L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


WELSCHER Louis, Maurice


Avis des Renseignements généraux "Communiste notoire, acharné et dangereux" 
Matricule « 46208 » à Auschwitz

Louis Welscher est né « à deux heures du soir » le 10 juin 1900 à Bar-le-Duc (Meuse). Il est le fils d’Anne, Marie Welscher, 37 ans, veuve, habitant 25 rue de l’Est.
Au moment de son arrestation, il habite un pavillon aujourd’hui disparu, au 17 rue de la Madeleine, aujourd'hui rue Pierre Semard à Noisy-le-Sec (Seine / Seine-St-Denis).   
Pendant  la 1ère guerre mondiale, Louis Welscher est engagé volontaire en 1918. "Un de ses frères avait été tué au front, un autre était mort de la grippe espagnole" écrit son épouse.
La gare de Pantin
A son retour de l’armée, Louis Welscher est embauché le 25 septembre 1922 par la compagnie des Chemins de fer de l’Est. Il sera ajusteur au garage SNCF de l'Ourcq à Pantin (Seine / Seine-St-Denis) selon son épouse.
Louis Welscher a  épousé Louise, Marthe Jérome le 6 octobre 1923 à Noisy-le-Sec (Seine / Seine-Saint-Denis).
Il est membre du Parti communiste, dont le secrétaire de section est Henri  Quatremaire en 1938 (1).
Syndicaliste, Louis Welscher est  délégué CGT du personnel (témoignage de sa femme et quelques lignes dans Le Maitron, avec le prénom erroné de Jean). Il est également adhérent aux Amis de l'URSS.
Il est vraisemblablement été mobilisé en 1939, comme « Affecté spécial » à la SNCF, en tant que spécialiste maintenu à son poste civil et soumis à la juridiction militaire (art. 52, loi du 1er avril 1923). Son épouse pense qu’il milite à la CGT clandestine après septembre 1939, ce que confirme Claude Delesque, fils de Rolland Delesque, résistant de Noisy-le-Sec, compagnon de Raymond Langlois un autre Noiséen.
Louis Welscher est arrêté à son domicile par la police française le 26 octobre. 
Cette arrestation s’inscrit dans le cadre d’une nouvelle rafle de militants communistes. En effet après la grande rafle du 5 octobre 1940, opérée par la police française avec l’accord de l’occupant à l’encontre des principaux responsables communistes d’avant-guerre de la région parisienne (plus de 300), la répression va continuer, car même si les RG ont pu se féliciter  des arrestations d’octobre, la propagande communiste a continué. Le 26 octobre 1940 une nouvelle rafle de 38 militants est décidée (12 d’entre eux seront déportés à Auschwitz en 1942). Louis Welscher fait partie de cette deuxième rafle : il est arrêté par la police française à Noisy le 26 octobre 1940 après que le Préfet de la police de Paris ait signé son « internement administratif »  en application de la Loi du 3 septembre 1940 (2).

