L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


PLISSON Kléber, Eugène, Camille


Kléber Plisson est né le 16 juillet 1903 à Boiscommun (Loiret). Il est le fils de Marguerite Mathela et d’Eugène Plisson son époux.
Kléber Plisson habite au 139 rue de Charonne à Paris (11ème) au moment de son arrestation.
Il travaille comme manoeuvre, débardeur. Il est marié, père d’un enfant.
Kléber Plisson est arrêté le 8 avril 1941 à Pantin en même temps que Jean Boisseau militant de Drancy, pour « distribution de tracts communistes ».
Ils sont incarcérés à la Maison d’arrêt de la Santé le 10 avril 1941 en attente de jugement. Inculpés d’infraction au décret du 26 septembre 1939, ils comparaissent le 17 avril devant la 10ème chambre du Tribunal correctionnel de la Seine. Kleber Plisson est condamné à quatre mois de prison.

Centrale de Poissy @ J. Tronel
Il est transféré et écroué à la Maison d’arrêt de Fresnes le 22 avril 1941, puis à la Maison centrale de Poissy. A l'expiration de sa pein d'emprisonnement, le 1er août, il est possible qu’il ait été libéré, toutefois l’arrestation de près d’un millier de communistes de la région parisienne dans le cadre de la grande rafle commencée le 22 juin 1941 (opération Theoderik) qui suit l’invasion de l’Union soviétique n’incite guère à suivre cette hypothèse. On sait que depuis le début de l’Occupation, la Préfecture de police agit par tous les moyens pour arrêter et emprisonner les communistes.

Fiche centrale de Poissy
Kléber Plisson est donc vraisemblablement maintenu à Poissy, tout comme Eugène Thédé, et Alfred Chapat l’ont été, qui auraient dû être libérés en juin ou août (fiche ci-contre épinglée à leur dossier) et qui sont finalement internés au camp de Rouillé (le CSS d’Aincourt est très tôt rempli et à partir du 6 septembre 1941, le camp de Rouillé est ouvert).
Le Préfet de police de Paris ordonne l’internement administratif de Kléber Plisson le 19 septembre 1941 en application de la Loi du 3 septembre 1940 (1). Kléber Plisson est alors détenu au Dépôt de la préfecture de police de Paris en attente de transfert.
Le 9 octobre 1941, il est transféré au camp de Rouillé (2) au sein d’un groupe de soixante communistes de la région parisienne (40 détenus viennent du dépôt de la Préfecture de Police de Paris et  20 viennent de la caserne des Tourelles).
Début mai 1942, les autorités allemandes adressent au commandant du camp de Rouillé une liste de 187 internés qui doivent être transférés au camp allemand de Compiègne (Frontstallag 122). 
Le nom de Kléber Plisson (n° 149 de la liste) y figure et c’est au sein d’un groupe de 168 internés (3) qu’il arrive au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) le 22 mai 1942. La plupart d’entre eux seront déportés à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet. 

Block 5 à Compiègne, chambre 7
A Compiègne, il reçoit le matricule « 5919 ». Il est affecté au Block 5, chambrée 7. 
Le 29 mai 1942, son nom figure sur l’inventaire du paquetage des internés établi par Olivier Souef pour la chambrée dont il est responsable. Kléber Plisson dispose d’un matelas et une couverture.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Kléber Plisson est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale". Le numéro "45993 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date

Dessin de Franz Reisz, 1946
Kléber Plisson meurt à Auschwitz le 29 octobre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 942 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates et lieux de naissance et de décès, et avec l’indication « Katolisch » (catholique).
Un arrêté du 3 novembre 1997 paru au Journal Officiel du 27 janvier 1998 portant apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de Kléber Plisson porte une date erronés : décédé le 31 décembre 1942 à Auschwitz (Pologne). Il serait souhaitable que le Ministère prenne en compte, par un nouvel arrêté, la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 et consultables sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau. Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Kléber Plisson est homologué comme « Déporté politique ».
  • Note 1 : La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 2 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
  • Note 3 : Dix-neuf internés de la liste de 187 noms sont manquants le 22 mai. Cinq d’entre eux ont été fusillés (Pierre Dejardin, René François, Bernard Grimbaum, Isidore Pertier, Maurice Weldzland). Trois se sont évadés (Albert Belli, Emilien Cateau et Henri Dupont). Les autres ont été soit libérés, soit transférés dans d’autres camps ou étaient hospitalisés.
Sources
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Archives départementales de Paris, rôle correctionnel
  • Camp de Rouillé : archives départementales de la Vienne.
  • Liste du 22 mai 1942, liste de détenus transférés du camp de Rouillé vers celui de Compiègne (Centre de Documentation Juive Contemporaine XLI-42).
  • Inventaire de Claude Souef du 29 mai 1942. Block 5, chambre 7.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie mise à jour en janvier 2014 à partir de la notice rédigée en 2002 par Claudine Cardon-Hamet pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive». Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 », Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

Aucun commentaire: