L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BONNEL Charles, Jean, Raymond


Charles Bonnel, le 8 juillet 1942
Matricule « 45273 » à Auschwitz

Charles Bonnel est né le 7 novembre 1906 à Paris 11ème. Il est le fils de Marguerite Remondez et d’Émile Bonnel.

14 rue de Paris
Il habite au 14 rue de Paris (aujourd'hui rue du 4ème Zouaves) à Rosny-sous-Bois (Seine / Seine-St-Denis) au moment de son arrestation en 1940.
A la suite d’une confrontation avec la police, on lui donne le choix entre une peine de prison ou un engagement anticipé pour la Légion étrangère, ce qu’il choisit. Libéré de la Légion, il devient est plombier et se marie le 29 novembre 1930 à Rosny-sous-Bois avec Marie Anne Kessler. Le couple a un enfant.
En 1932, il épouse à Rosny-sous-Bois Mireille Hachmann, âgée de 25 ans, militante communiste. Syndicaliste il est actif au moment des grèves de 1936. Il est employé à l'Union des syndicats, 10 Boulevard Magenta à Paris 10ème. Il semble avoir été un des secrétaires de la section communiste de Rosny.
On ignore s’il est rappelé à la déclaration de guerre. On sait qu’au début de l’Occupation, il est connu des RG pour se livrer selon leur formule « à une active propagande »…
Après la grande rafle du 5 octobre 1940, opérée par la police française avec l’accord de l’occupant à l’encontre des principaux responsables communistes d’avant-guerre de la région parisienne (plus de 300), la répression va continuer, car si les RG se sont félicité de ces arrestations, la propagande communiste a continué. Le 26 octobre une nouvelle rafle de 38 militants est décidée : 12 d’entre eux seront déportés à Auschwitz en 1942.
Charles Bonnel fait partie de cette deuxième rafle : il est arrêté par la police française à Rosny le 26 octobre 1940 après que le Préfet de la police de Paris ait signé son internement administratif  en application de la Loi du 3 septembre 1940 (1). 
Dossier 103.823, il est alors conduit au “centre de séjour surveillé” (CSS) d’Aincourt (Seine-et Oise / Val-d’Oise). Lire dans le blog Le camp d’Aincourt. 
Transfert de 21 détenus pour Compiègne (photo montage)
Son nom est indiqué sur une liste de transfert de détenus d’Aincourt prévus pour Compiègne. Le 11 février 1942, il fait partie d’un groupe de 21 internés (2) qui est transféré d’Aincourt au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Depuis le wagon à bestiaux qui l’emporte vers Auschwitz, Charles Bonnel fait comme de  nombreux déportés : il jette sur la voie un petit mot lors d’un des arrêts dans une gare française. Sa famille le recevra. Lire : Les lettres jetées du train par les déportés
Charles Bonnel est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Charles Bonnel est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45273» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Sa photo d’immatriculation (3) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, Charles Bonnel passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Plombier de métier, Charles Bonnel retourne au camp principal. Assigné au Block 15, il est affecté au très dur Dachdecker-Kommando (Kommando des couvreurs) selon le témoignage de Georges Guinchan. Il y travaille avec celui-ci, Edouard Beaulieu (père) de Rosny, Marcel Delozanne, Louis Jouvin.
Auguste Monjauvis affecté à la DAW se souvient l’avoir rencontré le soir au retour des Kommandos.
Charles Bonnel meurt à Auschwitz le 12 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 117 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec son matricule, ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique). En relevant ces dates sur le Totenbuch (livre des morts) André Montagne a noté qu’il y a ce jour-là 205 morts à l’appel du soir et 44 à l’appel du lendemain matin. Parmi eux treize « 45.000 » le 12 août et cinq le 13 août.
Un arrêté ministériel du 26 août 1987 paru au Journal Officiel du 30 septembre 1987 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur son acte de naissance et jugement déclaratif de décès et reprend la date portée sur le certificat de l’état civil
Charles Bonnel est déclaré « Mort pour la France » et homologué « Déporté politique » en 1954.
Son nom figure dans la liste des Civils Morts pour la France sur le monument commémoratif de la ville.
  • Note 1 : L’internement administratif a été institutionnalisé par le décret du 18 novembre 1939, qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, « des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Il est aggravé par le gouvernement de Vichy fin 1940. La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement administratif de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 2 : La liste est datée du 11 février 1942. Treize d’entre eux seront déportés à Auschwitz : Alban Charles (45160), Arblade Aloyse (45176), Balayn René (45193), Batôt Elie (45205), Bonnel Charles (45273), Chaussinand Alexis (45363), Conord Léon (45371), Deshaies Auguste (45464), Doucet André, Guillou Alexandre (45645), Leroy Louis (45780), Lochin Léon (45800), Marivet Roger. Petitjean René.
  • Note 3 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources 
  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC ex BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993, relevé Pierre Cardon.
  • Mairie de Rosny, 9 mars 1992. Société d'Histoire de Rosny, correspondance avec MM. N. Paillot et A. Buisson (19 mai 1992).
  • Archives de la Préfecture de police, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet Legifrance.
  • Photo d'immatriculation à Auschwitz : Musée d'état Auschwitz-Birkenau / © collection André Montagne .
  • 14 Rue de Paris © Google Street View.
Biographie mise à jour en juin 2014 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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