L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


SCHIRINSKY-SCHIKHMATOFF Yuri (Georges)


Sur le front de Crimée
Matricule « 46116 » à Auschwitz

Yuri (Georges) Alexeïevitch Schirinsky-Schikhmatoff est né le 30 août 1890 à Pétrograd (Saint-Pétersbourg, Russie) ; descendant du premier fils de Gengis Khan, il appartient aux "grandes familles" de la noblesse russe.
Il est le fils de Léocadia, Petrovna Menzentzova et du prince Alexis, Alexandrovitch Schirinsky-Schikhmatoff, ministre du Tsar. Il a deux frères, les princes Kyril (Cyrille) Alexeïevitch et Alexandre Alexeïevitch. 
A la révolution bolchevique, sa famille a quitté la Russie pour Prague et l’Allemagne puis pour la France.
1911, Chevalier Garde

En 1911, Georges Schirinsky-Schikhmatoff est officier dans les « Chevaliers-gardes », une unité de cavalerie de la  Garde Impériale Russe, formée uniquement de nobles, et qui recrute les plus grands noms de l’aristocratie de Russie.
Olga Vlovna
Georges Schirinsky-Schikhmatoff a épousé Olga Vlovna De Witt, qui sera infirmière pendant la première guerre mondiale / photo (1).
Cyrille et Georges Schirinsky-Schikhmatoff (1914)
Il est mobilisé comme officier de cavalerie le 30 juillet 1914. Affecté à la 7ème armée, il est - comme son frère Cyrille - de 1914 à 1916 sur le Front de Crimée, avec la 8ème division de cavalerie de Crimée, cantonnée à Kishinev.
en 1920
Après la révolution bolchevique, il vient s’installer en France (avec un statut de réfugié) avec ses parents qui ont acquis une propriété à Sèvres, après avoir dans un premier temps séjourné à Prague et Karlsbad (Bade-Wurtemberg) en 1920. 
Grâce aux photos publiées sur le blog (1) de la famille Schirinsky-Schikhmatoff, on sait que les trois frères et leurs parents sont en France en 1923.
1924,  il "fait le Taxi".
En 1924, Georges Schirinsky-Schikhmatoff gagne sa vie comme chauffeur de taxi (photo ci-contre), comme nombre d'aristocrates russes exilés. Puis semble-t-il il travaille comme représentant de commerce (profession qu’il déclarera à Auschwitz). Son père décède en 1930.
En 1919
Veuf de son premier mariage, Georges Schirinsky-Schikhmatoff épouse en 1931, à Meudon, Eugénie Silberberg, née le 26 février 1885 à Elisabethgrad (Russie), veuve elle aussi. Elle est infirmière. Le couple habite alors Meudon, au 57 rue des Galons.
Le couple Schirinsky-Schikhmatoff est domicilié au 17 rue Marbeau à Paris (16ème) au moment de l’arrestation de Georges. 
On trouve néanmoins plusieurs autres adresses sur sa fiche au DAVCC (7 avenue Léon Heuzey (Paris 16ème), 137 avenue Mozart (Paris 16ème), qui sont peut-être celles de ses frères.
Georges Schirinsky-Schikhmatoff est arrêté le 17 mars 1942 par la Gestapo. Il est interrogé au 11 rue des Saussaies au siège de la Police de Sûreté Allemande (qui comprenait dans ses services, la section IV connue sous le nom de Gestapo). Il est incarcéré le 18 mars à la Santé. C'est un « idéaliste » selon sa famille, et d'après les Allemands il est arrêté pour ses idées pro-communistes.
Remis aux autorités allemandes à leur demande, celles-ci l’internent le 4 mai 1942 au camp de Royallieu à Compiègne, en vue de sa déportation comme otage. Il reçoit à Compiègne le numéro matricule « 5140 ».
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Georges Schirinsky-Schikhmatoff est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Georges Schirinsky-Schikhmatoff est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «46116» selon la « Liste officielle n° 3 » des décédés des camps de concentration d’après les archives de Pologne (ACVG), confirmée par la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Dessin non daté
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, Georges Schirinsky-Schikhmatoff passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Il a déclaré être agent d’assurance, donc sans qualification intéressant la Gestapo du camp : il reste donc à Birkenau (ce qui est confirmé par le témoignage de Daniel Nagliouk (rescapé d’origine ukrainienne).
Georges Schirinsky-Schikhmatoff meurt à Birkenau le 17 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1079) et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Grec orthodoxe » comme religion.
Il convient de souligner que vingt-six autres «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz ce même jour (c’est le début d’une grande épidémie de typhus au camp principal, qui entraîne la désinfection des blocks, s’accompagnant d’importantes sélections et du transfert du camp des femmes). Lire 80 % des 45000 meurent dans les 6 premiers mois, pages 126 à 129 in Triangles rouges à Auschwitz.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Le certificat d’Auschwitz porte comme cause du décès « Sepsis at Angina » (Sepsis généralisé, symptôme d’angine). Il semble selon le témoignage de Daniel Nagliouk, qu’il ait en fait été battu à mort. L’historienne polonaise Héléna Kubica explique comment les médecins du camp signaient en blanc des piles de certificats de décès avec «l’historique médicale et les causes fictives du décès de déportés tués par injection létale de phénol ou dans les chambres à gaz». Lire dans le blog : Des causes de décès fictives.
Sa famille n’a été avertie, ni de son emprisonnement à la Santé, ni de sa déportation à Auschwitz. Le 24 juin 1944, son frère Cyrille engage des démarches afin de savoir ce qu’il est devenu. Le 26 septembre 1946, le nom et le matricule de Georges Schirinsky-Schikmatoff figurent sur la « Liste officielle n° 3 » des décédés des camps de concentration d’après les archives de Pologne, éditée par le ministère des anciens combattants et victimes de guerre.
Dès le 7 août 1947, le bureau d’état civil du Ministère des anciens combattants établit un acte de décès avec la date exacte.
Un arrêté ministériel du 23 mai 1998 paru au Journal Officiel du 24 janvier 1998 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès, en reprenant la date de décès de l’état civil d’Auschwitz.
  • Note 1 : @ toutes les photos, excepté le dessin de Franz Reisz sont extraites du blog Schirinsky-Schikhmatoff / Teresthenko / Von Keyserling families sur overblog.
Sources  
  • Dossier personnel au Bureau des archives des conflits contemporains (BACC), Ministère de la Défense, Caen (février 1992).
  • Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres - incomplets - de l’état civil de la ville d’Auschwitz ayant enregistré du 27 juillet 1941 au 31 décembre 1943 le décès des détenus immatriculés).
  • Renseignements fournis par des membres de sa famille (son frère Cyrille et sa nièce Xénia Alexandrovna, en 2009).
  • Liste incomplète des internés de Compiègne (BACC), Ministère de la Défense, Caen. Listes - incomplètes - du convoi établies par la FNDIRP après la guerre (archives de la F.N.D.I.R.P).
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie rédigée en 2002 pour l’exposition de l’association « Mémoire Vive » consacrée aux « 45000 » de Paris, complétée en mars 2009, et mise à jour en février 2014, par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé) et de Triangles rouges à  Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des « 45000 », éditions Autrement, Paris 2005.
Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. 
Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com

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