L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


TIRADON Robert, Célestin


"Motifs" d'arrestation adressé par les  RG au directeur du camp d'Aincourt
Matricule « 46149 » à Auschwitz

Robert Tiradon est né le 27 juillet 1908 à Pierrefitte (Seine /  Seine-Saint-Denis) au domicile de ses parents, au 22 rue de Paris.
Il est le fils de Célestine, Juliette Dupil, 20 ans, journalière et de Gustave, Antoine Tiradon, 30 ans, maçon, son époux.
Robert Tiradon habite avec son épouse et la famille de son frère au 7 chemin (ou sente) des Rosaires à Pierrefitte au moment de son arrestation.
Robert Tiradon est ouvrier maçon. Il épouse Germaine Brunet le 21 juin 1930 à Sarcelles (Seine-et-Oise).
Il est membre du Parti communiste et les services de police le désigneront comme un militant particulièrement actif.
On ignore s’il a effectué son service militaire et s’il a été mobilisé. Son métier très physique laisse cependant à penser qu’il n’a pas été ajourné ou réformé. On sait néanmoins qu’il a subi une lourde opération avant son arrestation.
Robert Tiradon est arrêté à son domicile par des policiers français du commissariat de Saint-Denis, le 6 décembre 1940  (1) avec 15 autres « militants communistes en vue de leur internement à Aincourt ».  Son arrestation s’inscrit dans le cadre d’une importante rafle de 69 militants communistes de la région parisienne, opérée conjointement par 8 commissariats de banlieue et 8 commissariats parisiens.
Le camp d'Aincourt
Robert Tiradon est interné administrativement (2) avec ses camarades au camp de « Séjour surveillé » d’Aincourt, ouvert le 5 octobre 1940 par le gouvernement de Vichy pour y enfermer les communistes du département de la Seine. Lire dans le blog Le camp d’Aincourt . Son numéro de dossier à Aincourt est le « 28.361 ».
Sur la liste « des militants communistes internés le 6 décembre 1940» reçue des Renseignement généraux par le directeur du camp, figurent des mentions caractérisant les motifs de leur internement (C 331/7). Pour Robert Tiradon on lit : « militant communiste particulièrement actif ».
Son frère, Marcel Tiradon (3) et un autre pierrefittois, Camille Watremez, sont internés à Aincourt le même jour que lui, depuis la caserne des Tourelles (boulevard Mortier à Paris 20ème).
Alors que Marcel Tiradon fait une demande de commission d’enquête concernant son internement (il n’est pas arrêté en flagrant délit et comme la plupart de ses camarades il l’est uniquement sur la base des rapports de police antérieurs à la guerre et à l’Occupation). D’autres internés ont fait la même démarche et Germaine Tiradon va la relayer auprès du Préfet de la Seine.
Le 9 mai 1942, à la demande des « autorités d’Occupation » Robert Tiradon est transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) au sein d’un groupe d’une quinzaine d’internés venant d’Aincourt ou Mantes.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Fin juillet son épouse reçoit une carte-formulaire imprimée en allemand envoyée par le Frontstalag 122 aux familles des déportés du convoi : "Le détenu ci-dessus dénommé a été, sur ordre de nos autorités supérieures, transféré dans un autre camp pour y être mis au travail. Le lieu de destination ne nous est pas connu. Vous devrez donc attendre d'autres nouvelles du détenu". 
Robert Tiradon est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Robert Tiradon est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «46149» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Dessin de Franz Reisz, 1946
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.
Il meurt à l'infirmerie d'Auschwitz le 6 décembre 1942 selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz.
Un arrêté ministériel du 6 septembre 2000 apposant la mention Mort en déportation sur son acte de décès et paru au Journal Officiel du 2 janvier 2001, porte la mention « décédé en décembre 1942 à Auschwitz (Pologne) ». On sait que dans les années d'après-guerre, l’état civil français a fixé des dates de décès fictives à partir des témoignages de rescapés, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés.
Robert Tiradon a été déclaré « Mort pour la France» et homologué « Déporté politique » en 1953. La carte est délivrée à Germaine Tiradon, son épouse.
Son nom est inscrit sur le monument aux morts de la commune.
Marcel Tiradon, fiche RG aux Tourelles
  • Note 1 : Sa fiche au DAVCC porte un mois sans doute erroné (octobre), qui est vraisemblablement la date de l’arrestation de son frère Marcel, né le 3 juin 1906 à Sarcelles. Pour Fernand Devaux (rescapé, arrêté comme Jeune communiste de Saint-Denis), Robert Tiradon est arrêté en même temps que Marcel Poullain et Camille Watremez. Les documents consultables aux archives de la Préfecture de police de Paris et au DAVCC à Caen indiquent que Camille Watremez est arrêté le 26 octobre. Et ni le nom de celui-ci, ni celui de Marcel Poullain ne figurent sur la liste de la Préfecture de police des militants communistes arrêtés le 6 décembre en vue de leur internement à Aincourt. Par contre on trouve les noms de Marcel Tiradon (son frère) et de Camille Watremez sur la liste des militants qui sont qui sont transférés à Aincourt le 6 décembre 1940 depuis la caserne des Tourelles. Les deux frères Tiradon et Camille Watremez arrivent bien à Aincourt le 6 décembre 1940.
  • Note 2 : L’internement administratif a été institutionnalisé par le décret du 18 novembre 1939, qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, « des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Il est aggravé par le gouvernement de Vichy fin 1940. La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement administratif de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 3 : Marcel Tiradon a été arrêté le 10 octobre 1940. Il est ensuite retenu à la caserne des Tourelles. Comme son frère Robert, il va être « interné administratif » au camp d’Aincourt le 6 décembre 1940. A la suite du décès de son épouse, père de 4 enfants, il est libéré le 26 février 1941.
Sources
  • Etat civil de Pierrefitte. Remerciements à Mme Jacqueline Rousselet.
  • Courrier de M. Daniel Biotton, maire de Pierrefitte (18 octobre 1989).
  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC ex BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, cartons occupation allemande, BA 2374 et BA 1837.
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. Premier camp d'internement des communistes en zone occupée. dir. C. Laporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités.
  • Archives du CSS d'Aincourt aux Archives départementales des Yvelines, cotes W.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau, où seul son numéro matricule est publié.
  • © Le CSS d’Aincourt, in blog de Roger Colombier.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie mise à jour en juin 2014 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie

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