L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


BEUGNET Albert, Maurice, Eugène


Ex avenue Georgette
Albert Beugnet est né le 15 novembre 1902 au domicile de ses parents, rue de Lille à Béthune  (Pas-de-Calais). Il est le fils de Joséphine, Zéphirine, Uranie Delahaye, 32 ans, sans profession et d’Alfred, Louis, Isidore Beugnet, 31 ans, typographe, son époux.
Au moment de son arrestation, il est domicilié au 63 rue du Général Lambert à Drancy (Seine / Seine-Saint-Denis).
Le 10 octobre 1925 à Drancy, il épouse Marie, Lydie, Berthe Lagniez, née le 23 janvier 1902. Le couple a un garçon, Albert, qui nait le 6 janvier 1923.
Albert Beugnet est cheminot, « chef de trains » à la gare du Bourget triage, pour la région Nord avec Henri Gateau et Gabriel Lamblin.
Ils sont militants syndicaux et membres du Parti communiste.
Le 5 octobre 1940, il est arrêté avec Henri Gateau et Gabriel Lamblin (eux aussi chefs de trains à Drancy) et le même jour que Jules Crapier (1), par la police française dans le cadre de la grande rafle organisée, avec l’accord de l’occupant, par le gouvernement de Pétain à l’encontre des principaux responsables communistes d’avant-guerre de la région parisienne : les militants parisiens sont regroupé au Stade Jean Bouin et sont emmenés par cars à Aincourt. Le préfet de Seine-et-Oise, Marc Chevallier, exécute une rafle identique à celle de Paris dans son département. Au total, plus de 300 militants communistes, syndicalistes ou d’organisations dites «d’avant-garde», sont envoyés à Aincourt à partir du 5 octobre 1940. Lire dans le blog : Le camp d’Aincourt.

Aincourt, liste des RG
Sur la liste « des militants communistes « concentrés » le 5 octobre 1940» envoyée par les Renseignements généraux au directeur du camp, figurent des mentions caractérisant les motifs de leur internement (C 331/7). Pour Albert Beugnet on lit : « 38 ans. Se livre à la propagande clandestine ». Il a le n° de dossier 82.709.
Le 6 septembre 1941, Albert Beugnet est transféré avec 148 autres internés venant du camp d’Aincourt au CIA de Rouillé (2).
Le 14 octobre, le directeur du CIA de Rouillé demande au Préfet de la Seine les dossiers des internés arrivés à Rouillé un mois auparavant, dont celui d’Albert Beugnet (C 331/24), pour lesquels il n’a « aucun document ».

Rouillé réponse des RG au chef de camp
Ces dossiers lui sont envoyés par les Renseignements généraux le 28 octobre. On y retrouve la même formulation des RG, cette fois-ci à l’imparfait « se livrait à la propagande clandestine ».
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au commandant du camp de Rouillé (1) une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122). Le nom d’Albert Beugnet (n° 33 de la liste) y figure. Et le 22 mai 1942 c’est au sein d’un groupe de 168 internés (3) qu’il est transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet. 
Depuis ce camp de Compiègne, Albert Beugnet va être déporté le 6 juillet 1942 à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Albert Beugnet est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.

On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschshwitz L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale". Le numéro «45243 ?» inscrit dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Seule la reconnaissance, par un membre de sa famille ou ami de la photo d’immatriculation publiée au début de cette biographie pourrait désormais en fournir la preuve.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.

Dessin de Franz Reisz, 1946
Albert Beugnet meurt à Auschwitz le 21 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 83 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Katolisch » (Catholique).
Un arrêté ministériel du 28 mai 2008 paru au Journal Officiel du 4 juin 2008 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès. Mais il comporte une date erronée : « décédé en janvier 1943 à Auschwitz (Pologne) » qui reprend celle, fictive, apposée sur son acte de naissance le 28 février 1947. Il serait souhaitable que le Ministère prenne en compte, par un nouvel arrêté, la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 et consultable sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau. Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Albert Beugnet est déclaré "Mort pour la France" et homologué « Déporté politique ».
En 1952, la municipalité de Drancy a donne son nom à l'ancienne avenue Georgette. 
Son nom est gravé sur la plaque commémorative dédiée aux déportés, apposée à l’entrée de la mairie. Il est également gravé avec ceux de François Garcia, Henri Gateau, Gabriel Lamblin et Jules Mailly sur la stèle au triage du Bourget « Aux agents résistants de la gare du Bourget morts pour la France », sur la stèle en gare des voyageurs du Bourget « A la mémoire des agents de la S.N.C.F. morts par faits de guerre ».
  •  Note 1 : Gabriel Lamblin, né le 17 mars 1901. Déporté à Neungamme. Jules Crapier, secrétaire général des cheminots CGT, organise les comités populaires cheminots sur la région parisienne en 1940.
  • Note 2 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. / In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 3 : Dix-neuf internés de la liste de 187 noms sont manquants le 22 mai. Cinq d’entre eux ont été fusillés (Pierre Dejardin, René François, Bernard Grimbaum, Isidore Pertier, Maurice Weldzland). Trois se sont évadés (Albert Belli, Emilien Cateau et Henri Dupont). Les autres ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps ou étaient hospitalisés.
Sources 
  • Archives en ligne de la ville de Béthune.
  • Courrier du Maire de Drancy, Maurice Nilès, juillet 1992.
  • Livres des Morts d'Auschwitz, Musée d'état d'Auschwitz-Birkenau, 1995.
  • Monique Houssin, Résistantes et résistants en Seine-Saint-Denis, Un nom, une rue, une histoire, Les éditions de l'Atelier/ Les éditions Ouvrières, Paris 2004, pages 61 et 64.
  • Archives du CSS d'Aincourt aux Archives départementales des Yvelines, cotes W.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Liste du 22 mai 1942, liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne (Centre de Documentation Juive Contemporaine XLI-42).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993 par André Montagne.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet Legifrance.
  • © Site Internet MemorialGenWeb.
  • Photo d'immatriculation à Auschwitz : Musée d'état Auschwitz-Birkenau / © collection André Montagne .
  • Plaque de rue © Google Maps.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie mise à jour en avril 2014 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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