L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


SALAMITE Justin, Louis


8 juillet 1942. Photo retouchée
Matricule « 46089 » à Auschwitz

Justin Salamite (dit « Jacob » selon Jean Pollo), est né le 10 avril 1908 à Cassis (Bouches-du-Rhône).
Il est domicilié au 37 rue de Belfort à Clichy (Seine / Hauts-de-Seine), puis au moment de son arrestation, il habite au 12 rue Sainte-Isaure (Paris 18ème), un immeuble aujourd’hui reconstruit. Il est cuisinier.
Le 19 octobre 1938, Justin Salamite est interpellé pour infraction à la loi de 1845 sur les « substances vénéneuses » et il fait l’objet d’un rapport de police le 19 décembre. Le 30 juin 1939, le Procureur de la République prononce son inculpation. Le 26 septembre, un juge d’instruction du Tribunal de première instance de la Seine ordonne sa conduite à la Maison d’arrêt de la Santé. On ignore s’il est libéré au moment de l’évacuation des prisons parisiennes à l’arrivée des Allemands à Paris ou s’il s’évade pendant ces évacuations.
Le 5 février 1941, Justin Salamite est arrêté place de Clichy par la police française et conduit au Dépôt de la maison d’arrêt de la Santé. Le fichier de la Santé indique qu’il a été arrêté le 5 février 1941 « pour activité communiste », inculpé d’infraction au décret du 26 septembre 1939 et déféré devant le Procureur. Il est jugé le 27 février par la 10ème chambre du Tribunal correctionnel de la Seine et condamné à 15 mois de prison, 1000 F d'amende et 5 ans d’interdiction de séjour. Justin Salamite fait appel du jugement : mais le 24 juin 1941 la cour d'Appel de Paris confirme la peine de 15 mois de prison, 1000 F d'amende et 5 ans d’interdiction de séjour.
Le 12 janvier 1942, date de l'expiration normale de sa peine d’emprisonnement, il n’est pas libéré. « Ayant été signalé comme « indésirable » (1) (enquête de 1956), le Préfet de Police de Paris, François Bard, ordonne le 14 janvier son internement administratif en application de la Loi du 3 septembre 1940 (2). Il est alors transféré à la Maison d’arrêt de Fresnes.
Le 5 mai 1942 Justin Salamite est transféré à la demande des autorités d’Occupation au camp allemand de Compiègne (in rapport d'enquête de 1948). C’est avec un groupe d’une cinquantaine de détenus qu’il est d’abord emmené à la gare du Nord (14 internés administratifs de la Police judiciaire classés comme « indésirables » (1), extraits de Centre de séjour surveillé  des Tourelles et 37 autres internés en majorité communistes). Puis par le train de 5 h 50, ils sont dirigés sur Compiègne et le Frontstalag 122 où ils sont internés en tant qu’otages. On trouve une autre date de transfert à Compiègne sur sa fiche individuelle au BAVCC : le 12 mai 1945. Cette date a été la cause d’une erreur de l’administration concernant sa date de décès à Auschwitz (4).

 Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Depuis le camp de Compiègne, Justin Salamite va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Justin Salamite est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.

8 juillet 1942, immatriculation à Auschwitz
Justin Salamite est très probablement enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «46089». En effet, selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau, le déporté qui porte ce numéro, et dont le nom manque, est mort à la même date que Justin Salamite. Compte tenu de l’ordre alphabétique celui-ci devait logiquement recevoir ce numéro.
La photo d’immatriculation du « 46089 » à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation. Le visage correspond à l’âge de Justin Salamite.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Justin Salamite est ramené à Auschwitz I.
Selon Jean Pollo, il se fait admettre à l’infirmerie d’Auschwitz I, « comme malade, alors qu’il ne l’était pas ». Et là il est victime d’une « sélection ».
Justin Salamite meurt à Auschwitz I, le 26 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 1059 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates et lieux de naissance et de décès, et avec l’indication « Katolisch » (catholique).

Dessin de Franz Reisz 1946
Un arrêté ministériel du 1er avril 1998 paru au Journal Officiel du 14 juillet 1998 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de Justin Salamite (4). Cet arrêté qui « corrige » le précédent, porte toujours une mention erronée : décédé le 17 mai 1942 et non le 12 mai 1942 à Compiègne (Oise). A cette date Justin Salamite vient d’être interné à Compiègne, et pour être décédé en mai à Auschwitz, il aurait dû être déporté avec le 1er convoi de la Solution finale du 27 mars 1942 (car le second part en juin).
Il serait souhaitable que le ministère prenne en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau). Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
A la suite de deux enquêtes de la commission d’attribution (ONAC 1948 et 1956), Justin Salamite n'a pas été reconnu comme « Déporté politique » en 1957.
  • Note 1 : « Indésirables » : des militants communistes (dont plusieurs anciens des Brigades Internationales) et des « droits communs ».
  • Note 2 : La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 3 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
  • Note 4 : L’arrêté ministériel  qui « corrige » le précédent, porte toujours une mention erronée : décédé le 17 mai 1942 et non le 12 mai 1942 à Compiègne (Oise). A cette date Justin Salamite vient d’être interné à Compiègne, et pour être décédé en mai à Auschwitz, il aurait dû être déporté avec le 1er convoi de la Solution finale du 27 mars 1942 (car le second part en juin). Il serait souhaitable que le ministère prenne en compte par un nouvel arrêté la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 (Death Books from Auschwitz, Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau). Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Sources
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en décembre 1992.
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen (dossier individuel - « statut » - consulté par Claudine Cardon-Hamet).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Photo d'immatriculation à Auschwitz : Musée d'état Auschwitz-Birkenau / © collection André Montagne.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie mise à jour en janvier 2014 à partir de la notice rédigée en 2002 par Claudine Cardon-Hamet pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive». Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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