L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


PAUPY Jean, Louis


Matricule « 45955 » à Auschwitz

Jean Paupy est né le 13 avril 1921 à Paris (14ème). Il est le fils d’Émilie Bédos et de Pierre, François, Paupy, trente ans, son époux.
Son domicile à l'Haÿ-les-Roses
Il habite chez ses parents un petit pavillon au 43 rue Bronzac à l'Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne) au moment de son arrestation.
Il travaille comme vendeur en instruments de chirurgie aux établissements A. Goujeau (fabricants d’instruments de chirurgie), situés en face de chez lui au 50 rue Bronzac.
Jean Paupy est secrétaire des Jeunesses communistes de L’Haÿ-les-Roses selon le témoignage de Raymond Baudin, ancien maire communiste de l’Haÿ-les-Roses, déporté à Buchenwald, réélu maire à la Libération (son témoignage est daté du 20 mai 1946), information que confirme le registre des RG.
Registre de la Brigade spéciale des RG, 6 décembre 1940
Le mardi 3 décembre 1940, Jean Paupy est arrêté une première fois pour « activité communiste » (distribution de tracts) sur la commune de Gentilly, avec un groupe d’autres jeunes communistes d’Arcueil, Cachan et l’Häy-les-Roses (Lucien G., Roger J. et Paul Watel, fils d’Albert Watel, ainsi qu’ Henri Bockel, Robert Prunier tous deux déportés à Auschwitz avec Albert Watel père). Cette arrestation est opérée par la Brigade spéciale des RG et des agents du commissariat de Gentilly. Lire dans le blog La Brigade Spéciale des Renseignements générauxLe domicile de ses parents est perquisitionné. Sa fiche au DAVCC mentionne qu’il est arrêté « sur délation », comme son camarade Robert Prunier.

Le 4 décembre Jean Paupy le commissaire de police de Gentilly l'inculpe avec ses camarades d’infraction aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939 (dissolution du Parti communiste). Jean Paupy est conduit le 4 ou le 5 décembre au Dépôt de la maison d’arrêt de la Santé, mis à la disposition du Procureur.
Le 25 janvier 1941, la chambre des mineurs du tribunal correctionnel de la Seine (la 15ème chambre) condamne Jean Paupy à douze mois d’emprisonnement avec sursis. Il n’est pas pour autant libéré : le Préfet de Police de Paris, François Bard, ordonne son « internement administratif », en application de la Loi du 3 septembre 1940 (2).
Jean Paupy est transféré au dépôt de la Préfecture de la Seine le 26 janvier 1941, puis il est transféré avec Robert Prunier à la Maison centrale de Clairvaux le 27 février 1941, via la gare de l’Est.
A leur arrivée à « l’arrêt Clairvaux » de la gare de Ville-sous-la-Ferté, ils sont transférés au camp par rotations d’un unique wagon cellulaire, escortés par des gardes mobiles (souvenirs de Pierre Kaldor et d’Henri Hannart). Lire dans le blog : La Maison centrale de Clairvaux. Il y côtoie Emile Bouchacourt  et  Robert Lambotte qui vient de passer deux mois en cellule à Clairvaux.
Liste des internés état du 31 octobre 1941
R.G. Le 11 avril 1941. Montage à partir du début de la liste© Pierre Cardon
Le 11 avril 1941 les Renseignements généraux, adressent pour information aux services du nouveau Préfet de police de Paris - Camille Marchand - entré en fonction le 19 février 1941, une liste de 58 « individus » internés administrativement pour propagande communiste par arrêtés du Préfet de Police Roger Langeron, qui a cessé ses fonctions le 24 janvier 1941. 38 d’entre eux ont été condamnés pour infraction au décret du 26 septembre 1939 (reconstitution de ligue dissoute / dissolution du Parti communiste). Les RG mentionnent pour Jean Paupy, outre ses dates et lieu de naissance : « Arrêté le 4r décembre 1940 pour distribution de tracts et tentative de reconstitution de cellule,  condamné le 25 janvier 1941 par la 15ème chambre à 1 an de prison ». Lire dans le blog : le rôle de La Brigade Spéciale des Renseignements généraux dans la répression des activités communistes clandestines.
