L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


VAROTEAUX Alexandre, Louis


Matricule « 46177 » à Auschwitz

Alexandre Varoteaux nait à 8 heures, le 7 mars 1905 à Cuirieux (Aisne). Il est le fils de Maria Léonie Collier, 27 ans, ménagère et de Louis, Narcisse Varoteaux, 32 ans, domestique de culture, son époux. Il a 3 sœurs (Simone, Léonie et Ernestine) et 2 frères (Pierre et Amédée)
Au moment de son arrestation, il habite au 102 boulevard Davout à Paris (20ème), un immeuble de type HBM, à 500 m du métro Porte de Montreuil.
Alexandre Varoteaux épouse Fernande, Marcelle Proust le 10 septembre 1927 à Clamart. Le couple aura 8 enfants.
D’après le témoignage de Georges Gallot rescapé du convoi, lui-même employé à la STCRP depuis 1937, Alexandre Varoteaux est employé du Métro, chef de station à la station Gambetta (la STCRP, Société des transports en commun de la région parisienne qui deviendra la RATP).
Le 102 Bd Davout
Le couple habite non loin du domicile d’Emile Reinhard, un des responsables du 2ème  Rayon de Paris, qui sera déporté avec Alexandre Varoteaux à Auschwitz et du domicile clandestin (au 119) de Félix Cadras, membre du Comité central du Pcf, fusillé au Mont Valérien le 30 mai 1942.
Avec l’Occupation, une importante activité clandestine se développe au sein du personnel de la STCRP dont les conditions de travail sont considérablement dégradées et en direction des usagers : les longs couloirs et les correspondances du Métro favorisent les inscriptions et les graffiti. Des réseaux de Résistance se développent dès 1940, comme le réseau Noël. Des sabotages et des attentats ont lieu en 1941 (le plus célèbre étant celui de Fabien le 21 août 1941). La police et les occupants réagissent brutalement à de nombreuses reprises (Lucien Noël est fusillé le 24 janvier 1942).
Alexandre Varoteaux militant communiste connu de la direction de la STCRP et des Renseignements généraux, est surveillé, comme ses camarades anciens communistes (plusieurs d’entre eux arrêtés dès octobre 1940 et juin 1941 seront déportés à Auschwitz).
Alexandre Varoteaux est arrêté sur son lieu de travail au Métro le 28 avril 1942 dans le cadre de la même grande rafle qui concerne Georges Gallot et Miguel Martin du 20ème.
Ce jour-là une rafle est effectuée par l’occupant dans tout le département de la Seine. Lire dans le blog La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et arrêtent 387 militants, dont la plupart avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour « activité communiste » depuis l’armistice et libérés à l’expiration de leur peine. Les autres, comme Alexandre Varoteaux, sont connus ou suspectés par les services de police. Il s’agit de représailles ordonnées à la suite d’une série d’attentats à Paris dans les transports en commun : le 20 avril un soldat de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats dans un autobus parisien.
Alexandre Varoteaux est ensuite remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), où il reçoit le matricule « 4232 ».
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Son épouse effectue des démarches auprès de la délégation générale du gouvernement français dans les territoires occupés afin d’obtenir des nouvelles de son mari (mention d’un dossier dit de Brinon (1) au BAVCC).
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
A la mi-juillet son épouse  reçoit une carte-formulaire imprimée en allemand envoyée par le Frontstalag 122 aux familles des déportés du convoi : "Le détenu ci-dessus dénommé a été, sur ordre de nos autorités supérieures, transféré dans un autre camp pour y être mis au travail. Le lieu de destination ne nous est pas connu. Vous devrez donc attendre d'autres nouvelles du détenu". 

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Alexandre Varoteaux est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Alexandre Varoteaux est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «46177» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"

Dessin de Franz Reisz, 1946
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, comme Alexandre Varoteaux restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Alexandre Varoteaux entre à plusieurs reprises à « l’infirmerie » de Birkenau (les 1er et 27 novembre, le 8 décembre 1942). Il meurt à Auschwitz le 26 janvier 1943 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1273 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique).
Un arrêté ministériel du 2 mai 2001 paru au Journal Officiel du 8 juillet 2001 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès. Cet arrêté qui corrige le précédent qui indiquait « mort le 6 juillet 1942 » à Compiègne porte encore une date erronée  « décédé le 11 juillet 1942 à Auschwitz », soient les 5 jours prévus par les textes en cas d’incertitude quant à la date réelle de décès à Auschwitz. Les 6 mois de calvaire qu’il passe à Auschwitz avant son décès le 26 janvier 1943 doivent être pris en compte par un nouvel arrêté reprenant la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau et site internet du Musée d’Auschwitz). Lire dans le blog Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Alexandre Varoteaux est déclaré « Mort pour la France » et homologué « Déporté politique » en 1957.
  • Note 1 : Fernand Brinon (dit marquis de Brinon) représente le gouvernement français auprès du Haut-Commandement allemand dans le Paris de l’Occupation. Il est nommé le 5 novembre 1940 ambassadeur de France auprès des Allemands, puis le 17 novembre suivant «délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés». Il a été le destinataire des démarches des familles de « 45000 » qui cherchent à obtenir des informations sur le sort de leur déporté.
Sources  
  • Témoignage de Georges Gallot recueilli par (1973).
  • Mairie de Cuirieux (1993), acte de naissance.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche et  dossier individuel consultés en octobre 1993.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Wikimédia
  • © Street wiew
  • © Site Internet Généanet.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie mise à jour en mai 2014 à partir de la notice rédigée en 2002 par Claudine Cardon-Hamet pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive». Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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