L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


WATREMEZ Camille


Fiche des Renseignements généraux à la caserne des Tourelles
Matricule « 46207 » à Auschwitz

Camille Watremez est né le 19 mars 1907 à Saint-Denis (Seine / Seine-St-Denis). Il est le fils de Sélina Deloffre et de Jules Watremez, son époux.
Il habite au 2 rue Maurice David à Pierrefitte (Seine / Seine-St-Denis-93) au moment de son arrestation, un petit immeuble de deux étages aujourd’hui réhabilité.
Ajusteur-outilleur de métier, il est chef d'équipe outilleur d'aviation depuis 1928 à la Société des Ateliers de mécanique et de chaudronnerie (5 rue Pleyel à Saint-Denis).
Après son service militaire, Camille Watremez épouse le 27 décembre 1930, à Paris 12ème, Amélie Frattoni, une couturière née le 12 octobre 1912 à Paris 11ème. Le couple habite au 16 rue Géroux à Pierrefitte.  Ils ont un enfant en 1934.
En 1936 Camille Watremez se syndique à l’Union Syndicale des Techniciens d’Aviation (créé en 1936, ce syndicat a un statut national rattaché à la CGT réunifiée la même année). Il adhère au Parti communiste en 1937.
Coureur cycliste de bon niveau, il remporte plusieurs courses au niveau régional. Il est président de « l’Etoile sportive de Pierrefitte » club affilié à la FSGT.
Lors de la mobilisation générale de 1939, Camille Watremez en raison de ses compétences professionnelles est « affecté spécial », sous régime militaire, à la Société des Ateliers de mécanique et de chaudronnerie à Saint-Denis) qui en a fait la demande.
General Luftzeugmeister
Cette entreprise qui travaille pour la Défense jusqu'à l'armistice, va être immédiatement placée sous contrôle allemand du General Luftzeugmeister et par le Rüstungskommando au début de l’Occupation.
On sait par une note des Renseignements généraux que Camille Watremez a poursuivi ses activités politiques après la dissolution du Parti communiste. Pour les RG Il est « l’un des principaux organisateurs de la propagande communiste parmi les chômeurs de Pierrefitte ».
Camille Watremez est arrêté le 26 octobre 1940 (1). Après la grande rafle du 5 octobre 1940, opérée par la police française avec l’accord de l’occupant à l’encontre des principaux responsables communistes d’avant-guerre de la région parisienne (plus de 300), la répression va continuer, car si les RG se sont félicité de ces arrestations, la propagande communiste continue. Le 26 octobre une nouvelle rafle de 38 militants est décidée : 12 d’entre eux seront déportés à Auschwitz en 1942.
Camille Watremez fait partie de cette deuxième rafle : il est arrêté par la police française à Pierrefitte le 26 octobre 1940 après que le Préfet de la police de Paris, François Bard, ait ordonné son internement administratif en application de la Loi du 3 septembre 1940 (2).
Il est conduit à la caserne des Tourelles (3), boulevard Mortier à Paris 20ème.

Le camp d'Aincourt
Camille Watremez et un autre pierrefittois, Marcel Tiradon, sont transférés au camp d’Aincourt  le 6 décembre 1940 depuis la caserne des Tourelles. Les deux frères Tiradon de Pierrefitte et Camille Watremez sont internés administrativement le même jour au “centre de séjour surveillé” (CSS) d’Aincourt (Seine-et Oise / Val-d’Oise). Lire dans le blog Le camp d’Aincourt. 
Le 24 juin 1941, Camille Watremez est transféré avec un groupe de « meneurs indésirables » à la Maison d’arrêt de Rambouillet (4), avec le statut d’interné administratif à la suite d’incidents qui les ont opposés aux partisans de Gitton (5). Il s’y retrouve jusqu’au 26 septembre 1941 avec des militants qui seront déportés à Auschwitz avec lui.

