L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


SCHOUMANN Georges, Julien, Camille


Matricule « 46117 » à Auschwitz

Georges Schoumann est né le 29 août 1902 à Paris (11ème). Ses parents habitent au 12 rue de la Petite Pierre dans cet arrondissement.
Il est le fils d’Hélène, Aimée Augendre, 26 ans, couturière et de Jean Schoumann, 32 ans, chaudronnier, son époux.
Georges Schoumann  habite 8 rue des Montiboeufs à Paris 20ème au moment de son arrestation.
Il se marie le 11 avril 1925 à Paris 11ème, avec Georgette, Marguerite Racine.
Il est le père d’une fille, âgée de 13 ans au moment de son arrestation.
Il est chaudronnier-tôlier de formation, mais exercera d’autres métiers.
Georges Schoumann se marie en seconde noces le 23 mars 1935 avec Georgette, Louise Boisgontier. Elle est gardienne d’immeuble au 29 rue Bonaparte (Paris 6ème) où le couple habitera un temps.
Georges Schoumann adhère au Parti communiste en juin 1936.

Le papier à en-tête de l'usine Carimantrand
On connait son dernier emploi : il a trouvé du travail pendant deux ans aux établissements Carimantrand, une entreprise de petite ébénisterie au 69 boulevard de la Liberté, aux Lilas (aujourd’hui boulevard général Leclerc, Seine / Seine-Saint-Denis).
Selon le témoignage de son épouse, leur domicile rue des Montiboeufs est perquisitionné par la police en mars 1940. Sans suites.
La recrudescence de la propagande communiste clandestine dans les arrondissements de l’Est parisien inquiète la police française. Des filatures, perquisitions et arrestations d’anciens militants communistes sont opérées par les renseignements généraux dans le 20ème arrondissement.
Georges Schoumann  est arrêté chez lui le 9 janvier 1941, à 7 heures du matin par la police française. Il est retenu pendant une dizaine de jours au Dépôt de la Préfecture de police de Paris, puis à la Santé (BAVCC, relevé André Montagne).

Le camp d'Aincourt
En application de la loi du 3 septembre 1940, le préfet de police de Paris, Roger Langeron, ordonne son internement administratif (1). L’arrêté est en date du 9 janvier 1941. Georges Schoumann est transféré le 17 janvier avec un groupe de vingt-quatre militants communistes au “Centre de séjour surveillé” (CSS) d’Aincourt. Lire dans le blog Le camp d’Aincourt.
A Aincourt, il déclare au cours des interrogatoires trimestriels menés par le directeur du camp (le commissaire Andrey), avoir quitté le Parti communiste à la fin 1937, en désaccord avec la ligne politique. Mais pour les Renseignements généraux et Andrey, il est un « militant communiste de très longue date, meneur très actif de la propagande clandestine ». Ses deux demandes de remise en liberté et d’enquête sont donc rejetées par le Préfet de Seine-et-Oise.

Le camp de Voves © VRID
Le 26 avril 1942, Georges Schoumann est transféré depuis le CSS d’Aincourt, surpeuplé, vers le CSS de Voves, au sein d’un groupe de 91 internés. Il y est enregistré sous le n° 254.
Dans deux courriers en date des 6 et 9 mai 1942, le chef de la Verwaltungsgruppe de la Feldkommandantur d’Orléans envoie au Préfet de Chartres deux listes d’internés communistes du camp de Voves à transférer au camp d’internement de Compiègne à la demande du Militärbefehlshabers Frankreich, le MBF, commandement militaire en France.
Georges Schoumann  figure sur la première liste de 81 noms qui vont être transférés le 10 mai 1942 à Compiègne.
Le directeur du camp a fait supprimer toutes les permissions de visite « afin d’éviter que les familles assistent au prélèvement des 81 communistes pris en charge par l’armée d’occupation ».  La prise en charge par les gendarmes allemands s’est effectuée le 10 mai 1942 à 10 h 30 à la gare de Voves. Il poursuit « Cette ponction a produit chez les internés présents un gros effet moral, ces derniers ne cachent pas que tôt ou tard ce sera leur tour. Toutefois il est à remarquer qu’ils conservent une énergie et une conviction extraordinaire en ce sens que demain la victoire sera pour eux ». Il indique également « ceux qui restèrent se mirent à chanter la «Marseillaise» et la reprirent à trois reprises ».
Sur les deux listes d’un total de cent neuf internés, arrivés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) les 10 et 22 juin 1942, 87 d’entre eux seront déportés à Auschwitz.
Depuis ce camp de Compiègne, Georges Schoumann va être déporté le 6 juillet 1942 à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Georges Schoumann est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Georges Schoumann est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «46117» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. 

Dessin de Franz Reisz, 1946
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date, ni sa date de décès. Celle-ci est antérieure au 14 août 1943 (date à laquelle les survivants de Birkenau du convoi du 6 juillet 1942 sont ramenés à Auschwitz I). Dans les années d'après-guerre, l’état civil français a fixé des dates de décès fictives, quelquefois à partir de témoignages de rescapés, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. Voir l’article : Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Pour Georges Schoumann, la date du 31 juillet 1942 a été retenue par le ministère. Un arrêté ministériel du 18 avril 2000 paru au Journal Officiel du 24 juin 2000 porte bien apposition de la mention «Mort en déportation» sur son jugement déclaratif de décès et reprend la date du 31 juillet 1942 portée par l’état civil français, mais avec la mention « sans autre précision »… On sait pourtant qu’il meurt à Auschwitz !
Georges Schoumann a été déclaré « Mort pour la France » et homologué comme « Déporté politique ». La carte de « DP » a été attribuée à Mme Georgette Schoumann, 8 rue des Montiboeufs à Paris 20ème.
  • Note 1 : L’internement administratif a été institutionnalisé par le décret du 18 novembre 1939, qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, « des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Il est aggravé par le gouvernement de Vichy fin 1940. La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement administratif de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
Sources
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1992. Relevé d’ André Montagne.
  • Liste (incomplète) du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau (archives des ACVG).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement
  • © Site Internet Legifrance.
  • Archives du CSS d'Aincourt aux Archives départementales des Yvelines, cotes W
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • © Le CCS de Voves. Archives départementales d’Eure et Loir.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie mise à jour en mai 2014 à partir de la notice rédigée en 2002 par Claudine Cardon-Hamet pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive». Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

Aucun commentaire: