L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BEAULIEU Edouard


Edouard Beaulieu
Signature d'Edouard Beaulieu le 5 mai 1942
Edouard Beaulieu est né le 30 août 1889 à Nomeny dans l’arrondissement de Nancy (Meurthe-et-Moselle). Il est le fils d’Adèle, Caroline Jacob, 28 ans, sans profession et d’Eugène Beaulieu, 30 ans, jardinier son époux. Il habite au 39 rue Hussenet à Rosny-sous-Bois (Seine - Seine-Saint-Denis) au moment de son arrestation. 
l'ancienne rue d'Avron porte son nom
Edouard Beaulieu est appelé au service militaire en 1909 (soient deux ans de service depuis la Loi Jourdan de 1905). Son registre matricule militaire nous apprend qu’il mesure 1m 72, a les cheveux châtain clair et les yeux marrons, le nez moyen, le visage ovale. Il possède un niveau d’instruction n° 3 (possède une instruction primaire développée).
Edouard Beaulieu est ouvrier d’usine au moment de son appel sous les drapeaux.
Il est mobilisé en août 1914, quelques jours après la déclaration de guerre. Il restera sous les drapeaux pendant 5 ans ! Il n’est libéré que le 9 août 1919. Son frère est tué sur le front de la Somme en 1917. Edouard Beaulieu est blessé (il est pensionné à 25 %) et cité à l’ordre du régiment. Il est démobilisé avec le grade de sergent chef.
Edouard Beaulieu épouse Christiane, Marcelle Collin le 9 septembre 1922 à Rosny-sous-Bois. Le couple a un garçon, René, qui naît le 22 décembre 1922 au Perreux-sur-Marne.
Edouard Beaulieu est électricien. Avant son arrestation il est employé à l’Imprimerie française au 123, rue Montmartre à Paris.
Militant communiste il est élu conseiller municipal de Rosny « lors des élections complémentaires du 15 janvier 1933, avec Jean-Baptiste Nocaudie. Tous deux conservèrent leur siège aux élections des 5 et 12 mai 1935 » : ils sont les deux seuls élus de la liste de Front populaire.
En 1939, pour le 150ème anniversaire de la Révolution de 1789, il participe à la publication du " Cahier de Doléances" de la ville.
Le populaire 17 février 1940
Edouard Beaulieu est déchu de son mandat municipal le 9 février 1940 par le conseil de préfecture en vertu de la loi du 21 janvier 1940 (1). « Le 1er août 1940, son fils René, militant des Jeunesses communistes, est arrêté après une distribution de tracts dans les boites aux lettres de Rosny. Il fut arrêté en même temps que René Rosse, Faustin Jouy (dit Gaston) et Eugène Omphalius…» (in Résistantes et Résistants en Seine-St-Denis, le témoignage de Mme Beaulieu et Le Maitron qui indique le 2 août).
Exposé des motifs de l'arrestation par les renseignements généraux.
Edouard Beaulieu est arrêté le 5 octobre 1940 par la police française dans le cadre de la grande rafle organisée, avec l’accord de l’occupant, par le gouvernement de Pétain à l’encontre des principaux responsables communistes d’avant-guerre de la région parisienne : les militants parisiens sont regroupé au Stade Jean Bouin et sont emmenés par cars à Aincourt. Le préfet de Seine-et-Oise, Marc Chevallier, exécute une rafle identique à celle de Paris dans son département. Au total, plus de 300 militants communistes, syndicalistes ou d’organisations dites «d’avant-garde», sont envoyés à Aincourt à partir du 5 octobre 1940. Lire dans le blog : Le camp d’Aincourt. Edouard Beaulieu est interné à Aincourt avec le n° de dossier 262.989. Sur la liste « des militants communistes « concentrés » le 5 octobre 1940» reçue des RG par la direction du camp, figurent son âge, adresse et une mention caractérisant les motifs de son internement (C 331/7).
Le 19 mars, le jeune Gaston Jouy, arrêté en même temps que son fils René, est lui aussi interné à Aincourt.
Le 4 mai 1941 Christiane Beaulieu sollicite du préfet de Seine-et-Oise une autorisation de visite pour elle et son fils (voir sa biographie dans ce blog). 
Transfert du 6 septembre 41
Le 6 septembre 1941, Edouard Beaulieu et 150 internés sont transférés au CSS de Rouillé dans la Vienne (le camp est ouvert à cette date pour désengorger Aincourt, surpeuplé).
Réponse des RG
Le 14 octobre 1941 le commandant du Centre d’Internement Administratif de Rouillé s’adresse au Préfet de la Seine pour obtenir des informations concernant les 149 internés provenant du camp d’Aincourt arrivés à Rouillé le 6 septembre 1941. La réponse du 1er bureau des Renseignements généraux (circulaire n°13.571.D) lui arrive le 30 octobre (doc C-331.24). Pour Edouard Beaulieu les RG ont inscrit  comme à Aincourt comme cause de l’arrestation, avec ses dates, lieu de naissance, adresse et date d’arrestation, « communiste notoire, participait à la propagande clandestine ».
Le camp de Compiègne
Le menu de solidarité de la chambre 3 du bâtiment A1
Le 9 février 1942, Edouard Beaulieu fait partie d’un groupe de 52 internés communistes qui sont remis aux autorités allemandes à leur demande, et transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Fronstalag 122), via Poitiers. 36 d’entre eux seront déportés à Auschwitz avec lui. 
Il est affecté au bâtiment A1, chambre 3, où son fils va être également affecté le 28 avril 1942, dans le cadre de la grande rafle effectuée par l’occupant dans tout le département de la Seine dans le cadre de la politique des otages (2). 
