L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


PUECH Gabriel, Robert


Gabriel Puech © Maurice Nilès
Matricule 46025 à Auschwitz

Gabriel Puech est né le 29 avril 1899 au Pré-Saint-Gervais (Seine / Seine-Saint-Denis).
Il habite au 17 rue Pierre Curie à Drancy au moment de son arrestation.
Lors du premier conflit mondial, conscrit de la classe 1919, matricule 5008, il devance l’appel et s’engage dans la Marine. Il est embarqué à bord d’un sous-marin. Il est titulaire de la Croix du combattant volontaire.
Gabriel Puech travaille d’abord chez les Frères Letellier, fabricants de plâtre à Claye-Souilly.
La Platrière des frères Letellier
© Dessin Rossi 
Il membre du Parti communiste. Gabriel Puech est embauché comme employé communal (ouvrier d’entretien) à Drancy le 1er septembre 1935, ville où la liste du Parti communiste a été élue le 5 mai 1935 au premier tour avec 4511 voix. Il devient régisseur du garage municipal.
Il épouse Marie-Aimée Claire, avec laquelle il a un garçon, Robert.
Gabriel Puech est rappelé sous les drapeaux à la déclaration de guerre et mobilisé le 2 septembre 1939 : réserviste de la classe 18, il est affecté à une formation territoriale. Il est libéré après la débâcle fin juillet 1940 et reprend son travail à la Ville de Drancy. Il reprend contact avec ses anciens camarades et participe à la propagande communiste clandestine à Drancy
Comme il était un militant communiste connu, il est surveillé par le commissariat de police de Drancy - appliquant les directives du Ministre de l’Intérieur Peyrouton - comme sont surveillés d’autres communistes drancéens, notamment les anciens élus.
Aincourt : Motifs arrestation par les RG
Le 5 octobre 1940, Gabriel Puech est arrêté par la police française dans le cadre de la grande rafle organisée, avec l’accord de l’occupant, par le gouvernement de Pétain à l’encontre des principaux responsables communistes d’avant-guerre de la région parisienne : les militants parisiens sont regroupé au Stade Jean Bouin et sont emmenés par cars au camp d’Aincourt. Au total, plus de 300 militants communistes, syndicalistes ou d’organisations dites «d’avant-garde», sont envoyés à Aincourt à partir du 5 octobre 1940 (lire dans le blog : Le camp d’Aincourt).
Gabriel Puech est interné administrativement (1) ce même jour avec deux cheminots communistes drancéens, Albert Beugnet et Henri Gateau et un conseiller municipal, Roger Pigalle. Il est également possible qu’un autre employé communal, Pierre Médrano (il est mentionné par Claude Pomier, président de l’ADIRP Drancy, fils de Jean Pomier), ait été arrêté ce même jour (il est déporté le 24 janvier 1943 à Sachsenhausen, où il meurt le 13 mars 1943). 
Gabriel Puech  est révoqué le 12 octobre 1940
Gabriel Puech est affecté à la chambre 46 à Aincourt. Sur la liste « des militants communistes « concentrés » le 5 octobre 1940» reçue par la direction du camp, figurent des mentions caractérisant les motifs de leur internement (C 331/7). Pour Gabriel Puech on lit : « Ex employé communal sous la municipalité communiste. Se livre à la propagande clandestine ». Albert Bostviger, qui le 4 octobre 1939 est le premier adjoint de la « Délégation spéciale » désigné par le Conseil de Préfecture pour remplacer le Conseil municipal élu, est nommé maire de Drancy par Vichy : il prétexte de l’arrestation de Gabriel Puech pour le révoquer le 10 octobre, supprimant ainsi son salaire à sa famille.
A Aincourt, le commissaire Andrey, le directeur du camp dont le zèle anticommuniste est connu, émet un avis négatif à une éventuelle mesure de libération le concernant (la durée de l’internement administratif est à la discrétion des préfets), explicitant ce refus comme il le fera pour une majorité d’internés : s’il lui reconnait une « attitude correcte »… il considère qu’il  « suit les directives du Parti communiste ». 
Le 10 mars 1941, Marie-Aimée  Puech sollicite une autorisation de visite du préfet de Seine-et-Oise, Marc Chevalier.
Rouillé Motifs arrestation par les RG
Le 6 septembre 1941 Gabriel Puech est transféré au Centre d’Internement Administratif (CIA) de Rouillé (2) pour l’ouverture de ce camp, au sein d’un groupe de 150 internés.
Le 14 octobre, le directeur du camp demande au préfet de la Seine les dossiers des internés arrivés à Rouillé un mois auparavant, dont celui de Gabriel Puech. Ces dossiers lui sont envoyés par les Renseignements généraux le 28 octobre 1941 (doc C-331.24). Les motifs renseignés sont identiques que ceux envoyés au directeur d’Aincourt (avec l’emploi de l’imparfait au lieu de présent « se livrait ») : « Ex employé communal sous la municipalité communiste. Se livrait à la propagande clandestine ». 
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au commandant du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122). Le nom de Gabriel Puech (n° 151 de la liste) y figure. Le 22 mai 1942 c’est au sein d’un groupe de 168 internés (3) qu’il est transféré arrive au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet. 
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Gabriel Puech est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Gabriel Puech le 8 juillet 1942
On ignorait son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942. Le numéro «46025 ?» inscrit dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro a pu être validé en comparant la photo en civil de Gabriel Puech et celle du déporté « 46025 », photographié le 8 juillet 1942. 
Après l’enregistrement, Gabriel Puech passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp Gabriel Puech est affecté à cette date, ni sa date de décès.
Dans les années d’après-guerre, le ministère des Anciens combattants a fixé fictivement celle-ci au 15 décembre 1942 sur la base du témoignage de compagnons de déportation. Son décès survient avant la mi-mars 1943 (date à laquelle les survivants de Birkenau du convoi du 6 juillet 1942 sont ramenés à Auschwitz I).
Un arrêté ministériel du 10 décembre 1997 paru au Journal Officiel du 18 avril 1998 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs et donne une date fictive pour son décès « 15 décembre 1942 à Auschwitz ». Le témoignage de compagnons de déportation a incité le Ministère à inscrire un mois probable de décès.
Ancienne rue de Saigon
Plaque en Mairie
Après-guerre, le Conseil municipal de Drancy donne son nom à l’ancienne rue de Saigon. Il est également honoré sur la plaque commémorative intitulée « le personnel communal à leurs camarades morts pour la France ».
  • Note 1 : L’internement administratif a été institutionnalisé par le décret du 18 novembre 1939, qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, « des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Il est aggravé par le gouvernement de Vichy fin 1940. La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement administratif de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 2 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «Centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 3 : Dix-neuf internés de la liste de 187 noms sont manquants le 22 mai. Cinq d’entre eux ont été fusillés (Pierre Dejardin, René François, Bernard Grimbaum, Isidore Pertier, Maurice Weldzland). Trois se sont évadés (Albert Belli, Emilien Cateau et Henri Dupont). Les autres ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps ou étaient hospitalisés.
  • Note 4 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Monique Houssin, Résistantes et résistants en Seine-Saint-Denis, Un nom, une rue, une histoire, Les éditions de l'Atelier/ Les éditions Ouvrières, Paris 2004, page 63.
  • Renseignements et photo en civil, courrier du Maire, Maurice Nilès, février 1991.
  • Mémoire : La vie des Drancéens de 1939 à 1945. Edition Papyrus Drancéen, section Dimémé. P. 132, photo de l'arrêté de licenciement.
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. Aincourt, premier camp d'internement des communistes en zone occupée. dir. C. Laporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Archives du CSS d'Aincourt aux Archives départementales des Yvelines, cotes W.
  • Camp de Séjour Surveillé de Rouillé : archives départementales de la Vienne.
  • Liste du 22 mai 1942, liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne (Centre de Documentation Juive Contemporaine XLI-42).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche et  dossier individuel consultés en octobre 1992.
  • © Site Internet Legifrance.
  • © Site Internet MemorialGenWeb.
  • © Site Les plaques commémoratives, sources de Mémoire.
  • © Le CCS de Rouillé. In site Vienne Résistance Internement Déportation.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie mise à jour en avril 2014 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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