Le 25 septembre 1941, Jean Paupy est transféré avec 36 autres détenus de Clairvaux au camp français de Gaillon (3) où il est interné administrativement. Sur la liste des internés de Gaillon son nom est suivi du n° 45.498 (état du 31 octobre 1941). Robert Prunier a le n° 45.496. Ils retrouvent Emile Bouchacourt et Robert Lambotte.
Le 7 février 1942, il est admis avec ce dernier à l’ancienne « maison saint-Charles », pavillon des malades contagieux de l’hôpital de Vernon, situé à une quinzaine de kilomètres du camp de Gaillon. 
Lettre du Préfet de Paris à Caumont
Le nom de Jean Paupy figure sur une liste de 30 militants dont l’évasion « même par la force », serait préparée par la direction nationale du Parti. Quatorze d’entre eux seront déportés avec lui à Auschwitz.
Lettre du 18 février 1942
Le 18 février 1942, dans un pli confidentiel adressé à M. Caumont, préfet délégué (directeur du secrétaire général pour la police), le Préfet de police de Paris, l’informe d’un projet révélé par ses services « en vue de mettre en application les directives données par les dirigeants communistes à l’évasion « même par la force » d’un certain nombre de militants actuellement internés dans les camps de concentration, les responsables chargés de ce travail procèdent actuellement à l’élaboration d’une liste sur laquelle figurent les internés considérés comme des militants particulièrement convaincus, susceptibles de jouer un rôle important dans l’éventualité d’un mouvement insurrectionnel et pour lesquels le Parti semble décidé à tout mettre en œuvre afin de faciliter leur évasion. Après une première sélection, les dirigeants communistes ont retenu les noms ci-après de plusieurs internés de la région parisienne et de la province, qui seraient actuellement détenus pour la plupart au camp de Gaillon dans l’Eure» (4).
Cette lettre précipite sans doute la décision de son transfert à Compiègne, camp géré par la Wehrmarcht. Le 5 mars 1942, Jean Paupy est remis aux autorités d’occupation avec 15 autres internés de Gaillon. Ils sont transférés en autocar au camp de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, lire les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Jean Paupy est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Jean Paupy est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45495» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, Jean Paupy passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, comme Jean Paupy, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de connaître sa date de décès.
On sait néanmoins qu’il entre à l’infirmerie de Birkenau le 1er novembre 1942 par le Livre des déportés ayant reçu des médicaments à l'infirmerie de Birkenau entre le 1.11.1942 et le 15.7.1943 Relévé d’André Montagne.
Robert Lambotte qui l’a côtoyé à Gaillon et qui se souvient bien de lui, certifie de sa mort à Auschwitz « dans les premiers mois » de leur déportation (témoignage en octobre 1945) et Raymond Boudou de l’Haÿ-les-Roses témoigne lui aussi de sa mort « en 1942 » à Auschwitz (octobre 1945). Ayant été tous deux affectés à Auschwitz I, alors que Jean Paupy est resté à Birkenau, ils savent seulement que leur camarade n’est pas parmi les 18 survivants de Birkenau qui le 16 ou le 17 mars 1943, sont conduits sous escorte au camp principal, Auschwitz I (sept autres sont restés à Birkenau : Jean Paupy n’est pas parmi eux).
En septembre 1947, le ministère des Anciens combattants a fixé fictivement sa mort au 15 décembre 1942 sur la base de témoignages de ses compagnons de déportation.
Un arrêté ministériel du 4 janvier 1996 paru au Journal Officiel du 28 février 1996 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès et reprend la date fictive du 15 décembre 1942 à Auschwitz.
Jean Paupy est déclaré « Mort pour la France » en septembre 1947.
Il est homologué dans la Résistance intérieure française (RIF) au titre du « Front national de lutte pour la libération et l'indépendance de la France », élevé au grade d’adjudant le 5 octobre 1949.