Edouard Beaulieu et son fils participent aux actions collectives organisées par la Résistance du camp pour maintenir le moral des internés et venir en aide aux plus démunis : ci-contre, le menu d'un "repas fraternel" organisé le 5 mai 1942, qui porte 34 signatures, parmi lesquelles on peut identifier celle de plusieurs "45000", Gabriel Torralba (dont c’est le menu), Eugène Clément (45374, de Paris), Armand Nicolazzo (45924, d’Argenteuil), Louis Guidou (45637, d’Ivry), Félix Néel (46252, de Romainville), André Doucet (45480, de Nanterre), Auguste Monjauvis (45887, de Paris), Jean Berthoud (45230 de Paris 20ème), Louis Gouffé (45620 de Romainville), Edouard et son fils René Beaulieu (45213, de Rosny), et celles des camarades bordelais de Gabriel Torralba, Eustache (45522 de Pessac) et Beudou (45243 de Talence), et d’André Tollet qui s’évadera avec 18 autres internés par un tunnel, quelques jours après.Depuis ce camp de Compiègne, tous deux et 3 autres rosnéens vont être déportés le 6 juillet 1942 à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages». 
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Le numéro « « 45212 »? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible puisque l’on connait le numéro d’immatriculation de son fils qui est le 45213, ne saurait pourtant être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure d’ailleurs plus dans mon dernier livre Triangles rouges à Auschwitz. Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale".
Edouard Beaulieu meurt à Auschwitz le 18 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 60 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique).
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Edouard Beaulieu, son fils et le copain de celui-ci Georges Guinchan, retournent au camp principal. A Auschwitz 1 ils sont assignés au Block 15 et affectés au Kommando des couvreurs.
René Beaulieu est atteint du typhus. Il entre à l’infirmerie le 8 septembre et y meurt le 14 septembre. Son père meurt le 18 septembre 1942. Pour Auguste Monjauvis, il n’a pas voulu quitter son fils et il est entré avec lui à l’infirmerie. Pour Georges Guinchan, Edouard Beaulieu ignore la mort de son fils lorsqu’il est pris avec cent quarante-sept autres «45000» dans une vaste sélection interne des inaptes au travail, opérée dans les blocks d’infirmerie et envoyé à la chambre à gaz.  Son certificat de décès d’Auschwitz (n°31517 et n°21) porte comme cause du décès « Herzstillstand» (arrêt cardiaque, œdème pulmonaire aigu). L’historienne polonaise Héléna Kubica a révélé comment les médecins allemands du camp signaient en blanc des piles de certificats de décès avec «l’historique médicale et les causes fictives du décès de déportés tués par injection létale de phénol ou dans les chambres à gaz». Lire dans le blog : Des causes de décès fictives.
Edouard Beaulieu est déclaré « Mort pour la France » et homologué « Déporté politique » le 4 mai 1948. 
Un arrêté ministériel du 20 mai 1987 paru au Journal Officiel du 18 juillet 1987 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur son acte de naissance et jugement déclaratif de décès et reprend la date portée sur le certificat de l’état civil d’Auschwitz. 
Le conseil municipal donne son nom à l'ancienne rue d'Avron qui mène au quartier pavillonnaire du plateau d'Avron. A l'entrée de cette voie, une plaque a été  apposée, qui rappelle son nom et celui de son fils. Une salle municipale porte son nom, qui est est inscrit dans la liste des Morts civils (monument commémoratif). Une plaque a été apposée en mairie honorant son nom et celui de son fils.
  • Note 1 : La loi de déchéance du 21 janvier 1940 stipule dans son article 1 « Tout membre d'une assemblée élective qui faisait partie de la Section Française de l'Internationale Communiste, visée par le décret du 26 septembre 1939, portant dissolution des organisations communistes, est déchu de plein droit de son mandat, du jour de la publication de la présente loi, s'il n'a pas, soit par une démission, soit par une déclaration, rendue publique à la date du 26 octobre 1939, répudié catégoriquement toute adhésion au Parti Communiste et toute participation aux activités interdites par le décret susvisé ».
  • Note 2 : Lire dans le blog La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942).
Sources
  • Fichier national de la Division des Archives des Victimes des Conflits Contemporains (DAVCC ex BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Témoignages de Georges Guinchan et Auguste Monjauvis.
  • Témoignage de Mme Pommier, filleule de Mme Beaulieu.
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Tome 18, page 301.  Edition informatique 2014.
  • Archives de la police / BA 2374. Le Populaire (SFIO) du 17 février 1940
  • Société d'Histoire de Rosny (MM. Paillot et Buisson) : 19 mai 1992.
  • Monique Houssin « Résistant es et Résistants en Seine-St-Denis » Un nom, une rue, une histoire, Les éditions de l'Atelier/ Les éditions Ouvrières, Paris 2004, page 174.
  • Liste des disparus de Rosny (1946), Mairie, avril 1992.
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. Premier camp d'internement des communistes en zone occupée. dir. C. Laporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités.
  • Camp de Séjour Surveillé de Rouillé : archives départementales de la Vienne.
  • Liste communiquée par M. Van de Laar, mission néerlandaise de Recherche à Paris le 29.6.1948, établie à partir des déclarations de décès du camp d'Auschwitz. Liste Auch 1/7 (BAVCC Caen).
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Helena Kubica : “Methods and types of treatment”, p. 318 in “Auschwitz 1940-1945”, tome 2. Musée d’état d’Auschwitz-Birkenau 2000.
  • © Site Internet Legifrance.
  • © Photo en militaire : Site Internet MemorialGenWeb.
  • © Google street view
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Photo-montage des listes d’Aincourt et Rouillé © Pierre Cardon
Biographie mise à jour en mai 2014 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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