L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


RIVOAL Raymond, Pierre


Raymond Rivoal est né le 7 septembre 1920 à Paris 10ème. Il est le fils de Pierre Rivoal (1). Au moment de son arrestation, Raymond Rivoal habite chez son père, au 94, rue de la Goutte-d’Or (aujourd’hui rue André Karman) à Aubervilliers, Seine / Seine-Saint-Denis.
Raymond Rivoal est journalier.
Pendant l’occupation il est dans le “groupe des jeunes” d’Aubervilliers, anciens membres des Jeunesses communistes avant-guerre (Marceau Lannoy, secrétaire des Jeunesses communistes d’Aubervilliers entre 1937 et 1939, Liliane Landreau, Robert Hours (2), Robert Rocol, Robert Ferrero, Gambier et Cousin).
Raymond Rivoal participe aux distributions de tracts (Marceau Lannoy, détenteur d'une ronéo, est responsable des distributions).
Le 10 janvier 1940, Raymond Rivoal est arrêté par les hommes du commissaire Betsen (3). Inculpé avec sept autres jeunes - dont Marceau Lannoy - d’infraction aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939 « pour participation à la reconstitution du groupement des Jeunesses communistes à Aubervilliers », il est placé sous mandat de dépôt à disposition du procureur. Incarcérés à la maison d’arrêt de la Santé, ils comparaissent le 19 juin 1941, devant la 15ème chambre des mineurs du Tribunal correctionnel de la Seine.
Raymond Rivoal est condamné à six mois de prison. Il a fait appel - en vain - de la sentence (4). Placé au dépôt de la Préfecture, le 20 juin, il est écroué à la maison d’arrêt de Fresnes. Il est vraisemblablement libéré à la date d'expiration normale de sa peine d'emprisonnement, en juillet, sans être placé dans un camp d’internement.
Raymond Rivoal est en effet arrêté à nouveau le 28 avril 1942.
Ce jour-là une rafle est effectuée par l’occupant dans tout le département de la Seine. Lire dans le blog La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et arrêtent 387 militants, dont la plupart avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour « activité communiste » depuis l’armistice et libérés à l’expiration de leur peine. Les autres sont connus ou suspectés par les services de police. Il s’agit de représailles ordonnées à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire est blessé à Malakoff).

Raymond Rivoal est conduit le soir même au camp allemand de Compiègne (Frontstalag 122) où il reçoit un numéro matricule qui suit celui de Raphaël Manello « 4310 », arrêté le même jour. Maurice Courteaux, rescapé du convoi né à Aubervilliers, immatriculé « 4155 » à Compiègne se souvenait d’être arrivé au camp le même jour que lui.
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à sa déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et«une déportation d’otages».
Sa belle-mère, Julia Rivoal, effectue des démarches auprès de la délégation générale du gouvernement français dans les territoires occupés afin d’obtenir des nouvelles de son beau-fils (mention d’un dossier dit de Brinon (5) au BAVCC).
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Raymond Rivoal est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschshwitz L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale". Le numéro «46062 ?» inscrit dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules.
Seule la reconnaissance, par un membre de sa famille ou ami de la photo d’immatriculation publiée au début de cette biographie pourrait désormais en fournir la preuve.

Dessin de Franz Reisz, 1946
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date, ni sa date de décès.  
Dans les années d'après-guerre, l’état civil français a fixé des dates de décès fictives à partir des témoignages de rescapés, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. Pour Raymond Rivoal cette date fictive est le 15 février 1942. Un arrêté ministériel du 31 juillet 1997 paru au Journal Officiel du 14 décembre 1997 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs et reprend la date fictive du 15 février 1943 à Auschwitz.
Raymond Rivoal est déclaré « Mort pour la France » et homologué « Déporté politique » en 1955. La carte est délivrée à Mme Julia Rivoal.
Son nom est inscrit sur le monument aux morts, dans le cimetière communal.
Le 8 mai 2013, à l’occasion du 68ème anniversaire de la victoire des Alliés sur l’Allemagne nazie, son nom est honoré par le Maire d’Aubervilliers, Jacques Salvator, parmi les 10 noms de fusillés ou déportés qu’il cite à cette occasion. Il est le seul déporté du convoi du 6 juillet 1942 mentionné (ils sont 8 Albertivillariens déportés à Auschwitz).   
  • Note 1. Pierre Rivoal est né en 1897 dans les Côtes-du-Nord. Il est manœuvre. Il vit avec Julia L. vers 1936, qu’il épousera. Selon le Maitron « en janvier 1925, Rivoal était secrétaire de la cellule communiste des Grands Moulins à Pantin (Seine). Il habitait à Aubervilliers ». Il est plausible qu’il s’agisse du père de Raymond Rivoal.
  • Note 2 : Robert Hours, né le 23 octobre 1924 est déporté en 1944 à la prison de Potsdam, Aux camps de Sachsenhausen et Flossenbürg. Il est libéré le 23 avril 1945.
  • Note 2 : « Ces policiers appartenaient à ce que l’on appelait alors à Aubervilliers « la brigade politique ». Cette brigade placée sous le commandement du commissaire Georges Betchen groupait 12 membres. Cet effectif doit être rapporté à celui du commissariat qui s’élevait à 225 hommes, ce qui est très important, mais il faut le rappeler le commissariat couvrait les territoires d’Aubervilliers, de La Courneuve et du Bourget. Statistiques de la « brigade politique » du commissariat d’Aubervilliers pour la période octobre 1940-décembre 1941 : 18 personnes inculpées pour propagande gaulliste, 22 pour reconstitution du Parti communiste ; 81 pour propagande communiste ; 1334 arrestations de suspects ; 465 visites domiciliaires ; 44 arrestations en vue d’internement administratif ; constitution d’un fichier de 2139 personnes avec 124 photographies ; constitution d’un fichier d’israélites ». « Georges Betchen sera, à la Libération, condamné à vingt ans de travaux forcés ». Jacques James / André Narritsens / Bernard Orantin In © Blog du PCF d’Aubervilliers, 24 octobre 2010.
  • Note 3 : Le procureur de la République est Maurice Gabolde, nommé Procureur général à Paris le 1er janvier 1941. Il participe à la rédaction de la loi du 14 août 1941 qui crée les sections spéciales dans chaque cour d’appel qui peuvent prononcer sans possibilité de recours des peines capitales contre les communistes et les anarchistes. Du 26 mars 1943 au 17 août 1944 il est Garde des Sceaux dans le gouvernement Laval. Il s’enfuit en Espagne en 1945. Il est condamné à mort par contumace par la Haute cour de justice, le 13 mars 1946. Jacques James / André Narritsens / Bernard Orantin In © Blog du PCF d’Aubervilliers.
  • Note 4 : Fernand Brinon (dit marquis de Brinon) représente le gouvernement français auprès du Haut-Commandement allemand dans le Paris de l’Occupation. Il est nommé le 5 novembre 1940 ambassadeur de France auprès des Allemands, puis le 17 novembre suivant «délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés». Il a été le destinataire des démarches des familles de « 45000 » qui cherchent à obtenir des informations sur le sort de leur déporté.
Sources
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Site Internet MemorialGenWeb.
  • Archives départementales de Paris, rôle correctionnel.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, cartons occupation allemande, Carnet B, BA 1774.
  • Photo d'immatriculation à Auschwitz : Musée d'état Auschwitz-Birkenau / © collection André Montagne.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • www.aubervilliers.fr/IMG/pdf/2013-5-8, Discours JS 8 mai 1945.
Biographie mise à jour en mars 2014 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com * Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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