Il est homologué « Déporté politique » en septembre 1955 (La carte de Déporté politique est attribuée à Pierre Paupy au 43 rue Bronzac (n° 110116768).
Comme pour la majorité des « 45000 » la demande d’homologation comme « Déporté Résistant » lui est refusée (dossier 10.959). Lire dans le blog « La carte de "Déporté-Résistant ».
Son nom et celui des cinq autres déportés L'Haÿssiens du convoi du 6 juillet 1942 est régulièrement cité lors des commémorations de la déportation. 
Dépôt de gerbe
Photo ci-contre : le 30 avril 2006, après le discours de Mme Françoise Citerne de l’AFMD, Mme Yannick Piau, adjoint au Maire dépose une gerbe.
  • Note 1 : Roger Jardin est né le 30 avril 1923 à Paris 6ème. Il habite chez sa mère au 37 sentier des Frettes, à L’Haÿ-les-Roses. Jeune communiste arrêté en même temps que Jean Paupy et Robert Prunier, il est déporté le 6 avril 1944 depuis Compiègne au camp de Mauthausen (matricule n° 62584). Affecté au Kommando de Gusen, il est conduit le 4 janvier 1945 au château d’Hartheim près de Linz, centre d’extermination par le gaz (in Livre-Mémorial de la FMD).
  • Note 2 : La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement administratif sans jugement de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 3 : Caserne au début du 20ème siècle, le château de Gaillon est, à partir de 1941, aménagé en Centre de séjour surveillé, après avoir hébergé des réfugiés espagnols en 1939. De septembre 1940 à février 1943, sont internés sur arrêtés préfectoraux des politiques, essentiellement des communistes (130 hommes et 129 femmes), quelques gaullistes, 8 juifs et étrangers, des coupables d'infractions à la législation sur le ravitaillement (marché noir et abattage clandestin). On y interne les hommes de 1941 à septembre 1942, les femmes ensuite.
  • Note 4 : Cette curieuse note semble fort peu vraisemblable. Certes, un mois avant - le 17 janvier 1942 - Roger Ginsburger s’est évadé de Gaillon. Mais la « note confidentielle » accrédite la thèse de la préparation d’une évasion massive que craint le Ministère de l’intérieur et constitue certainement un appui pour l’obtention de nouveaux moyens policiers. Car si les RG ont incontestablement des informations provenant d’une taupe au niveau de la direction communiste, la plupart des militants de cette fameuse liste ne sont ni les tout premiers responsables de l’appareil clandestin du PC, ni des membres connus des anciens services d’ordre du Parti, ce qui semblerait logique dans le cadre d’une évasion collective d’une telle ampleur.
Sources
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (DAVCC ex BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche et dossier individuel consultés en octobre 1993.
  • Archives de la Préfecture de police, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Archives de la Préfectures de police de Paris, dossiers Brigade spéciale des Renseignements généraux, registres journaliers.
  • Commissaire de Gentilly : in Jean Marc Berlière et Franck Liaigre « Ainsi finissent les salauds » Robert Laffont Ed.
  • Extraits du mémoire de Maitrise d’Hervé Bertonchini «Le camp d’internement administratif de Gaillon», Université de Rouen, 1993.
  • © Internés au camp de Gaillon / Archives de la Préfecture de police / BA 2374
  • 1942 - mai  1944, mémoire de maîtrise, Paris-I (Panthéon-Sorbonne), 1998-1999.
  • Krankenbau Birkenau Medikamenten Verbrauch Vom 1.11.1942 bis 15.7.1943 Livre des déportés ayant reçu des médicaments à l'infirmerie de Birkenau, kommando d'Auschwitz (n° d'ordre, date, matricule, chambre, nom, nature du médicament) du 1.11.1942 au 15.07.1943.
  • © Site Internet Legifrance.
  • Témoignages de Robert Lambotte et Raymond Boudou de l'Haÿ-les-Roses.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris. Renseignements généraux. 11 avril 1941, liste de « 58 individus internés pour propagande communiste clandestine ».
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie mise à jour en 2014, 2016 et 2017 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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