L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


DESMONTS, Roger, Alexandre


Roger Desmonts © famille
Matricule "45520" à Auschwitz

Roger Desmonts est né le 8 novembre 1911 à Ormes (Eure). 
Il habite au 17 rue Edouard Vaillant à Levallois-Perret (Seine / Hauts-de-Seine / il est inscrit sur les listes électorales à ces dates) au moment de son arrestation. 
Il est le fils d'Angèle, Victorine Zéphirine Suchomer, cultivatrice qui habite non loin d’Ormes à Tournedos-Bois Hubert et d'Eugène, Gaston Desmonts, cultivateur. Il a un frère.
Roger Desmonts est embauché tourneur sur métaux dans une entreprise de Boulogne-Billancourt (les Etablissements Salnepley).
Il effectue son service militaire de 1931 à 1932.
Roger Desmonts entre les deux 
trompettes à cent jours de la Quille
tradition du "père 100".
Il épouse le 10 juin 1939 Pierrette, Marie Petit, mécanicienne, âgée de 19 ans. Ils habitent alors au 17 rue Edouard Vaillant.
Puis le couple est domicilié au 99 rue Danton à Levallois. 
Ils ont une fille, Josée.  
En 1935 - 36, Roger Desmonts travaille comme décolleteur à l'entreprise Chenard et Walcker (40, rue du Moulin de la Tour à Gennevilliers) puis, en 1936 (...), comme régleur à l'entreprise Stlmson (102 bis, rue du Point du Jour à Billancourt). Il travaille comme tourneur décolleteur aux usines Renault, à Boulogne-Billancourt. Adhérent du Parti communiste, il est secrétaire d'une cellule. Lire dans le blog 22 ouvriers de chez Renault déportés à Auschwitz
Brigades internationales
Il part combattre en Espagne républicaine et fut affecté dans une compagnie du Génie. Il est rapatrié à une date inconnue. Il entre à la Société des Moteurs Gnome et Rhône (SMGR) le 6 janvier 1939 comme décolleteur. In « Gnôme et Rhône : 39-45 parcours de 67 salariés » par Serge Boucheny et Dominique Guyot. Association d’Histoire Sociale CGT de la SNECMA. Page 91.
Chez Gnôme et Rhône
Roger Desmonds, compte tenu de sa qualification professionnelle, est très certainement "affecté spécial" dans son usine à la déclaration de guerre, le 3 septembre 1939.  « Porté sorti » le 30 juin 1940, « exode » date de la fermeture de l'usine Kellermann, il est réembauché le 19 novembre 1940 comme manœuvre. Il est domicilié 99 rue Danton toujours à Levallois-Perret. Il est « porté sorti » le 21 janvier 1941 : sa fiche porte la mention manuscrite « arrêté pour propagande ». Continuant à militer au Parti communiste devenu clandestin, Roger Desmonts est arrêté le 21 février 1941, par la police française (2). Ce jour-là une douzaine de militants communistes sont appréhendés et des milliers de tracts sont saisis. Tous sont inculpés d'infraction au décret-loi du 26 septembre 1939 (reconstitution de parti dissous, propagande communiste). Il reprend son travail, mais est, à nouveau, arrêté pour propagande en avril 1942. In « Gnôme et Rhône : 39-45 parcours de 67 salariés » Page 91.
De retour à Levallois, militant communiste connu pour cette raison des services de police, il est à nouveau arrêté le 12 avril 1942, "pour ses activités communistes".
Il est remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), en vue de sa déportation comme otage.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Roger Desmonts est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Le jour de son immatriculation à Auschwitz
Roger Desmonts est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45520» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Roger Desmonts meurt à Auschwitz le 8 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 221 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique). Il convient de souligner que cent quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre 1942, ainsi qu’un nombre important d’autres détenus du camp enregistrés à ces mêmes dates. D’après les témoignages des rescapés, ils ont tous été gazés à la suite d’une vaste sélection interne des inaptes au travail, opérée dans les blocks d’infirmerie. Lire dans le blog : Des causes de décès fictives.
