L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


DUPLAT Henri, Lucien


Le 8 juillet 1942
Matricule « 45508 » à Auschwitz

Henri Duplat est né le 11 décembre 1912 à Paris 5ème. Il est le fils d’Anne-Marie Bativier et  d’Henri Duplat son époux.
Il habite au 187 boulevard Murat à Paris (16ème).
Henri Duplat épouse le 18 juin 1933, Aline, Louise, Carnet à la mairie du 16ème. Le couple aura deux enfants. Il est métallurgiste.
Henri Duplat effectue son service militaire en 1932 dans un régiment du Train.
Il est mobilisé le 2 septembre 1939, dans le cadre de l’ordre de mobilisation générale des classes d’âge 1909-1938, à la 149ème compagnie du Train qui appuie la 3ème division légère de cavalerie du Général Petiet. Il est cité à l’ordre de la compagnie et sera titulaire de la croix de guerre.
Henri Duplat est arrêté le 6 décembre 1940 pour activité communiste : « arrestation de militants communistes en vue de leur internement au camp d’Aincourt » peut-on lire sur les documents de la Préfecture. Il est arrêté sous la responsabilité de  l’inspecteur « D. » du commissariat d’Auteuil. Il s’agit d’une rafle qui concerne 58 militants communistes de la région parisienne (dont 9 de différents quartiers parisiens).
D’abord conduit avec ses camarades à la caserne des Tourelles (boulevard Mortier à Paris 20ème) Henri Duplat est interné administrativement avec 57 autres militants au camp de « Séjour surveillé » d’Aincourt, ouvert le 5 octobre 1940 par le gouvernement de Vichy pour y enfermer les communistes du département de la Seine. Lire dans le blog : Le camp d’Aincourt 

RG, exposé des motifs de son arrestation
Sur la liste « des militants communistes internés le 6 décembre 1940» reçue des Renseignement généraux par le directeur du camp, figurent des mentions caractérisant les motifs de leur internement (C 331/7). Pour Henri Duplat on lit : «Meneur communiste actif et dangereux ».
Henri Duplat écrit le 3 janvier 1941 au préfet de la Seine pour « solliciter l’inscription au chômage ou l’attribution de secours » à sa femme et à ses enfants. Comme plusieurs autres internés il poursuit : « Je n’ai - au moment de mon internement - été ni interrogé, ni entendu sur les motifs de cet acte auquel j’étais loin de m’attendre après un an de mobilisation (…). J’espère en une mesure de clémence justifiée qui mettra ailleurs que derrière les barbelés ceux qui ont fait leur devoir ».
Henri Duplat est transféré depuis le camp d’Aincourt, saturé, au Dépôt de la Préfecture de Police, en attente d’un  transfert vers Voves.
Le 16 avril 1942, Henri Duplat fait partie des 60 détenus en provenance du dépôt de la Préfecture qui sont transférés à Voves (1). Au "Grand camp" de Voves, il reçoit le n° 79 (dossier n° 285.196).

Le camp de Voves @ MRN Champigny
Dans deux courriers en date des 6 et 9 mai 1942, le chef de la Verwaltungsgruppe de la Feldkommandantur d’Orléans envoie au Préfet de Chartres deux listes d’internés communistes du camp de Voves à transférer au camp d’internement de Compiègne à la demande du Militärbefehlshabers Frankreich, le MBF, commandement militaire en France.
Henri Duplat figure (28ème) sur la première liste de 81 noms qui vont être transférés le 10 mai 1942 à Compiègne.
Le directeur du camp a fait supprimer toutes les permissions de visite « afin d’éviter que les familles assistent au prélèvement des 81 communistes pris en charge par l’armée d’occupation ». La prise en charge par les gendarmes allemands s’est effectuée le 10 mai 1942 à 10 h 30 à la gare de Voves. Il poursuit « Cette ponction a produit chez les internés présents un gros effet moral, ces derniers ne cachent pas que tôt ou tard ce sera leur tour. Toutefois il est à remarquer qu’ils conservent une énergie et une conviction extraordinaire en ce sens que demain la victoire sera pour eux ». Il indique également « ceux qui restèrent se mirent à chanter la «Marseillaise» et la reprirent à trois reprises ».
Sur les deux listes d’un total de cent neuf internés, arrivés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) les 10 et 22 juin 1942, 87 d’entre eux seront déportés à Auschwitz.
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Henri Duplat est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.

Immatriculation à Auschwitz
Henri Duplat est enregistré à son arrivée à Auschwitzle 8 juillet 1942 sous le numéro «45508» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz :
Sa photo d’immatriculation (2) à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Henri Duplat entre au Revier (infirmerie) de Birkenau le 5 novembre 1942.
On ignore la date exacte de sa mort à Auschwitz, qui est néanmoins postérieure au 11 novembre 1942.
Certificat d'appartenance à la Résistance
Un arrêté ministériel du 29 mars 1989, paru au Journal Officiel du 28 mai 1989, porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès. Cet acte porte la date fictive « décédé le 15 décembre 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Dans les années d'après-guerre, l’état civil français a fixé des dates de décès fictives (à partir des témoignages de rescapés, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés). Voir l’article : Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Henri Duplat est homologué comme « Déporté politique » et déclaré « Mort pour la France ».
Le 22 juin 1949, il a été reçu a titre posthume comme membre de la Résistance Intérieure Française, homologué "soldat de deuxième classe" au titre du "Front National".
  • Note 1 : Le Centre de Séjour Surveillé n° 15 de Voves a été ouvert en tant que camp d’internement administratif le 5 janvier 1942.
  • Note 2 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Certificat Rif transmis par M. Dominique Doreau, petit-fils d’Henri Duplat (@ 3 août 2005).
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. Premier camp d'internement des communistes en zone occupée. dir. C. Laporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités.
  • Archives de la police / BA 2374
  • Archives du CSS d'Aincourt aux Archives départementales des Yvelines (W).
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Stéphane Fourmas, Le centre de séjour surveillé de Voves (Eure-et-Loir) janvier 1942 - mai  1944, mémoire de maîtrise, Paris-I (Panthéon-Sorbonne), 1998-1999.
  • (Centre de Documentation Juive Contemporaine. Mémorial de la Shoah. XLII-66).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • «Livre des déportés ayant reçu des médicaments à l’infirmerie de Birkenau, kommando d’Auschwitz» (n° d’ordre, date, matricule, chambre, nom, nature du médicament) du 1.11.1942 au 150.7.1943.
  • © Site Internet Legifrance.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Photo d'immatriculation d’Henri Duplat à Auschwitz : Musée d'état Auschwitz-Birkenau / © collection André Montagne.
  • © Le CCS de Voves. Musée de la Résistance Nationale (Champigny).
Biographie mise à jour en février 2014 à partir de la notice rédigée en 2002 par Claudine Cardon-Hamet pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive». Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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