L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MOROY Marcel, Albert


Marcel Moroy est né le 17 décembre 1921 au Pré-Saint-Gervais (Seine / Seine-Saint-Denis). Il est le fils de Juliette, Charlotte Abry et de Théophile Moroy son époux qui habitent au 14 rue Fontaine à Bondy (Seine / Seine-Saint-Denis).
Passage Kuzner © Willy Ronis
Il est domicilié chez ses parents au moment de son arrestation, mais on trouve également sur sa fiche au BAVCC une adresse, 19 passage Kuzner à Paris 19ème (devenu rue Jules Romain en 1974, le passage donnait dans la rue de Belleville), qui est peut-être l’adresse d’une chambre non loin de son travail.
Marcel Moroy travaille comme peintre. Il est membre des jeunesses communistes. 
"Il était un animateur dynamique du cercle de Bondy de la jeunesse communiste “les joyeux garçons”
"Le dimanche 4 août 1940, Marcel Moroy distribue L’Avant-Garde n° 16 de juillet 1940 sur le marché Galliéni de Bondy en compagnie de quatre jeunes communistes de la localité. Le tract ronéoté portait en manchette « Gloire à la jeunesse Soviétique ». 
l'Avant Garde n° 16, juillet 1940

A la porte Pétain et sa clique, verso de l’Avant-garde n°16
Un marchand de fruits et légumes, alerta la police. Il fut arrêté par des policiers du commissariat de Noisy-le-Sec, ainsi que : Désiré Bertiaux, dix-huit ans, fraiseur, Henri Guenet, dix-huit ans, soudeur ; Robert Douvillez, trente-trois ans, menuisier, et Robert Massiquat, vingt ans, mouleur (Des Bondynois dans la Résistance et Le Maitron). Il est sans doute arrêté le même jour ou le 14 août. Mais on trouve sur sa fiche au BAVCC une autre date d'arrestation : le 22 octobre 1940 pour « activité communiste ». 
Marcel Moroy, inculpé d’infractions aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939 est écroué à la Maison d’arrêt de la Santé, mis à la disposition du Procureur.
Photo des cellules : © City-Paris
Le 8 février 1941 Marcel Moroy est jugé par la 15ème chambre correctionnelle de Paris avec une cinquantaine de militants communistes (dont 17 seront déportés à Auschwitz). Marcel Moroy est condamné à 8 mois de prison, qu’il effectue à la Santé. Il fait appel de la condamnation le 28 février. Il est vraisemblable que la sentence ait été aggravée  9 avril 1941 à 12 mois, puisque l’on sait que le 9 novembre 1941 il est transféré au dépôt de la Préfecture.
A cette date il est sans doute libéré. En effet sur sa fiche figure une nouvelle date d’arrestation, le 28 avril 1942 (1). Il est alors remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) où il reçoit le n° matricule « 4244 » (qui correspond bien à une arrivée à cette date).
Depuis ce camp de Compiègne, Marcel Moroy va être déporté le 6 juillet 1942 à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Marcel Moroy est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale". Le numéro "45902?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz.
Lors de l’enregistrement il dit habiter Bondy et se déclare « Evangelisch » (Protestant).
Après l’enregistrement, Marcel Moroy passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date. Toutefois sa fiche au BAVCC indique Birkenau.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Marcel Moroy meurt à Auschwitz le 5 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 829 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates, lieux de naissance et de décès.
Un arrêté ministériel du 31 juillet 1997 paru au Journal Officiel du 14 décembre 1997 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès. Mais il comporte une date erronée : « décédé en décembre 1942 à Auschwitz (Pologne) » (mention qui fait référence au jugement déclaratif de décès le 11 octobre 1945). Il serait souhaitable que le Ministère prenne en compte, par un nouvel arrêté, la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 et consultables sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau. Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Marcel Moroy a été déclaré « Mort pour la France » le 11 juin 1947 et homologué comme « Déporté politique » le 16 avril 1955. La carte est délivrée à sa mère Juliette Moroy. Celle-ci a en vain demandé son inscription comme « Déporté Résistant » (refus notifié le 16 août 1955 par la mention « DR inadmis »). Lire dans le blog « La carte de "Déporté-Résistant ».
Son nom est inscrit sur le monument aux morts de la commune, place Charles De Gaulle.
  • Note 1 : Ce jour-là une rafle est effectuée par l’occupant dans tout le département de la Seine. Lire dans le blog La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et arrêtent 387 militants, dont la plupart avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour « activité communiste » depuis l’armistice et libérés à l’expiration de leur peine. Les autres sont connus ou suspectés par les services de police. Il s’agit de représailles ordonnées à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire est blessé à Malakoff).
Sources
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle microfilmée consultée en octobre 1993.
  • Archives départementales de Paris : jugements du tribunal correctionnel de la Seine.
  • Carton Brigades Spéciales des Renseignements généraux (BS1), aux Archives de la Préfecture de police de Paris. Procès-verbaux des interrogatoires.
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Edition informatique 2014, notice de Daniel Grason sur Désiré Bertiaux.
  • © Des Bondynois dans la Résistance. In Pdf Vincent Duguet (2008).
  • © L'avant Garde n°16, in BNF Gallica.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet Legifrance.
  • © Site Internet MemorialGenWeb
  • Passage Kuzner © Belleville-Ménilmontant, Willy Ronis et Didier Daeninckx, Hoëbeke éd.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie mise à jour en mars 2014 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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