L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


RIPA Mario, Louis, Raphaël



Mario Ripa avant- guerre
Matricule "46060" à Auschwitz
Rescapé

Mario Ripa est né le 26 janvier 1916 à Pontecorvo (Italie), fils de Marie et Michel Ripa. Il est naturalisé français le 30 mars 1927. Il habite avec son frère Marcel chez ses parents au 51 rue de l'Ourcq à Paris (19°) au moment de son arrestation. 
51 ue de l'Ourcq
Dans cet immeuble habitent aussi les frères Varlet et Marcel François qui seront également arrêtés dans la même affaire que lui.
Mario Ripa est célibataire. Electricien de formation, il travaille comme imprimeur (au salaire horaire de 11 F 05), au 73 rue de l’Ourcq, au moment de son arrestation.
Il est adhérent du Parti communiste en 1938 et 1939 et il a « des responsabilités à la Propagande en direction de la jeunesse et des vieux » dans le 19ème. Il est adhérent à la CGT. Sportif, il est membre d’un club FSGT.
A la déclaration de guerre, il est mobilisé (1er bureau de recrutement de la Seine, matricule 292) et effectue son service armé. Il déclare lors de ses interrogatoires par la Brigade Spéciale avoir été démobilisé en août 1940, mais dans ses témoignages après la Libération, il dira avoir été blessé, hospitalisé à Bordeaux et s’être enfui de l’hôpital de peur d’être envoyé en Allemagne.
Mario Ripa 8 juillet 1942
Pendant l’occupation, la recrudescence d’inscriptions à la craie, d’affiches et de diffusion de tracts dans le 19ème arrondissement ont alerté les services de la Préfecture, malgré l’arrestation d’Auguste Gacher, qu’ils considèrent comme l’instigateur de cette propagande.
Des enquêtes et filatures sont alors effectuées dans les milieux communistes du 19ème par des inspecteurs de la Brigade spéciale des Renseignements généraux. Lire dans le blog La Brigade Spéciale des Renseignements généraux.
Selon le témoignage de Camille Bouvinet (1), Mario Ripa est alors membre d’un groupe de jeunes sous sa responsabilité et celle de Ventura (employé municipal au square du Chapeau rouge), qui diffuse de la propagande communiste. Mario Ripa m’a écrit avoir assuré la mise en place "des futurs réseaux de résistance" puis assuré la liaison entre eux, diffusant tracts et affiches. 
Lors de ses interrogatoires par la Brigade Spéciale, il reconnaitra seulement avoir été contacté par Auguste Gacher (déjà arrêté) et avoir accepté d’adhérer à la Jeunesse communiste clandestine.
Les rapports de police ne font état d’aucune dénonciation ayant précédé les arrestations, contrairement à ce qu’a pu penser Mario Ripa à son retour de déportation et qu’il aura affirmé toute sa vie (dernier témoignage en 2008).
Camille Bouvinet relate que c’est à la suite d’un collage le 22 octobre 1940 que des arrestations sont opérées dont celle du « camarade Mario ».
Dans les archives des Brigades spéciales à la Préfecture de Police, on peut lire, après un rappel des faits qui ont motivé les enquêtes (recrudescence d’inscriptions à la craie, d’affiches et de diffusion de tracts dans le 19ème arrondissement) que le 23 octobre 1940, les inspecteurs de la BS procèdent par groupes de deux (« R. et M. », « T. et C. », « H. et R. »), à des perquisitions aux domiciles de 8 personnes : Maurice François, 18 ans, Paul Millet, 44 ans, Roger Mercier, 17 ans, Marcel Mercier, 18 ans, Georges Durand, 18 ans, Alfred Varlet, 19 ans, Henri Varlet 20 ans, Mario Ripa, 24 ans et son frère Marcel. Ils sont tous arrêtés et interrogés dans le cadre de l’« Affaire François, Ripa, Varlet, Mercier, Millet, Durand ».
Le domicile de la famille Ripa est perquisitionné le 23 octobre 1940 à 7 heures du matin. La « visite domiciliaire effectuée au domicile des frères Ripa, des frères Varlet, des frères Mercier et de François n’a donné aucun résultat » (2), note le commissaire principal.
C’est donc au cours des fouilles à corps au cours desquelles les enquêteurs trouvent quelques tracts et des interrogatoires et confrontations que la police conclut que « ces individus ont reconnu, ou d’avoir diffusé des tracts clandestins d’inspiration communiste, ou collé des papillons gommés de même origine ou fait à la craie des inscriptions de même nature ». Pour ce qui le concerne, Mario Ripa reconnaît avoir diffusé des tracts et avoir participé deux mois auparavant à une réunion organisée le soir place de Bitche par Gacher, avec quatre autres jeunes.
Le 24 octobre 1940, inculpé comme ses camarades d’infractions aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939, Mario Ripa est conduit au dépôt de la maison d’arrêt de la Santé, sur mandat du juge d’instruction du tribunal de première instance de la Seine.
A l’issue du procès qui a lieu le 21 décembre 1940 à la 15ème chambre correctionnelle, Mario Ripa est condamné à 6 mois de prison avec sursis.
Lettre du commissaire Cougoule
Le 22 décembre 1940, le commissaire principal de la direction des RG (André Cougoule) adresse 3 jeunes (deux ont été condamnés avec sursis dont Mario Ripa, l’autre a été relaxé) au directeur de la PJ, en application de la Loi du 3 septembre 1940 (3) « en attendant  leur transfert au centre d’internement d’Aincourt » il conclut « tous trois sont des propagandistes communistes clandestins très actifs ».
Le 26 décembre 1940 Mario Ripa est interné au camp d'Aincourt (n° registre 22.665). Lire dans le blog Le camp d’Aincourt). 
Le 6 septembre 1941, Mario Ripa est transféré au camp de Rouillé (4) au sein d’un groupe de 150 internés. Le 14 octobre 1941 le commandant du Centre d’Internement Administratif de Rouillé s’adresse au Préfet de la Seine pour obtenir des informations concernant 149 internés provenant d’Aincourt et arrivés à Rouillé le 6 septembre (doc C-331.24).
Le 30 octobre 1941 un état est renvoyé par les Renseignements généraux au directeur du camp. Mario Ripa y est décrit « Meneur communiste très actif, condamné à 6 mois de prison pour infraction au décret du 26 septembre 1939 ».
Une nouvelle adresse, 41 rue de Louvain à Courbevoie, remplace celle de ses parents, 51 rue de l’Ourcq dans le 19ème, qui est rayée sur le registre du camp.
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au directeur du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122). Le nom de Mario Ripa (n°159 de la liste) y figure. C’est avec un groupe d’environ 160 internés (5) qu’il arrive à Compiègne le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet. 
Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Mario Ripa est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Mario Ripa lors de l'immatriculation
Mario Ripa est enregistré à leur arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 (11 heures du matin) sous le numéro « 46060 ». Ce matricule sera tatoué sur son avant-bras gauche quelques mois plus tard. Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Mario Ripa est affecté au Kommando Menuiserie, puis au déchargement des trains.
Ils sont alors tous confrontés à l’horreur et à la mort de leurs camarades : la plupart des « 4500 » vont mourir dans les premiers mois de leur arrivée. A la fin de l'année 1942, ils ne sont plus que 220 survivants et 150 environ en mars 1943 !
En application d’une directive de la Gestapo datée du 21 juin 1943 accordant aux détenus des KL en provenance d’Europe occidentale la possibilité de correspondre avec leur famille et de recevoir des colis renfermant des vivres, Mario Ripa, comme les autres détenus politiques français d’Auschwitz, reçoit en juillet 1943 l’autorisation d’échanger des lettres avec sa famille - rédigées en allemand et soumises à la censure - et de recevoir des colis contenant des aliments. Ce droit leur est signifié le 4 juillet 1943.
Entre le 14 août 1943 et le 12 décembre 1943, il est en quarantaine au Block 11 avec la quasi totalité des Français survivants. Lire l'article du blog "les 45000 au block 11
Le 12 décembre, les Français quittent le Block 11 et retournent dans leurs anciens Kommandos ou ont de nouvelles affectation.
C’est le cas pour Mario Ripa qui est affecté en 1944 à la Boulangerie : "pour voler du pain" dit-il. 
Carnet de Roger Abada
Roger Abada, l’un des trois responsables du «  Groupe français » à noté dès sa libération au camp de Dora les éléments marquants de sa déportation. Sur la page reproduite ci-contre figurent quelques uns des noms des membres du groupe français de Résistance à Auschwitz, dont celui de Mario Ripa. Le Comité international du camp dont dépend le groupe français parvient en effet à placer à des militants à des postes importants pour la solidarité ou la Résistance dans quelques kommandos. En face du nom de Mario Ripa ("Rippa") on peut lire Boulangerie.
