L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


PIAZZALUNGA Louis, Pierre


Pierre (Louis) Piazzalunga est né à Paris 14ème le 26 février 1912. Il est le fils d’Edith Piazzalunga.
Au moment de son arrestation, il habite une maisonnette au 14 avenue des Mesarmes à Bondy (Seine / Seine-Saint-Denis) où une petite colonie italienne existe depuis les années 1920.
Il est terrassier.
Pierre Piazzalunga vit maritalement avec Germaine Langlois, qu’il épousera le 11 février 1939 à Bondy. Le couple a deux enfants, Louise-Berthe, qui nait le 25 juin 1931, et Louis-Pierre, le 17 avril 1937.
Pierre Piazzalunga s'engage dans les Brigades Internationales durant la guerre d'Espagne. Il est possible qu’il ait été intégré dans la 12ème Brigade au sein du bataillon Garibaldi, car il est rapatrié pour raisons de famille (son fils est né trois mois avant) le 18 juillet 1937 depuis la base d’Albacete, où il est mentionné comme italien.
Préparation de l'arrestation des brigadistes (RG)
Il est connu des services de police à son retour en France comme ancien brigadiste.
En effet Pierre Piazzalunga est arrêté le 24 décembre 1941 à Bondy. Ce jour-là, vers 6 heures du matin débute une vague d’arrestations organisées par la police française à l’encontre d’anciens volontaires des Brigades internationales connus des services de police. La veille, les commissariats concernés ont reçu des instructions précises des Renseignements généraux concernant leur arrestation (document ci-contre).
Pierre Piazzalunga est conduit avec ses camarades à la caserne des Tourelles (2) le même jour.
Le 26 décembre 1941, le Préfet de police de Paris François Bard, ordonne son internement administratif au CSS des Tourelles.
© montage Pierre Cardon
Pierre Piazzalunga va y subir avec ses camarades les conditions épouvantables imposées à des internés dont le nombre variera de 400 à 600 personnes. A cela s'ajoute une sous-alimentation chronique entraînant bon nombre de maladies : entérites gastro-intestinales, affections cardiaques, tuberculose.
Parmi les 20 brigadistes de la région parisienne déportés à Auschwitz dont nous connaissons pour le moment les dates d’arrestation, 7 autres de ses camarades sont arrêtés dans la même période. Il s’agit de Jean Cazorla d’Aubervilliers, Elie Delville de Paris 19ème, Fernand Godefroy d’Epinay , Maurice Fontès de Choisy, Raymond Legrand de Paris 3ème, André Steff de VanvesFernand Tilliet de Vanves.
Le 5 mai 1942, à la demande des autorités allemandes, Pierre Piazzalunga est extrait du Centre de séjour surveillé  des Tourelles avec un groupe « d’internés administratifs de la police judiciaire », classés comme « indésirables » (3). Ils sont convoyés par des gendarmes français à la gare du Nord. Mis à la disposition des autorités allemandes, ils sont internés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), le jour même en tant qu’otages. Les « indésirables » des Tourelles seront tous déportés le 6 juillet 1942.
A Compiègne, Pierre Piazzalunga reçoit le matricule n° 5189. Il passe par le bâtiment C1 où sont installées les douches et qui sert de centre de triage, avant de passer la nuit au C5. Il est ensuite affecté à un autre bâtiment.
Depuis ce camp, Pierre Piazzalunga va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Pierre Piazzalunga est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6-8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale". Le numéro "45981 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Après l’enregistrement, Pierre Piazzalunga passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.
Pierre Piazzalunga meurt à Auschwitz le 18 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 926 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique). Il convient de souligner que cent quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre 1942, ainsi qu’un nombre important d’autres détenus du camp enregistrés à ces mêmes dates. D’après les témoignages des rescapés, ils ont tous été gazés à la suite d’une vaste sélection interne des inaptes au travail, opérée dans les blocks d’infirmerie. Lire dans le blog : Des causes de décès fictives.
Dans les années d'après-guerre, l’état civil français a fixé des dates de décès fictives (le 1er, 15 ou 30, 31 d'un mois estimé) à partir des témoignages de rescapés, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés. Pour Pierre Pazzalunga cette date a été fixée au 15 janvier 1943 (témoignages d’Henri Gorgue, ancien brigadiste et Raymond St Lary).
Un arrêté ministériel du 31 juillet 1997 paru au Journal Officiel du 14 décembre 1997 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs et reprend la date fictive du 15 février 1943 à Auschwitz (arrêté commun à d’autres « 45000 »). Il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte, par un nouvel arrêté, les archives du camp d’Auschwitz emportées par les Soviétiques en 1945, et qui sont accessibles depuis 1995 et consultables sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau Voir l’article : Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Son épouse, qui habite alors au 20 rue des Mesarmes, engage en 1957 des démarches pour qu’il soit homologué « Déporté Résistant ». Comme pour beaucoup d’autres « 45000 » cette demande est refusée par la commission. Lire dans le blog « La carte de "Déporté-Résistant ».
Pierre Piazzalunga est homologué « Déporté politique ».
  • Note 1 : Son premier prénom est Louis pour l’Etat civil. Il figure ainsi sur le site Internet officiel © Legifrance. Mais pour les RG aux Tourelles et lors de son enregistrement à Auschwitz, il a donné Pierre comme prénom (livre des morts), c’est donc ce prénom que nous avons retenu.
  • Note 2 : La caserne des Tourelles, « Centre de séjour surveillé » : Ouvert d’abord aux Républicains espagnols, entassés par familles entières, aux combattants des Brigades internationales, interdits dans leurs propres pays. Les rejoignent de nombreux réfugiés d’Europe centrale fuyant la terreur nazie, des indésirables en tous genres, y compris, bien sûr, les « indésirables » français : communistes, gaullistes et autres patriotes (on ratissait large), juifs saisis dans les rafles, «droit commun» aux causes bien datées (marché noir). France Hamelin in Le Patriote Résistant N° 839 - février 2010. Ce Centre de séjour surveillé fonctionne dans l'ancienne caserne d'infanterie coloniale du boulevard Mortier à Paris. En 1942, deux bâtiments seulement étaient utilisés, un pour les hommes et un pour les femmes. Ils étaient entourés de fil de fer barbelé. Chaque bâtiment disposait de 3 WC à chasse d'eau, largement insuffisants. Des latrines à tinette mobile étaient en outre disposées dans l'étroit espace réservé à la promenade. La nuit, une tinette était placée dans chaque dortoir … © In site Internet Association Philatélique de Rouen et Agglomération.
  • Note 3 : « Indésirables » : des militants communistes (dont plusieurs anciens des Brigades Internationales) et des « droits communs ».
Sources
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche et  dossier individuel consultés en octobre 1992.
  • Mairie de Bondy (1990).
  • Archives de la Préfecture de police, cartons occupation allemande, Carnet BA 1837 et BA 2447.
  • Fonds des Brigades internationales du RGASPI. Mfm 880. BDIC.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet Legifrance.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie mise à jour en mars 2014 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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