L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


OSSOTT, François, Antoine


(François) Antoine Ossott naît le 21 décembre 1903 au 175 rue de l’Etang à Ebersheim, près de Sélestat (Bas-Rhin).
Au moment de son arrestation, il habite au 157, avenue Victor-Hugo à Aubervilliers (Seine / Seine-Saint-Denis).
Il est manœuvre.
Antoine Ossott est arrêté à la mi-juillet 1941 par les hommes du commissaire Betchen (1) pour possession et distribution de tracts avec cinq autres militants. Inculpé d’infraction aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939, il est conduit au Dépôt, à la disposition du procureur.
Antoine Ossott est écroué à la maison d’arrêt de la Santé le 15 juillet 1941. Le 16 juillet 1941, les six hommes sont jugés par la 14ème chambre du tribunal correctionnel de la Seine.
Le 21 juillet 1941, Antoine Ossott est transféré à la Maison d’arrêt de Fresnes. Puis il est écroué à la Maison centrale de Poissy.
Depuis le 21 mai 1941, le directeur de la Centrale de Poissy transmet au Préfet de Seine-et-Oise, « en exécution des notes préfectorales des 14 novembre 1940 et 18 février 1941 », des  dossiers de détenus communistes de la Seine devant être libérés à l’expiration de leur peine au cours des mois suivants. Celui d’Antoine Ossott est transmis au Préfet le 2 octobre. Son dossier est envoyé aux Renseignements généraux via le Préfet de police de Paris le 10 octobre.

Maintien en attente...
Comme pour la plupart des détenus communistes libérables, le Préfet prévoit leur internement administratif, en application du décret du 18 novembre 1939 et de la loi du 3 septembre 1940. Toutefois, il demande au directeur de Poissy qu’Antoine Ossott  soit « interné à sa sortie de Poissy dans cet établissement, en attente qu’une place soit disponible à Aincourt ». Le CSS d’Aincourt est en effet complètement saturé à cette époque. Cette disposition concernera plusieurs autres détenus (François Dallet, Georges Deschamps, Albert Faugeron, Raymond Langlois, Pierre Marin, Marcel Nouvian d’Aubervilliers, Eugène Thédé (…).
Le Centre d’Internement Administratif de Rouillé ayant ouvert en septembre 1941, le 8 novembre 1941, le Préfet de Police de Paris, François Bard, ordonne  « l’internement administratif » (2) d’Antoine Ossott, en application de la Loi du 3 septembre 1940. Il est alors écroué au Dépôt en attente de son transfert.

© Maquette du CSS Rouillé, Camille Brunier,
ancien Résistant, ancien menuisier,
professeur d’atelier au Lycée de Vonours.


Celui-ci a lieu le 3 janvier 1942 pour le camp de Rouillé (3).
Un avis du 31 décembre 1941 stipule les conditions de celui-ci transfert au camp de Rouillé avec 49 autres détenus : « Cinquante internés administratifs actuellement écroués au Dépôt seront transférés samedi 3 janvier 1942 au Centre de séjour surveillé de Rouillé (Vienne). Les internés se répartissent comme suit : 38 internés politiques (RG) et 12 « indésirables » (PJ). Ils quitteront Paris par la Gare d’Austerlitz à 7h55 (train 3). Le chef du convoi disposera d’une voiture directe avec 10 compartiments. En accord avec M. Le chef de la Gare d’Austerlitz les autocars arriveront par la rue Sauvage et pourront pénétrer jusqu’à la voie ou sera placé le wagon (voie 23).
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au commandant du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122).
Le nom d’Antoine Ossott (n° 139 de cette liste) y figure. Le 22 mai 1942 c’est au sein d’un groupe de 168 internés (4) qu’il est transféré arrive au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122). La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet. 
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Antoine Ossott est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.

Numéro non confirmé
On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschshwitz L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Le numéro «45940 ?» inscrit dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Seule la reconnaissance, par un membre de sa famille ou ami de la photo d’immatriculation publiée au début de cette biographie pourrait désormais en fournir la preuve.
Après l’enregistrement, Antoine Ossott passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.

Dessin de Franz Reisz, 1946
Antoine Ossott meurt à Auschwitz le 20 octobre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 891 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique).
Un arrêté ministériel du 25 octobre 2012 paru au Journal Officiel du 2 décembre 2012 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs et reprend la date portée sur le certificat de l’état civil d’Auschwitz.
Aucun document ni témoignage ne permet actuellement de préciser dans lequel des deux sous-camps du complexe concentrationnaire a été affecté Antoine Ossott.
Il meurt à Auschwitz le 20 octobre 1942, d’après l’acte de décès établi par l’administration SS du camp.
Après avoir obtenu un acte de disparition le 4 juin 1947, sa famille à Ebersheim a engagé des démarches, le 19 juin 1947 pour obtenir son homologation comme « Déporté politique » auprès du Ministère des Anciens combattants.
  • Note 1 : « Ces policiers appartenaient à ce que l’on appelait alors à Aubervilliers « la brigade politique ». Cette brigade placée sous le commandement du commissaire Georges Betchen groupait 12 membres. Cet effectif doit être rapporté à celui du commissariat qui s’élevait à 225 hommes, ce qui est très important, mais il faut le rappeler le commissariat couvrait les territoires d’Aubervilliers, de La Courneuve et du Bourget. Statistiques de la « brigade politique » du commissariat d’Aubervilliers pour la période octobre 1940-décembre 1941 : 18 personnes inculpées pour propagande gaulliste, 22 pour reconstitution du Parti communiste ; 81 pour propagande communiste ; 1334 arrestations de suspects ; 465 visites domiciliaires ; 44 arrestations en vue d’internement administratif ; constitution d’un fichier de 2139 personnes avec 124 photographies ; constitution d’un fichier d’israélites ». In © Blog du PCF d’Aubervilliers, 24 octobre 2010.
  • Note 2 : L’internement administratif a été institutionnalisé par le décret du 18 novembre 1939, qui donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, « des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique ». Il est aggravé par le gouvernement de Vichy fin 1940. La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement administratif de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 3 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 4 : Dix-neuf internés de la liste de 187 noms sont manquants le 22 mai. Cinq d’entre eux ont été fusillés (Pierre Dejardin, René François, Bernard Grimbaum, Isidore Pertier, Maurice Weldzland). Trois se sont évadés (Albert Belli, Emilien Cateau et Henri Dupont). Les autres ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps ou étaient hospitalisés.
Sources
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle microfilmée consultée en octobre 1992.
  • Archives de la Préfecture de police / BA 2374.
  • Archives départementales de Paris, rôle correctionnel.
  • Maison centrale de Poissy, Archives départementales des Yvelines.
  • Camp de Séjour Surveillé de Rouillé : archives départementales de la Vienne.
  • Liste du 22 mai 1942, liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne (Centre de Documentation Juive Contemporaine XLI-42).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Photo d'immatriculation à Auschwitz : Musée d'état Auschwitz-Birkenau / © collection André Montagne.
  • © Le CCS de Rouillé. In site Vienne Résistance Internement Déportation.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie mise à jour en mars 2014 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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