Le camp de Flossenbürg
Le 28 août 1944 un groupe de trente et un « 45000 », dont Mario Ripa est transféré d’Auschwitz à Flossenbürg où ils sont enregistrés le 31 août 1944 : il reçoit le matricule « 19884 ». Certains d'entre eux sont transférés dans des camps annexe : c’est le cas de Mario Ripa qui est transféré le 14 septembre à Dresden (ateliers de réparation de voies ferrées, usines Zeiss-Ikon, constructions mécaniques Muller) avec Albert Morel.
Les Soviétiques les libèrent le 4 mai 1945. Mario Ripa rentre à Paris par le train, via Nancy, le 28 mai, et souffrira de séquelles " physiques  et morales". 
Il a, comme la plupart des rescapés répondu aux familles de ses camarades morts à Auschwitz.

Lettre à la mère de Jean Roy
Ainsi la lettre ci-jointe à la maman de Jean Roy. Mario Ripa lui explique, en lui demandant d’excuser sa brutalité, que son fils n’était pas parmi les 180 survivants rassemblés (au Block 11) en août 1943 et lui écrit « Malheureusement, beaucoup manquent à l’appel. Ne conservez plus d’espoir. Il vaut mieux une certitude qu’une incertitude. Veuillez croire madame à tout mon respect ».
Au retour, Roger Abada le rencontre à la commémoration de la Libération d'Auschwitz, au Palais d'Orsay, le 28 janvier 1946.
Mario Ripa retrouve un emploi d’électricien. Son homologation comme « Déporté politique » est effective le 13 juillet 1954. A la retraite, il habite au Cros de Cagnes-sur-Mer.
Il milite à la FNDIRP des Alpes maritimes.
A Cagnes le 14 juillet 2006
Après de nombreuses démarches, il est homologué « Déporté Résistant » le 24 octobre 2003. Il reçoit la Croix de guerre avec palmes (décret du 14 avril 2005), la médaille militaire et la médaille de la Résistance et de la Déportation. Il est fait chevalier de la légion d’honneur (décret du 21 avril 2006) et honoré lors des cérémonies du 14 juillet 2006 par le maire de Cagnes, Louis Nègre, qui lui remet ses insignes de chevalier de la Légion d’honneur. En 2008, son témoignage sur sa déportation est publié sur un site internet local.
  • Note 1 : Camille Bouvinet, né en 1907, est cantonnier à la Ville de Paris. Militant communiste, il dirige les groupes communistes dans le 19èmearrondissement. Il est arrêté les 19 et 21 novembre 1941 et condamné à 15 mois de prison.
  • Note 2 : Mais au domicile de Paul Millet sont saisies des brochures et une arme à feu. Le commissaire principal écrit à la 1ère section des Renseignement généraux et au chef des autorités allemandes, que Paul Millet possède une arme à feu « un 6,35 à barillet, non chargé en bon état de fonctionnement ».
  • Note 3 : La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 4 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. Il a été fermé en juin 1944. In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
Sources
En 2008 @ Blog Auschwitz-témoignages.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1989.
  • Questionnaire biographique (contribution à l’histoire de la déportation du convoi du 6 juillet 1942), envoyé aux mairies, associations et familles au début de mes recherches, en 1987, rempli par Mario Ripa le 19 juin 1992.
  • Carton Brigades Spéciales des Renseignements généraux (BS1), aux Archives de la Préfecture de police de Paris. Procès-verbaux des interrogatoires.
  • Témoignage de Camille Bouvinet (recueilli par Roger Arnould).
  • 1940-1945, La Résistance dans le 19ème arrondissement de Paris, ANACR, éditions Le temps des cerises, Pantin septembre 2005, page 102 (témoignage de Camille Bouvinet).
  • Interview de Mario Ripa @ Blog Auschwitz-témoignages.
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. Premier camp d'internement des communistes en zone occupée. dir. C. Laporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités.
  • Archives de la police / BA 2374.
  • Camp de Séjour Surveillé de Rouillé : archives départementales de la Vienne.
  • Liste du 22 mai 1942, liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne (Centre de Documentation Juive Contemporaine XLI-42).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Photo d'immatriculation à Auschwitz : Musée d'état Auschwitz-Birkenau / © collection André Montagne.
Biographie mise à jour en janvier 2014 à partir de la notice rédigée en 2002 par Claudine Cardon-Hamet pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive». Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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