Centre de séjour surveillé, après avoir hébergé des réfugiés espagnols en 1939. De septembre 1940 à février 1943, sont internés sur arrêtés préfectoraux des politiques, essentiellement des communistes (130 hommes et 129 femmes), quelques gaullistes, 8 juifs et étrangers, des coupables d'infractions à la législation sur le ravitaillement (marché noir et abattage clandestin). On y interne les hommes de 1941 à septembre 1942, les femmes ensuite. Extraits du mémoire de Maitrise d’Hervé Bertonchini «Le camp d’internement administratif de Gaillon» Université de Rouen, 1993.
  • Note 4 : Cette curieuse note semble fort peu vraisemblable. Certes, un mois avant - le 17 janvier 1942 - Roger Ginsburger s’est évadé de Gaillon. Mais la « note confidentielle » accrédite la thèse de la préparation d’une évasion massive que craint le Ministère de l’intérieur et constitue certainement un appui pour l’obtention de nouveaux moyens policiers. Car si les RG ont incontestablement des informations provenant d’une taupe au niveau de la direction communiste, la plupart des militants de cette fameuse liste ne sont ni les tout premiers responsables de l’appareil clandestin du PC, ni des membres connus des anciens services d’ordre du Parti, ce qui semblerait logique dans le cadre d’une évasion collective d’une telle ampleur.
  • Note 5 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
  • Note 6 : Ce certificat porte comme cause du décès « Pleuro-Lungenentzündung». L’historienne polonaise Héléna Kubica a révélé comment les médecins du camp signaient en blanc des piles de certificats de décès avec «l’historique médicale et les causes fictives du décès de déportés tués par injection létale de phénol ou dans les chambres à gaz». D’après le témoignage de médecins déportés, comme le docteur Mark Klein, les « sélections » des inaptes au travail, sont opérées dans les blocks d’infirmerie et font peser sur les malades un risque mortel « parfois après présentation du patient à un médecin SS, mais le plus souvent le tri était pratiqué par des sous-officiers SS qui faisaient leur choix au hasard ». Lire dans le blog : Des causes de décès fictives.
Sources
  • Mairie de Stains, acte de décès, 22 avril 1992
  • Témoignage d'Emile Bouchacourt. 
  • Notice biographique communiquée par Louis Pierna, Député, Maire de Stains. 
  • Photo plaque en Mairie in site Stains et son passé
  • Ouvrage “Stains, souvenons-nous”.
  • Archives de la Préfecture de police, Cartons occupation allemande, BA 2374. « Militants communistes internés administrativement en application du décret du 18 novembre 1939 » et conduits à la Maison d’arrêt de Clairvaux ».
  • © Internés au camp de Gaillon / Archives de la Préfecture de police / BA 2374.
  • © Photographie de l’entrée du camp de Voves vers 1942. Archives du Comité du Souvenir.
  • Stéphane Fourmas, Le centre de séjour surveillé de Voves (Eure-et-Loir) janvier 1942 - mai  1944, mémoire de maîtrise, Paris-I (Panthéon-Sorbonne), 1998-1999.
  • La Résistance en Seine-Saint-Denis, Joël Claisse et Sylvie Zaidman, préface de Roger Bourderon Syros éd. page 390.
  • Monique Houssin, Résistantes et résistants en Seine-Saint-Denis, Un nom, une rue, une histoire, Les éditions de l'Atelier/ Les éditions Ouvrières, Paris 2004, page 207.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Helena Kubica : “Methods and types of treatment”, p. 318 in “Auschwitz 1940-1945”, tome 2. Musée d’état d’Auschwitz-Birkenau 2000.
  • @ Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Office for Information about Former Prisoners, registres des Blocks.
  • Krankenbau Birkenau Medikamenten Verbrauch Vom 1.11.1942 bis 15.7.1943 Livre des déportés ayant reçu des médicaments à l'infirmerie de Birkenau, kommando d'Auschwitz du 1.11.1942 au 15.07.1943. Relevé André Montagne
  • © Site Internet MemorialGenWeb
  • Archives de la Préfecture de police de Paris. Renseignements généraux, liste des militants communistes internés le 21 avril 1941.
Biographie mise à jour en juillet 2014 et 2016 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

Aucun commentaire: