L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


POMIER Jean


Jean Pomier naît le 7 décembre 1907 à Paris 17ème.
Au moment de son arrestation, Jean Pomier habite un pavillon au 41 rue de la Gaité (devenue rue Jean Pomier à la Libération) à Drancy (Seine / Seine-Saint-Denis).
Il effectue son service militaire entre 1927 et 1928.
Usine du Duralumin (à gauche)
Jean Pomier est magasinier à l’Usine du Duralumin, au 3 rue de la Victoire à Blanc-Mesnil, usine installée dans la zone industrielle de la Molette (1) depuis 1927.
Le 1er mai 1931, il participe à la grève de l’Usine Duralumin-Joly, qui rassemble 90 grévistes, et aux manifestations qui opposent les ouvriers grévistes de Drancy à « la flicaille », pour le casernement de laquelle le maire le « social-flic Du… » a réquisitionné une école (L’Humanité des 2 et 3 mai 1931).
Années 30
Il est secrétaire de cellule, adhérent au Secours Rouge.
Jean Pomier épouse Madeleine Liégeois, une modiste née le 16 juin 1909. Ils ont un fils, Claude, qui nait le 26 mai 1931 à Drancy.
Jean Pomier est mobilisé en septembre 1939 (rappel de sa classe, la 1927).
Après sa démobilisation, Jean Pomier trouve du travail à l’annexe du « Petit Parisien ».
Il fait partie d’un triangle de l’Organisation Spéciale du Parti communiste à Drancy, d’après son fils.
Le Prolétaire Drancéen 23 août 1940
Jean Pomier cache dans son pavillon une des deux ronéos du Pc, avec laquelle il imprime des tracts et le « Prolétaire Drancéen » dont Anatole Descamp lui apporte les textes (témoignage de M. Tarlier). Il diffuse également des tracts clandestins à Drancy et dans les localités voisines.
Jean Pomier est arrêté le 27 juin 1941 (témoignage de son fils confirmé par la liste des RG), par le commissaire « Pa… » du commissariat de Drancy et un inspecteur en civil. 
Extrait de la liste des RG du 27 juin 1941, montage à partir du début de la liste
La liste des Renseignements généraux répertoriant les communistes internés administrativement le 27 juin 1941, mentionne pour Jean Pomier : « Meneur communiste très actif ».
Cette arrestation s’inscrit dans le cadre d’une grande rafle concernant les milieux syndicaux et communistes connus de la police. En effet, à partir du 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, les Allemands arrêtent plus de mille communistes avec l’aide de la police française (nom de code de l’opération : «Aktion Theoderich»). D’abord amenés à l’Hôtel Matignon, lieu d’incarcération contrôlé par le régime de Vichy, ils sont envoyés au Fort de Romainville, où ils sont remis aux autorités allemandes. Ils passent la nuit dans des casemates du fort transformées en cachots. 
Et à partir du 27 juin ils sont transférés vers Compiègne, via la gare du Bourget dans des wagons gardés par des hommes en armes. Ils sont internés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise), administré par la Wehrmacht, camp destiné à l’internement des «ennemis actifs du Reich», alors seul camp en France sous contrôle direct de l’armée allemande. 
Jean Pomier est interné sans jugement au camp de Royallieu le 28 juin 1941 selon son fils. Il y reçoit le matricule « n° 689 ».
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Jean Pomier est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale". Le numéro « 45999 ? » (2) figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon dernier livre Triangles rouges à Auschwitz.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Après l’enregistrement, Jean Pomier passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet, il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.
Jean Pomier meurt à Auschwitz le 9 octobre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 955 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique).
Un arrêté ministériel du 3 novembre 1997 paru au Journal Officiel du 27 janvier 1998 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès. Mais il comporte une date erronée : « décédé le 20 mars 1943 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Il serait souhaitable que le Ministère prenne en compte, par un nouvel arrêté, la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 et consultables sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau. Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz
A Drancy, Madeleine Pomier a quitté leur pavillon pour échapper à l’arrestation : sa mère, Jeanne Liégeois est arrêtée (elle est internée de septembre 1943 à mars 1944 au camp de La-Lande-de-Monts (Indre-et-Loire) avec 298 femmes communistes. Claude Pomier, âgé d’une dizaine d’années est envoyé seul en Bretagne, à  Plœuc-sur-Lié (Côtes-du-Nord / Côtes-d’Armor) où il est hébergé.
A la Libération, Madeleine Pomier prend contact avec plusieurs survivants (Eugène Garnier, Lucien Matté, Marcel Guilbert, Robert Lambotte) qui tous lui répondent rapidement en juillet ou août 1945, mais n’ont pas connu personnellement son mari et ne peuvent donc pas lui décrire les circonstances de son décès.
Madeleine Pomier-Tarlier, remariée, participe au pèlerinage à Auschwitz en 1979 (souvenir de Roger Arnould). Elle meurt le 2 avril 2006.
Jean Pomier est déclaré « Mort pour la France » et homologué « Déporté politique ».
L'ancienne rue de la Gaité porte son nom
Son nom a été donné à une cellule du PCF de Drancy à la Libération. Il est gravé  sur la plaque commémorative dédiée aux déportés et apposée dans le hall de la mairie de Drancy.
Plaque à son domicile, 41 rue Jean Pomier
Une plaque commémorative a été apposée sur le mur de son pavillon. Elle y figure toujours en 2013.
  • Note 1 : Le Duralumin est très utilisé dans la construction aéronautique. Il est probable que l'implantation de l'entreprise sur la zone de la Molette est en partie due à la proximité de l'aéroport du Bourget et de ses ateliers. La Société du Duralumin est reprise en 1943 par la société Cégédur.
  • Note 2 : La photo d’immatriculation à Auschwitz correspondant à ce numéro n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Sources
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, rempli en février 1991 par son fils, Claude Pomier, secrétaire de la section de Drancy de la FNDIRP, membre du secrétariat départemental, du Comité national et de la commission de travail de la FNDIRP avec l’APHG. Il était domicilié au 41 rue Jean Pomier. Je l’ai moi-même rencontré. Il a été un militant actif de la FNDIRP jusqu’à son décès en mai 2012, à l’âge de 80 ans.
  • Photos de Jean Pomier transmises par son fils.
  • La Résistance en Seine-Saint-Denis, Joël Claisse et Sylvie Zaidman, préface de Roger Bourderon Syros éd. page 390.
  • Liste de noms de camarades du camp de Compiègne, collectés avant le départ du convoi et transmis à sa famille par Georges Prévoteau de Paris XVIIIème, mort à Auschwitz le 19 septembre 1942 (matricules 283 à 3800). Au BAVCC.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Archives de la Préfecture de police de Paris. Renseignements généraux, Liste des militants communistes internés le 26 juin 1941.
Biographie mise à jour en avril 2014 et juin 2016 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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