L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


GOURICHON Ernest, Emile



Ernest Gourichon le 8 juillet 1942 à Auschwitz
Matricule « 45623 » à Auschwitz

Ernest Gourichon est né le 9 novembre 1904 à Charbonnier-lès-Mines (Puy de Dôme). Il est le fils de Marie Eugénie Duprichaud, 30 ans, sans profession et d’Alphonse Gourichon, 32 ans ouvrier mineur, son époux.

14 av. Fauveau
Il habite un petit pavillon au 14 avenue Fauveau à Epinay-sur-Seine (Seine / Seine-Saint-Denis) au moment de son arrestation.
Ernest Gourichon est ouvrier (manœuvre ou applicateur), puis comptable.
Il effectue un service militaire de 18 mois à partir de 1924.
Membre du Parti communiste, il est secrétaire administratif de la section d’Epinay, et  responsable du service d’ordre (Le Maitron). Il est marié.
Ernest Gourichon est élu conseiller municipal communiste d’Épinay-sur-Seine le 12 mai 1935, en 7ème position sur 27, sur la liste de Joanny Berlioz (1). « Pour la première fois, un conseil municipal de gauche, communiste prenait place à la Mairie » (André Clipet).
Lors du recensement de 1936, Ernest Gourichon est noté comme chômeur, tout comme sa femme, qui est  journalière.

Bataille de l'Ebre juillet 1938
Ernest Gourichon s’engage comme volontaire dans les Brigades Internationales. Il est incorporé le 8 mars 1938 dans la 14ème Brigade (la "Marsellesa") soit dans le 3ème bataillon Henri Barbusse (composé de français) ou le 4ème bataillon Pierre Brachet (franco-belge). La 14ème Brigade est engagée à Caspe, Calaceite, Caseres. Le 18 mars, la 14ème brigade couvre les Brigades Internationales qui traversèrent l'Ebre près de Tortosa. Dans la nuit du 24 au 25 juillet 1938, la 14ème brigade commence la traversée de l'Ebre. A la fin de Juillet 1938, la "Marsellesa" difficilement reconstituée, retraverse l'Ebre à Mora pour se diriger dans la Sierra de Pandols afin de soutenir la 45ème Division. Elle y reste  jusqu'au 23 septembre, où elle conclut son intervention avec une contre-attaque au Coll del Cosso. Ce jour là, tous les brigadistes sont retirés du front et rentrent progressivement dans leurs pays (excepté les allemands, italiens et hongrois). Ernest Gourichon est de retour en France. Il est alors vraisemblablement mobilisé.
« Très sympathique, calme et résolu, la bonté se lisait dans ses beaux yeux bleus. Je l’ai rencontré pour la dernière fois quelques jours après le 21 juin 1941 (attaque hitlérienne contre l’URSS), sur l’avenue de la République, face à l’actuelle rue Dunant. Il m’a dit sa confiance dans l’issue de la guerre, qui verrait la fin de l’Allemagne nazie - mais ce sera long et il faudra beaucoup de sacrifices » pour y parvenir me dit-il » (André Clipet).
Le conseil de Préfecture le déchoit de son mandat le 29 février 1940 pour appartenance au Parti communiste.
Le préfet de police de Paris a signé son internement administratif le 23 juin 1941 comme « meneur communiste particulièrement actif ». Ernest Gourichon est arrêté le 26 juin 1941 « par l’inspecteur C… et le policier B… tous deux habitant Epinay » (André Clipet). 
Cette arrestation s’inscrit dans le cadre d’une grande rafle concernant les milieux syndicaux et communistes. En effet, à partir du 22 juin 1941, jour de l’attaque hitlérienne contre l’Union soviétique, les Allemands arrêtent plus de mille communistes avec l’aide de la police française (nom de code de l’opération : «Aktion Theoderich»). D’abord amenés à l’Hôtel Matignon (un lieu d’incarcération contrôlé par le régime de Vichy) ils sont envoyés au Fort de Romainville, où ils sont remis aux autorités allemandes. Ils passent la nuit dans des casemates du fort transformées en cachots.
Et à partir du 27 juin 1941 ils sont transférés vers Compiègne, via la gare du Bourget dans des wagons gardés par des hommes en armes. Ils sont internés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Oise) le « Frontstalag 122 », administré par la Wehrmacht. Ce camp est destiné à l’internement des «ennemis actifs du Reich». Il est alors le seul camp en France sous contrôle direct de l’armée allemande. 
Il y est immatriculé sous le numéro « 236 ». A Compiègne il participe aux actions collectives organisées par la Résistance du camp pour maintenir le moral des internés et venir en aide aux plus démunis

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Ernest Gourichon est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.

L'immatriculation
Ernest Gourichon est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45835» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée (2) parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.

Dessin de Franz Reisz, 1946
Ernest Gourichon meurt à Auschwitz le 14 juillet 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2).
Selon André Clipet, son décès n’avait pas été confirmé à la Libération, et son nom n’avait pu être gravé sur le monument aux morts. A partir de 1982, la mairie d’Epinay a sollicité sans résultats divers ministères pour obtenir des informations sur Ernest Gourichon. Kléber His, qui fut responsable de la section des déportés d’Epinay avait néanmoins pu recueillir la certitude qu’il avait bien été déporté le 6 juillet 1942 et que son décès à Auschwitz était donné comme certain par deux de ses camarades rescapés (Eugène Garnier et Roger Gaudray). Le 25 mars 1985, la mention manuscrite « décédé à Auschwitz le 14 juillet 1942 » est finalement inscrite sur son acte de naissance.
5 autres spinassiens ont été déportés à Auschwitz dans le même convoi : René Dufour, Fernand Godefroy, Henri Pernot, Maurice Sigogne, Stanislas Villiers.
Joanny Berlioz 1936
  • Note 1 : Joanny Berlioz est né le 7 juillet 1892 à Saint-Priest (Isère), mort le 18 mars 1965 à Paris ; professeur de langues vivantes (anglais, allemand) dans les Écoles primaires supérieures et les Écoles normales ; journaliste ; militant communiste des Vosges, de la Loire, de Côte-d’Or et de la Seine ; membre du comité central de 1925 à 1959 ; maire d’Épinay-sur-Seine (1935-1940, 1945-1947), conseiller général de la deuxième circonscription de Saint-Ouen (1935-1940), député de la sixième circonscription de Saint-Denis (1936-1942), et de l’Isère (1945-1946), sénateur de la Seine (1948-1958). On lira sa longue biographie dans le Maitron.
  • Note 2 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • André Clipet, militant communiste d’Epinay a connu les 6 déportés spinassiens et a rédigé des notes manuscrites pour chacun d’eux, transmises le 21 janvier 1988 à André Montagne par Mme Ghislaine Villiers, fille Stanislas Villiers, un des 6 déportés d’Epinay.
  • Liste des déportés d’Epinay (29 février 1945).
  • Etat civil de Charbonnier-lès-Mines. Archives en ligne du Puy-de-Dôme.
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Edition informatique 2013, notice Daniel Grason, Claude Pennetier. Edition papier, Tome 37, page 242.
  • Liste de noms de camarades du camp de Compiègne, collectés avant le départ du convoi et transmis à sa famille par Georges Prévoteau de Paris XVIIIème, mort à Auschwitz le 19 septembre 1942 (matricules 283 à 3800) (BAVCC).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie mise à jour en février 2014 à partir de la notice succincte que j’avais préparée à l'occasion du 60ème anniversaire du départ du convoi et publiée dans la brochure éditée par le Musée d’histoire vivante de Montreuil. Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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