L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


LAVALL Marcel


Matricule « 45735 » à Auschwitz

Marcel Lavall est né le 24 décembre 1920 chez ses parents, au 42 rue du Vivier (l’actuelle rue Henri-Barbusse) à Aubervilliers (Seine / Seine-Saint-Denis), où il habite au moment de son arrestation.
Le 42 rue du Vivier (Henri Barbusse)
Il est le fils de Louise, 37 ans et Nicolas Lavall, 38 ans, boucher (boyaudier), son époux.
Marcel Lavall est boucher en 1939, peut-être à la boyauderie industrielle Fabre rue de la Haie-Coq.
Célibataire, il est communiste ou proche des milieux communistes.
Marcel Lavall est arrêté le 6 juillet 1941 « en vertu du décret du 18 novembre 1939 (1) et interné au Centre des Tourelles le même jour ». 

Etat des détenu communistes aux Tourelles, Marcel Lavall et Léon Lavoir
A la caserne des Tourelles (2), son nom figure sur « l’état n° 2 des détenus communistes caserne des Tourelles » (document joint : nous y avons fait également figurer le nom de Léon Lavoir du 17ème qui portera le n° matricule suivant le sien à Compiègne et le matricule « 45737 » à Auschwitz). Ces éléments sous-entendent évidemment qu’il a été interné pour « activités communistes ».
Le 5 mai 1942,  Marcel Lavall fait partie des 37 internés administratifs au titre de la Police judiciaire (classés comme « indésirables » (1) qui sont extraits du Centre de séjour surveillé  des Tourelles pour être conduits à la gare du Nord. Ils sont mis à la disposition des autorités allemandes et internés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), le jour même en tant qu’otages. Les « indésirables » des Tourelles seront tous déportés le 6 juillet 1942.
A Compiègne Marcel Lavall reçoit le matricule « 5204 ».
Depuis ce camp, Marcel Lavall va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
carte formulaire FT 122
Le 19 juillet 1942, sa famille reçoit une carte-formulaire imprimée en allemand envoyée par le Frontstalag 122 aux familles des déportés du convoi : "Le détenu ci-dessus dénommé a été, sur ordre de nos autorités supérieures, transféré dans un autre camp pour y être mis au travail. Le lieu de destination ne nous est pas connu. Vous devrez donc attendre d'autres nouvelles du détenu". 
 Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Marcel Lavall est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Marcel Lavall est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45735» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Marcel Lavall reste à Birkenau.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Le 3 novembre 1942, Marcel Laval entre au Revier (« infirmerie ») de Birkenau en même temps que Pierre Roux.
On ignore la date exacte de sa mort à Birkenau, mais elle survient avant la mi-mars 1943 (date à laquelle 17 survivants du convoi du 6 juillet 1942 sont ramenés de Birkenau à Auschwitz I. 8 autres déportés - dont les noms nous sont connus - restent à Birkenau).
Un arrêté ministériel du 6 janvier 2012 paru au Journal Officiel du 4 mars 2012 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès. Mais il comporte une date manifestement erronée : « décédé le 24 août 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz
Ancienne plaque
Une plaque a été apposée sur l’immeuble ou est né Marcel Lavall : Ici sont nés Raymond Collot, fusillé par les Allemands le 25-4-1944, Marcel Lavall mort en déportation
© Street View
Une autre plaque apposée en dessous de la précédente signale qu’André Karman, ouvrier fraiseur, résistant, déporté à Dachau, maire d'Aubervilliers de 1957 à 1984, conseiller général de 1959 à 1984 est également né en 1924 dans cet immeuble.
  • Note 1 : Le décret du 18 novembre 1939 donne aux préfets le pouvoir de décider l’éloignement et, en cas de nécessité, l’assignation à résidence dans un centre de séjour surveillé, des individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique.
  • Note 2 : La caserne des Tourelles, « Centre de séjour surveillé » : Ouvert d’abord aux Républicains espagnols, entassés par familles entières, aux combattants des Brigades internationales, interdits dans leurs propres pays. Les rejoignent de nombreux réfugiés d’Europe centrale fuyant la terreur nazie, des indésirables en tous genres, y compris, bien sûr, les « indésirables » français : communistes, gaullistes et autres patriotes (on ratissait large), juifs saisis dans les rafles, «droit commun» aux causes bien datées (marché noir). France Hamelin in Le Patriote Résistant N° 839 - février 2010. Ce Centre de séjour surveillé fonctionne dans l'ancienne caserne d'infanterie coloniale du boulevard Mortier à Paris. En 1942, deux bâtiments seulement étaient utilisés, un pour les hommes et un pour les femmes. Ils étaient entourés de fil de fer barbelé. Chaque bâtiment disposait de 3 WC à chasse d'eau, largement insuffisants. Des latrines à tinette mobile étaient en outre disposées dans l'étroit espace réservé à la promenade. La nuit, une tinette était placée dans chaque dortoir. C'est peu dire les conditions épouvantables imposées à des internés dont le nombre variera de 400 à 600 personnes. A cela s'ajoutait une sous-alimentation chronique entraînant bon nombre de maladies : entérites gastro-intestinales, affections cardiaques, tuberculose… © In site Internet Association Philatélique de Rouen et Agglomération.
  • Note 3 : « Indésirables » : des militants communistes (dont plusieurs anciens des Brigades Internationales) et des « Droits communs ». La plupart des "Droits communs" déportés dans le convoi du 6 juillet sont apparentés ou proches des milieux communistes.
Sources
  • Archives de la Préfecture de police, cartons occupation allemande, Carnet BA 1837 et BA 2447.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1992 (CCH et Fernand Devaux).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Livre des déportés ayant reçu des médicaments à l'infirmerie de Birkenau, kommando d'Auschwitz, Registre des décédés (n° d'ordre, date, matricule, chambre, nom, nature du médicament) du 1.11.1942 au 15.07.1943.
  • Association Mémoire et création numérique © Droits Réservés.
  • © Caserne des Tourelles. Histoire pénitentiaire et Justice militaire, blog de Jacky Tronel.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie mise à jour en mars 2014 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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