Maison d'arrêt de Gaillon, liste des arrivés le 26 septembre
Le 26 septembre 1941, Camille Watremez est transféré au camp de Gaillon (6) dans l’Eure, avec 22 des internés communistes de la centrale de Rambouillet. Le lendemain, 37 autres militants arrivent à Gaillon depuis la centrale de Clairvaux. Le 31 octobre, le Préfet de l’Eure relayant l’interrogation de l’administration de Gaillon s’adresse au Préfet de Police de Paris pour connaître les motifs de l’internement de ces 60 internés (le montage photographique ci-contre utilise la liste jointe à la lettre du Préfet).
Le 4 mai 1942 il est transféré au « CSS » de Voves au sein d’un groupe de 62 internés de Gaillon. Il y reçoit le n° 232. Il va y être interné jusqu’au 20 mai, date de son transfert pour Compiègne. En effet, dans un courrier en date du 18 mai 1942, le chef de la Feldkommandantur d’Orléans écrit au Préfet de Chartres « Le chef du M.P.Verw.Bez. A de St Germain a ordonné le transfert de 28 communistes du camp de Voves au camp d’internement de Compiègne. Je vous prie de faire conduire suffisamment escortés les détenus nommés sur les formulaires ci-contre le 20-05-42 à 10 heures à la gare de Voves pour les remettre à la gendarmerie allemande ».
­Le bruit court dans le camp qu’il va y avoir des fusillés : aussi, le 20 mai 1942, lorsque des gendarmes viennent le chercher avec 27 autres internés pour les transférer au Frontstallag 122 de Royallieu à Compiègne, ils chantent la Marseillaise comme ils l’ont fait pour leurs camarades partis le 10 mai (7). Dix-neuf d’entre eux seront déportés à Auschwitz.
Depuis ce camp de Compiègne, Camille Watremez va être déporté le 6 juillet 1942 à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Camille Watremez est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Camille Watremez est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «46.207» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.
Camille Watremez meurt à Auschwitz le 18 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1305 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique). C’est le début d’une grande épidémie de typhus au camp principal, qui entraîne la désinfection des blocks, s’accompagnant d’importantes « sélections » des « inaptes au travail » avec comme conséquence la mort dans les chambres à gaz. La veille, vingt-six « 45000 » ont ainsi été assassinés.  « 80 % des 45.000 meurent dans les 6 premiers mois », pages 126 à 129 in « Triangles rouges à Auschwitz ».
Un arrêté ministériel du 28 janvier 2002 paru au Journal Officiel du 24 mars 2002 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès. Mais il comporte une date erronée : « décédé en octobre 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Cette date approximative correspond au témoignage produit en août 1945 par son camarade rescapé d’Auschwitz Camille Nivault à son retour en France
Il serait souhaitable que le Ministère prenne en compte, par un nouvel arrêté, la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 et consultable sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau. Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Camille Watremez est déclaré « Mort pour la France » et homologué « Déporté politique » en 1955.
Pour honorer son souvenir à la Libération, la section cycliste de l’Union sportive de Pierrefitte décide d’organiser chaque année un " Grand Prix Camille-Watremez ", avec le soutien de la municipalité. Son nom est inscrit sur le monument aux morts de la commune.
  • Note 1 : Pour Fernand Devaux (rescapé, JC de Saint-Denis), Camille Watremez est arrêté en même temps que Marcel Poullain et Robert Tiradon. Les documents consultables aux archives de la Préfecture de police de Paris et au DAVCC à Caen indiquent que Camille Watremez est arrêté le 26 octobre. Ni son nom, ni celui de Marcel Poullain ne figurent sur la liste de la Préfecture de police des militants communistes arrêtés le 6 décembre en vue de leur internement à Aincourt. Par contre on trouve les noms de Marcel Tiradon (le frère de Robert Tiradon) et de Camille Watremez sur la liste des militants qui sont qui sont transférés à Aincourt le 6 décembre 1940 depuis la caserne des Tourelles.
  • Note 2 : L’internement administratif a été institutionnalisé par le décret du 18 novembre 1939, qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, « des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Il est aggravé par le gouvernement de Vichy fin 1940. La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement administratif de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 3 : La caserne des Tourelles, « Centre de séjour surveillé » : Ouvert d’abord aux Républicains espagnols, entassés par familles entières, aux combattants des Brigades internationales, interdits dans leurs propres pays. Les rejoignent de nombreux réfugiés d’Europe centrale fuyant la terreur nazie, des indésirables en tous genres, y compris, bien sûr, les « indésirables » français : communistes, gaullistes et autres patriotes (on ratissait large), juifs saisis dans les rafles, «droit commun» aux causes bien datées (marché noir). France Hamelin in Le Patriote Résistant N° 839 -
  • Note 4 : Marcel Gitton, secrétaire national à l’organisation, rompt avec le Parti communiste après la signature du Pacte germano soviétique le 23 août 1939. Il crée le POPF, proche de la «Révolution nationale». (…) Quant au directeur du camp d'Aincourt, il comprit le parti qu'il pouvait en tirer. En février 1941 il recevait dans son bureau les amis (internés) de «Gitton, Clamamus, Doriot» (…). Le POPF suscita ainsi, avec le soutien du chef du camp, une véritable dissidence parmi les internés d'Aincourt. Effectivement, les tensions furent très importantes au sein du camp et les nombreux indicateurs permirent de démanteler trois directions communistes clandestines (…). Denis Peschanski, in « La France des camps », p. 515.
  • Note 5 : La Maison d’arrêt et de correction de Rambouillet, œuvre d'Albert Petit. Elle ferme en 1926. Réouverte pendant l’Occupation, elle n’a jamais été occupée par les Allemands.
  • Note 6: Caserne au début du 20ème siècle, le château de Gaillon est, à partir de 1941, aménagé en Centre de séjour surveillé, après avoir hébergé des réfugiés espagnols en 1939. De septembre 1940 à février 1943, sont internés sur arrêtés préfectoraux des politiques, essentiellement des communistes (130 hommes et 129 femmes), quelques gaullistes, 8 juifs et étrangers, des coupables d'infractions à la législation sur le ravitaillement (marché noir et abattage clandestin). On y interne les hommes de 1941 à septembre 1942, les femmes ensuite.
  • Note 7 : Les 10 et 20 mai 1942, 109 internés de Voves sont transférés sur réquisition des autorités allemandes au camp allemand (Frontstalag 122) de Compiègne (Oise). 87 d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi dit des 45000 du 6 juillet 1942.
Sources
  • Courrier de M. Daniel Biotton, maire de Pierrefitte (18 octobre 1989).
  • Témoignages de Fernand Devaux et Camille Nivault.
  • Roger Arnould, article paru dans le « Patriote Résistant », n° 511 de mai 1982. 
  • Danielle Rousselier-Fraboulet « la métallurgie de Saint-Denis face à l’effort de guerre Allemand ».
  • © Bulletin IHS n°3, UGICT CGT.
  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC ex BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Documents sur Aincourt, Rambouillet, Gaillon, Voves in Archives de la Préfecture de police de Paris, cartons occupation allemande, BA 2374 et BA 1837.
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. Premier camp d'internement des communistes en zone occupée. dir. C. Laporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités.
  • Archives du CSS d'Aincourt aux Archives départementales des Yvelines, cotes W.
  • © Le CSS d’Aincourt, in blog de Roger Colombier.
  • Stéphane Fourmas, Le centre de séjour surveillé de Voves (Eure-et-Loir) janvier 1942 - mai  1944, mémoire de maîtrise, Paris-I (Panthéon-Sorbonne), 1998-1999.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie mise à jour en juin 2014 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie

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