Le camp d'Aincourt © blog de Roger Colombier
Il est alors conduit au “centre de séjour surveillé” (CSS) d’Aincourt (Seine-et Oise / Val-d’Oise). Lire dans le blog Le camp d’Aincourt. 
Le 4 décembre 1940, Louis Welscher fait partie des 100 internés choisis par le commissaire Andrey (directeur du camp d’Aincourt), parmi les plus « dangereux » qui sont dirigés sur la Maison centrale de Fontevraud (écrit Fontevrault en 1940) dans le Maine-et-Loire, considérée comme la centrale pénitentiaire la plus dure de France, avec celle de Clairvaux. Ils sont enfermés dans une grande salle de la centrale. Ils y rejoignent quatre-vingt militants communistes - emprisonnés à Fresnes, la Santé ou Poissy avant la fin de la guerre, où ils purgeaient de lourdes peines de prison - y ont été incarcérés depuis juin 1940, devant l’avancée allemande.
Il y côtoie Henri Asselineau qui sera déporté avec lui à Auschwitz, Gaston Bernard, Fernand Alby (maire du 13ème à la Libération), Lucien Chapelain (maire adjoint communiste de Bondy), qui seront également déportés dans des camps de concentration allemands et qui témoigneront de la dureté du régime pénitentiaire à Fontevraud.
Transfert du 20 janvier 1941 à Clairvaux
Le 20 janvier Louis Welscher est transféré à la Maison d’arrêt de Clairvaux avec 64 autres interné. Lors de leur transfert pour Clairvaux, ils transitent par les gares de Saumur et d’Austerlitz. Ils sont rejoints à la gare de l’Est par un autre groupe de 69 communistes. A leur arrivée à « l’arrêt Clairvaux » de la gare de Ville-sous-la-Ferté, ils sont transférés au camp par rotations d’un unique camion cellulaire, escortés par des gardes mobiles (souvenirs de Pierre Kaldor et d’Henri Hannart). Lire dans le blog : La Maison centrale de Clairvaux.
Le Préfet de Police au Préfet de l'Aude
A Clairvaux le directeur du camp reçoit le 26 février 1941 - via le Préfet de police de l’Aube - un courrier émanant de Camille Marchand Préfet de police délégué, qui lui communique une liste répertoriée « confidentiel » de militants internés le 20 janvier, dont le nom est accompagné des motifs de l’arrestation. 
Pour Louis Welscher, il est indiqué : « communiste notoire. Propagandiste acharné et dangereux ». 
Le 14 mai 1941, Louis Welscher voit partir un groupe de 44 militants pour le camp de Choisel (Châteaubriant). Plusieurs d’entre eux y seront fusillés.
Le 26 septembre 1941, c’est à son tour d’être transféré au Camp de Rouillé (3) au sein d’un groupe de 53 internés de Clairvaux : 10 d’entre eux seront déportés avec lui à Auschwitz (3). Ils y arrivent le 27 septembre 1941.
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au commandant du camp de Rouillé une liste de 187 internés (4) qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122). Le nom de Louis Welscher (n° 184 de la liste) y figure. Le 22 mai 1942 c’est au sein d’un groupe de 168 internés (5) qu’il est transféré arrive au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet. 
Depuis ce camp de Compiègne, Louis Welscher va être déporté le 6 juillet 1942 à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Le 19 juillet 1942, sa famille reçoit une carte-formulaire imprimée en allemand envoyée par le Frontstalag 122 aux familles des déportés du convoi : "Le détenu ci-dessus dénommé a été, sur ordre de nos autorités supérieures, transféré dans un autre camp pour y être mis au travail. Le lieu de destination ne nous est pas connu. Louis Welscher est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Louis Welscher est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45835» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date. Néanmoins le témoignage de Fernand Devaux  qui a fait partie la moitié du convoi qui est ramenée au camp principal laisse penser que Louis Welscher retourne avec lui à Auschwitz I : « Je l’ai connu à Auschwitz. Il est décédé dans les premières semaines. J’ai rencontré sa femme à mon retour ». 
Dessin de Franz Reisz, 1946
Louis Welscher meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1327 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique).
Ce certificat porte comme cause du décès « Herzstillstand» (arrêt du cœur -insuffisance cardiaque). L’historienne polonaise Héléna Kubica a révélé comment les médecins du camp signaient en blanc des piles de certificats de décès avec «l’historique médicale et les causes fictives du décès de déportés tués par injection létale de phénol ou dans les chambres à gaz»., Lire dans le blog : Des causes de décès fictives.
Il convient de souligner que cent quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre 1942, ainsi qu’un nombre important d’autres détenus du camp ont été enregistrés à ces mêmes dates. D’après les témoignages des rescapés, ils ont tous été gazés à la suite d’une vaste « sélection » des « inaptes au travail » opérée dans les Blocks d’infirmerie.
Son avis de décès porte la mention « Mort pour la France ». Il est homologué « Déporté politique ».
Une cellule du PCF a porté son nom à Noisy-le-Sec. Le nom de Louis Welscher est honoré sur la plaque commémorative « aux déportés » sur le monument aux morts de la commune, dans l’ancien cimetière. Il est inscrit sur la stèle « 1939-1945 » plaque  du Maréchal Foch. A Pantin la plaque « à la mémoire des agents SNCF tués par faits de guerre » porte son nom. 
  • Note 1 : Henri Quatremaire est nterné pendant la guerre. Il s’évade, participe à la Résistance en zone Nord tout en soutenant la population noiséenne après les bombardements. Maire de 1945 à 1947, il le redevient de 1959 à 1965. Il était le père de Jacqueline, dactylographe, arrêtée en 1942 déportée et morte en 1943 à Auschwitz.
  • Note 2 : L’internement administratif a été institutionnalisé par le décret du 18 novembre 1939, qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, « des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Il est aggravé par le gouvernement de Vichy fin 1940. La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement administratif de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 3 : Carpentier René, Degdier Eugène, Gaudin Marcel, Gié Gaston, Obel Emile, Raimond Maurice, Riochet Henri, Ruan Gaston, Thomas Jean, Welscher Louis
  • Note 4 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 5 : Dix-neuf internés de la liste de 187 noms sont manquants le 22 mai. Cinq d’entre eux ont été fusillés (Pierre Dejardin, René François, Bernard Grimbaum, Isidore Pertier, Maurice Weldzland). Trois se sont évadés (Albert Belli, Emilien Cateau et Henri Dupont). Les autres ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps ou étaient hospitalisés.
Sources
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par sa veuve Louise Welscher, présidente de la section FNDIRP de Noisy-le-Sec (10 avril 1992) .  
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, Tome 3, page 143. CD-Rom édition 1997. Edition
  • Archives de la Préfecture de police, Cartons occupation allemande, BA 2374. « Militants communistes internés administrativement en application du décret du 18 novembre 1939 et conduits à la Maison d’arrêt de Clairvaux le 20 janvier 1941 ».
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. Premier camp d'internement des communistes en zone occupée. dir. C. Laporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités.
  • Archives du CSS d'Aincourt aux Archives départementales des Yvelines, cotes W.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Camp de Séjour Surveillé de Rouillé : archives départementales de la Vienne.
  • Archives départementales de la Vienne (109W75)
  • Liste du 22 mai 1942, liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne (Centre de Documentation Juive Contemporaine XLI-42).
  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC ex BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Helena Kubica : “Methods and types of treatment”, p. 318 in “Auschwitz 1940-1945”, tome 2. Musée d’état d’Auschwitz-Birkenau 2000.
  • © Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, Office for Information about Former Prisoners, registres des Blocks.
  • Liste communiquée par M. Van de Laar, mission néerlandaise de Recherche à Paris le 29.6.1948, établie à partir des déclarations de décès du camp d'Auschwitz. Liste Auch 1/7 (BAVCC Caen).   Liste V (Nø31746 )  -  Liste S(Nø358).
  • Gare de Pantin, Wikipédia, scan de Claude Villetaneuse.
Biographie mise à jour en juin 2014 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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