Un arrêté ministériel du 8 août 1988 paru au Journal Officiel du 17 septembre 1988 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès. Mais il comporte une date erronée : « décédé en fin d’année 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Il serait souhaitable que le Ministère prenne en compte, par un nouvel arrêté, la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 et consultables sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau. Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz
Il a été déclaré « Mort pour la France » et le titre de « Déporté politique » lui a été attribué. La carte de "Déporté politique" a été attribuée à Josée Desmonts, 90 rue Danton.
Sa nièce qui a recueilli la photo très abîmée que conservait sa grand-mère, écrit « Mon souvenir c’est que c'était le fils et le frère dont on était fier, dont on n’a jamais vraiment admis la disparition. Ma grand-mère était une paysanne habitant pas très loin d’Ormes, sans moyen de communication hormis la poste et son fils étant parti sur Paris, les nouvelles ont du se raréfier petit à petit jusqu’à ne plus en avoir du tout et pour cause ! ».
Lettre de Mme Desmonts 15/09/1944
Elle m'a envoyé également une émouvante lettre de son épouse Pierrette, que celle-ci adresse en 1944 à sa belle-mère, lettre qui témoigne de la terrible incertitude où elle est quant au destin de son mari et de l'ignorance où elle est de son lieu de déportation.
Josée Desmonts en 1947
Envoi d'une autre photo de Josée Desmonts, chez sa grand-mère à Tournedos, en 1947.
Note 1 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Note 2 : "Un tract fut ramassé par la police sur la chaussée de la rue Victor Hugo, le 25 janvier 1941, à Levallois-Perret : « Pagaïe à Vichy. Un traître chasse l’autre : Flandin remplace Laval. A bas le Gouvernement de la trahison et de la famine. Place au Gouvernement du Peuple ! Ils ne nous auront pas… nous les aurons ! » (Janvier 1941).
Les militants communistes distributeurs de tracts étaient pourchassés. Roger Desmonts fut arrêté le 21 février 1941, par des policiers des Brigades spéciales d’intervention (BSi) des commissariats de Puteaux et de Levallois-Perret (Seine, Hauts-de-Seine). Douze militants communistes furent appréhendés ce jour-là : deux de Levallois-Perret, sept de Gennevilliers et un de Villeneuve la Garenne. Plusieurs milliers de tracts furent saisis, ainsi qu’une liste de militants. Tous furent inculpés d’infraction au décret-loi du 26 septembre 1939, reconstitution de parti dissous, propagande communiste. Ces chutes en entraînèrent d’autres, une trentaine dans cette partie de la banlieue ouest, entre le 17 février et le 1er mars, ce qui porta un très rude coup à l’organisation communistein Le Maitron, dictionnaire biographique du mouvement ouvrier, notice biographique Daniel Grason.

Sources
  • Archives municipales de Levallois.
  • Photocopie de l'acte de mariage (mel de Mme Françoise Benoiton-Marié, mai 2014).
  • Liste (incomplète) par matricules du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (archives des ACVG).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets – de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Fichier national du Bureau des archives des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen, octobre 1993.
  • © Site Internet Legifrance.
  • Courriels de sa nièce, Mme Françoise Benoiton-Marié. Envoi de photos de famille  en mars-avril-mai 2014. Avec tous mes remerciements pour ses recherches.
  • Photo de famille retouchée par © Pierre Cardon.
  • Carte postale du "Père cent" (à 100 jours de la "Quille", de la libération). Montage photo en agrandissant le haut de la carte où se trouve Roger Desmonts entouré de camarades. 
  • In « Gnôme et Rhône : 39-45 parcours de 67 salariés » par Serge Boucheny et Dominique Guyot. Association d’Histoire Sociale CGT de la SNECMA 2018. 
  • © Photo du service du personnel de Gnôme et Rhône / Archives Safran Aircraft Engines.
Notice biographique modifiée en 2014 et 2018. Rédigée en 2007 par Claudine Cardon-Hamet (docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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