L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


RAT Maurice, Clément, Arsène


Réponse des RG au commandant du CSS d'Aincourt

Maurice Rat naît le 23 août 1897 à Biaches (Somme). Il habite au 22 impasse du Pont Blanc à Aubervilliers (Seine / Seine-Saint-Denis) au moment de son arrestation.
Il est le fils d’Adèle Belaire, 27 ans, journalière et d'Arthur Rat, 31 ans, journalier, son époux. Il a quatre sœurs et frères, Fernand, né en 1892, Alexandre Octave, né en 1893 (soldat décédé à Saint Dié en 1914), Marguerite Angèle, née en 1894, Clémentine, née en 1903.
Son registre matricule militaire indique qu’il habite à Rougnat (Creuse) au moment du conseil de révision et travaille comme mécanicien. Il sera plus tard chauffeur générateur au Gaz de Paris. Il mesure 1m 73, a les cheveux châtains très clairs, les yeux gris, le front large, et le nez un peu fort. Il a un niveau d’instruction « n° 3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée).

Conscrit de la classe 1917, il est mobilisé par anticipation le 7 janvier 1916, (tous les jeunes hommes de sa classe sont mobilisés un an à l'avance). Il affecté le 10 janvier 1916 au 45ème Régiment d’infanterie pour y suivre l’instruction. Après ses classes, il passe au 62ème Régiment d’infanterie le 11 octobre 1916. Il est évacué le 10 avril 1917 vers l’hôpital temporaire n° 16 de Compiègne pour grippe (il s’agit de la grippe saisonnière H1N8, qui évolue en une souche H1N1 et sera à l’origine de la terrible épidémie de grippe espagnole qui fit des centaines de milliers de morts – 165.000 en France).
Il sort de l'hôpital le 10 mai. Envoyé en convalescence, il rejoint le corps le 3 juin 1917.
Il est cité à l’ordre de la 18ème Division (O/J n° 225) le 22 mai 1918 pour des actes ayant eu lieu dans le secteur du Chemin des Dames : « fantassin d’élite d’une grande bravoure. Son char ayant été entouré et pris par les allemands au cours de l’attaque du 18 avril 1918, a fait l’impossible pour tenter de le délivrer. N’ayant pu y réussir, a rejoint un autre char où il ne restait qu’un seul homme d’élite ».
Croix de guerre avec étoile d'argent
(citation ordre division)
Il a reçu la Croix de guerre avec deux citations.
Il passe au 16ème régiment de tirailleurs algériens le 16 mai 1919. Il est nommé sergent le 16 mars 1919. Il est démobilisé le 5 septembre 1919 par le dépôt démobilisateur du 1er régiment de Zouaves, certificat de bonne conduite accordé ».
Dans la Réserve de l’armée active, il aura des affectations successives dans le cadre du plan A. Maurice Rat « se retire » à Paris 19ème au 155 rue de Flandre et va alors habiter la région parisienne.
Maurice Rat épouse le 24 janvier 1920 Charlotte Mallet. Née en 1901, elle est femme de ménage, puis allumetière à la fabrique Delabarre, au lieu-dit La Motte, rue du Vivier (l'actuelle rue Henri-Barbusse)Le 23 février 1920, le couple habite au 65 rue du Vivier à Aubervilliers. En mai 1921, ils déménagent au 53 rue des Cités. Ils ont un garçon, Marcel, qui naît à Aubervilliers le 17 octobre 1921 (en 1936, Marcel est tôlier, puis ajusteur en 1946). 
Le 6 novembre 1931 Ils ont déménagé au 22 impasse du Pont Blanc, toujours à Aubervilliers, où il sera domicilié jusqu’à son arrestation.
Maurice Rat est chauffeur poids lourds (selon le BAVCC) à la Société du Gaz (usine de la Villette à Paris 19ème). Il est adhérent au syndicat CGTU des gaziers (producteurs et distributeurs d’énergie électrique de la Région parisienne).
Au recensement de 1936, il habite au 22, impasse du Pont-Blanc à Aubervilliers.
Maurice Rat est membre du Parti communiste (les Renseignements généraux le qualifieront en 1940 de « meneur communiste actif, principal animateur de la propagande communiste auprès du personnel de la Compagnie du Gaz ».
En octobre 1938, il est affecté dans la réserve de l'armée "dans sa subdivision de domicile" comme employé de la société du gaz de Paris.
Après la déclaration de guerre, il est mobilisé - comme réserviste - d’avril 1940 au mois d’août dans l’aviation à La Rochelle (cette affectation dans une autre arme est peut-être due au fait qu’il a pu être membre de l’aéro-club d’Aubervilliers).
Liste manuscrite des fonctionnaires arrêtés le 6 / 12/ 1940 (@ Cardon)
Maurice Rat est arrêté le 6 décembre 1940 par les hommes du commissaire Betchen d’Aubervilliers dans le cadre d’une rafle qui concerne 58 responsables communistes et syndicalistes de la région parisienne. Hilaire Sartorio, un autre gazier parisien qui sera déporté en même temps que lui, est arrêté le même jour. 
D’abord conduit à la caserne des Tourelles (boulevard Mortier à Paris 20ème) Maurice Rat est interné administrativement avec 57 autres militants au camp de « Séjour surveillé » d’Aincourt, ouvert le 5 octobre 1940 par le gouvernement de Vichy pour y enfermer les communistes du département de la Seine. Lire dans le blog Le camp d’Aincourt . Sur la liste « des militants communistes internés le 6 décembre 1940» reçue des Renseignement généraux par le directeur du camp, figurent des mentions caractérisant les motifs de leur internement (C 331/7). 
Liste dactylographiée des fonctionnaires arrêtés le 6 / 12/ 1940
Pour Maurice Rat on lit : «meneur communiste actif, principal animateur de la propagande communiste auprès du personnel de la Compagnie du Gaz». 
Le directeur reçoit une mention identique pour Hilaire Sartorio, qui est de plus présenté comme ami personnel de Corentin Cariou.
Le 6 septembre 1941, Maurice Rat est transféré au Centre de Séjour Surveillé de Rouillé (1) pour l’ouverture de ce camp, avec 149 autres internés d’Aincourt. Le 14 octobre, le directeur du camp demande au préfet de la Seine les dossiers des internés arrivés à Rouillé 4 mois auparavant, dont celui de Maurice Rat. Ces dossiers lui sont envoyés par les Renseignements généraux le 28 octobre 1941 : la note concernant Maurice Rat est identique à celle communiquée au directeur d’Aincourt.
Le CSS de Rouillé @ VRID
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au commandant du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122). Le nom de Maurice Rat (n° 153 de la liste) y figure et c’est au sein d’un groupe de 168 internés (2) qu’il arrive au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet. 
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Maurice Rat est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale". Le numéro "46193 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Maurice Rat meurt à Auschwitz le 21 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz, Tome 3 page 986 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates, lieu de naissance (Biacher) et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique).
Un arrêté ministériel du 2/12/1996 paru au Journal Officiel du 19/02/1997 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès. Cet arrêté qui corrige le précédent qui indiquait mort le 6 juillet 1942 à Compiègne mentionne néanmoins encore une date erronée : décédé le 11 juillet 1942 à Auschwitz, soient les 5 jours prévus par les textes en cas d’incertitude quant à la date réelle de décès à Auschwitz. Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau). Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
  • Note 1 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. / In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 2 : Dix-neuf internés de la liste de 187 noms sont manquants le 22 mai. Cinq d’entre eux ont été fusillés (Pierre Dejardin, René François, Bernard Grimbaum, Isidore Pertier, Maurice Weldzland). Trois se sont évadés (Albert Belli, Emilien Cateau et Henri Dupont). Les autres ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps ou étaient hospitalisés.
Sources
  • Mairie d’Aubervilliers, communications de M. Dabin, archiviste (juin 1990). Recensements de 1936 et 1946, listes électorales de 1939.
  • Archives en ligne de la Somme, tables décennales.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993 par André Montagne.
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. Premier camp d'internement des communistes en zone occupée. dir. C. Laporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités.
  • Archives du CSS d'Aincourt, Archives départementales des Yvelines, cotes 1W. Dossier individuel.
  • Camp de Séjour Surveillé de Rouillé : archives départementales de la Vienne.
  • Liste du 22 mai 1942, liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne (Centre de Documentation Juive Contemporaine XLI-42).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Archives du CSS d'Aincourt aux Archives départementales des Yvelines, cotes W
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie mise à jour en mars 2014 et juin 2016 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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