L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


LAMAND Raymond Louis, Eugène


Raymond Lamand est né le 21 décembre 1904 à Cailly (Seine-Inférieure / Seine Maritime).
Il habite au 1 avenue des Soupirs au Pré-Saint-Gervais (Seine / Seine-St-Denis) au moment de son arrestation (aujourd’hui Avenue des soupirs / Grande avenue).
Raymond Lamand épouse Madeleine Deffaux. Le couple a trois enfants (Christian, Jacques et Ghislaine).
En 1931, Raymond Lamand est salaisonnier aux Etablissements « Aux Jambons français », 8 rue de Pantin au Pré-Saint-Gervais, une usine de transformation de viande très polluante (le 27 juin 1935 le conseil municipal est saisi pour que cessent les odeurs et dégagements de suies, et intervient en ce sens (1).
Madeleine Lamand meurt le 29 mai 1936. 
En 1937 il vient habiter au 1 avenue des Soupirs au Pré-Saint-Gervais.
Devenu veuf, Raymond Lamand épouse en deuxièmes noces Germaine, Marie K’Hir (Kerhir), née le 26 novembre 1909 au Havre. Ils ont ensemble une fille, Germaine.
"Selon une note du 12 août 1942 et un rapport des Renseignements Généraux, il était membre de la section du Pré-St-Gervais du PC jusqu'à sa dissolution, syndicaliste très actif, il était responsable de la Section CGT de l'usine des "Jambons français", on le trouve à la tête du mouvement de grève déclenché dans cet établissement en 1936" (Arnaud Boulligny).
Au début de l’Occupation, il est membre d’un groupe de l’OS (Organisation spéciale du Parti communiste) avec Thomas Nunez, Robert et André Girard (2) (Monique Houssin op. cité). 
Selon une attestation délivré par le Front National le 17 octobre 1950, il a participé au mouvement dès sa formation ; il était chargé de contacter les éléments patriotiques susceptibles d'adhérer à l'organisation.
Sur un arbre généalogique de sa famille on trouve mention d’une activité de renseignement « chargé avec son groupe de d'indiquer à Londres les lieux stratégiques à bombarder en région parisienne; il fut arrêté sur dénonciation ».
Militant communiste, Raymond Lamand est arrêté à 8 heures aux Etablissements « Aux Jambons français », le 28 avril 1942. Seul le motif « communiste » figure sur sa fiche au BAVCC.
On sait que ce jour-là une rafle est effectuée par l’occupant dans tout le département de la Seine. Lire dans le blog La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et arrêtent 387 militants, dont la plupart avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour « activité communiste » depuis l’armistice et libérés à l’expiration de leur peine. Les autres sont connus ou suspectés par les services de police. Il s’agit de représailles ordonnées à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire est blessé à Malakoff).
Enfermé à l'Ecole Militaire, il est interné le même jour au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). A Compiègne, il reçoit le matricule « 4197 ».
Depuis ce camp, Raymond Lamand va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Sa famille effectue des démarches auprès de la délégation générale du gouvernement français dans les territoires occupés. On trouve mention d’un dossier dit de Brinon (3) au BAVCC.
Le 19 juillet 1942, sa famille reçoit une carte-formulaire imprimée en allemand envoyée par le Frontstalag 122 aux familles des déportés du convoi : "Le détenu ci-dessus dénommé a été, sur ordre de nos autorités supérieures, transféré dans un autre camp pour y être mis au travail. Le lieu de destination ne nous est pas connu. Vous devrez donc attendre d'autres nouvelles du détenu". 
Raymond Lamand est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.

Dessin de Franz Reisz, 1946
Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale". Le numéro « 45723 ? » figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon dernier livre Triangles rouges à Auschwitz.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.
Raymond Lamand meurt à Auschwitz le 22 octobre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 687 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau), où il est mentionné avec ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique).
L'acte de disparition dressé le 10 octobre 1949 ne donne pas la date de son décès, mais l’arrêté ministériel du 10 août 1992 qui appose la mention Mort en déportation sur son acte de décès (paru au Journal Officiel du 29 septembre 1992), porte la mention « décédé en 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte les archives du camp d’Auschwitz emportées par les Soviétiques en 1945, et qui sont accessibles depuis 1995 (certificats de décès de l’état civil d’Auschwitz, documents officiels allemands, établis par les médecins du camp d'Auschwitz, à la mort d'un détenu) ou les informations consultables sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau. Voir l’article : Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Raymond Lamand est déclaré « Mort pour la France » et homologué « Déporté politique » le 30 janvier 1959 (n° 110125680). La carte de Déporté politique est attribuée à Germaine, Marie Lamand.
Son nom est gravé sur une des plaques du souvenir faisant office de Monument aux morts dans le cimetière communal.
Avec celui de Raymond Avenel, la section du PCF du Pré-Saint-Gervais donne son nom à une cellule du Parti communiste au (Cellule Lamand-Avenel).
  • Note 1 : Jasmine Tillam in Histoire du Pré Saint-Gervais, p 107, publié par Valérie Perlès et Christine Missilyn (2005).
  • Note 2 : Thomas Nunez est arrêté en avril 1942, libéré en 43, il reprend ses actions de résistance. Robert Avenel né le 4 avril 1911 est mort en déportation à Ebensee le 5 mai 1945. André Girard est mort en déportation.
  • Note 3 : Fernand Brinon (dit marquis de Brinon) représente le gouvernement français auprès du Haut-Commandement allemand dans le Paris de l’Occupation. Il est nommé le 5 novembre 1940 ambassadeur de France auprès des Allemands, puis le 17 novembre suivant «délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés». Il a été le destinataire des démarches des familles de « 45000 » qui cherchent à obtenir des informations sur le sort de leur déporté.
Sources
  • Monique Houssin, Résistantes et résistants en Seine-Saint-Denis, Un nom, une rue, une histoire, Les éditions de l'Atelier/ Les éditions Ouvrières, Paris 2004, page 113.
  • Témoignage de Joseph Anselmet, né le 11 juillet 1907, rescapé du camp de Mauthausen.
  • Cellule Lamand-Avenel, © Fonds Waldeck Rochet, 1944-1971307 J 1-152.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en décembre 1992.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet Généanet, arbre « Pierfit ».
  • © Site Internet MemorialGenWeb, relevé Alain Claudeville.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Dossier individuel consulté par Arnaud Boulligny (FMD Caen), mèl du 19 juin 2014.
Biographie mise à jour en avril 2014 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

Aucun commentaire: