L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


ORSAL Adrien, Jean, René


Adrien Orsal est né le 27 mai 1904 à Paris 11ème. Il est le fils de Marie, Jeanne, Rosalie Coulet, et de Pierre, Jean Orsal, son époux. Ses parents sont restaurateurs.
Célibataire, Adrien Orsal est officiellement domicilié dans le même arrondissement, chez ses parents, au 119 rue Saint Maur, mais habite en fait chaque nuit chez son amie, Mme Suzanne Cormier, âgée de 32 ans, au 1 passage de la Fonderie au moment de son arrestation.
Adrien Orsal est titulaire du Certificat d’Etudes primaires. Il aide ses parents dans leur commerce de restauration (il indique comme profession restaurateur). Appelé au service militaire en 1924 (4ème bureau de la Seine) il en est exempté. Il est possible qu’il ait une infirmité (on en trouve mention sur une fiche de police).
Il est membre du Parti communiste depuis 1935 et membre des « Amis de l’URSS ».
Pendant l’Occupation il continue son activité militante dans son quartier. 
En novembre 1940, c’est à la suite de la recrudescence « de la propagande clandestine communiste dans les arrondissements de la rive droite, et plus particulièrement dans le 11ème » que le commissaire principal André Baillet, créateur de la Brigade Spéciale des Renseignements Généraux, fait procéder à la filature des  anciens adhérents de l’ex-Parti communiste, connus des services de Police (Lire dans le blog : La Brigade Spéciale des Renseignements généraux).
Extrait du PV de perquisition le 23 novembre 1940
Les inspecteurs des RG soupçonnent Adrien Orsal d’être un des auteurs de cette propagande. Filé, il est arrêté le 23 novembre 1940 par trois inspecteurs des RG pour activité communiste. 
La fouille à laquelle il est soumis révèle qu’il a sur lui un tract ronéotypé intitulé « Pour la défense de la Science Française » et «une lettre à lui adressée par l’ex-député communiste Lozeray (1) alors détenu à la prison de la Santé ». Une perquisition ordonnée au domicile de son amie « la dame Cormier » au moment de l’arrestation de celle-ci amène la découverte « d’un rouleau de tracts ronéotypés et imprimés comprenant quatre tracts « l’Humanité », trois tracts « La voix de Paris » et deux tracts « Lettre à un travailleur socialiste », ainsi que du papier pelure et du papier carbonne ». 
Au domicile des parents d’Adrien Orsal les inspecteurs trouvent « un certain nombre de brochures communistes, du papier blanc et un jeu de lettres en tôle » qu’ils saisissent. 
Lors de son interrogatoire par le commissaire Baillet, Adrien Orsal reconnait son ancienne appartenance au Parti communiste et aux « Amis de l’URSS » mais nie avoir eu une activité politique depuis la dissolution du PC. Concernant le tract saisi sur lui, il affirme qu’il lui a été remis dans la rue par un inconnu… Quant à ceux trouvés chez son amie, il dit qu’ils lui ont été remis par un nommé Georges pour qu’il les lise « je les ai mis dans ma poche sans même défaire le paquet, il y a trois semaines ». Pour le papier blanc et le papier pelure saisis chez son amie, il dit qu’il l’a depuis deux ans et qu’il s’en sert « pour faire ses comptes et diverses écritures ». Son amie Suzanne Cormier déclare quant à elle « n’avoir jamais milité en aucune façon et tout ignorer de l’activité de son ami ».
Inculpation le 24 novembre 1940
Le 24 novembre le commissaire principal André Baillet les inculpe tous deux d’infraction aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939 et les fait conduire au Dépôt de la Santé à la disposition du Procureur de la République.
Deux jours plus tard, le 25 novembre 1940, Adrien Orsal comparaît devant la 12ème chambre du Tribunal correctionnel de la Seine. Il est condamné à six mois de prison. Il est écroué à la Maison d’arrêt de Fresnes.
A la date d'expiration normale de sa peine d'emprisonnement, il n’est pas libéré. Le Préfet de police de Paris, Camille Marchand, ordonne son internement administratif le 8 avril 1941, en application de la Loi du 3 septembre 1940 (2).
Interné à Aincourt
Le 21 avril 1941, Adrien Orsal est transféré avec dix autres d’autres internés du Dépôt au “centre de séjour surveillé” d’Aincourt. Il y a parmi eux Roger Ginsburger (alias Pierre Villon), le compagnon de Marie-Claude Vaillant-Couturier. Lire dans le blog Le camp d’Aincourt .
Le 24 juin 1941, Adrien Orsal fait partie d’une trentaine de « meneurs indésirables » écroués à la Maison d’arrêt de Rambouillet, à la suite d’ « actes d’indiscipline » collectifs (il s’agit d’incidents qui les ont opposés aux partisans de Gitton (3). Il y avait eu déjà un premier transfert à la suite d’incidents analogues les 5 et 6 avril. 28 communistes étaient alors transférés à la centrale de Poissy, puis le 8 mai au camp de Châteaubriant).
Le camp de Gaillon
Le 27 septembre 41, Adrien Orsal est transféré de Rambouillet au Centre d’internement administratif (CIA) de Gaillon (4), avec 22 autres internés administratifs de la Seine (et 37 venant de Clairvaux), liste des RG du 31 octobre. Adrien Orsal est affecté au 2ème étage du bâtiment F, chambre 4, lit 46.
Le Frontstatalg 122
Le 5 mars 1942, Adrien Orsal est remis  aux autorités d’occupation à leur demande avec 15 autres internés administratifs de Gaillon (dont neuf futurs “45000”). Ils sont conduits en autocar au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Adrien Orsal est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
On ignore son numéro d’immatriculation à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschshwitz L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale". Le numéro «45938 ?» inscrit dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 (éditions de 1997 et 2000) correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Seule la reconnaissance, par un membre de sa famille ou ami de la photo d’immatriculation publiée au début de cette biographie pourrait désormais en fournir la preuve.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner au camp principal (Auschwitz I )(approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.
Adrien Orsal meurt à Auschwitz le 27 octobre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 889 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates et lieux de naissance et de décès, et avec l’indication « glaubenslos » (athée).
Un arrêté ministériel du 18 janvier 2011 paru au Journal Officiel du 127 février 2011 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès. Mais il comporte une date erronée : « décédé fin décembre 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Il serait souhaitable que le Ministère prenne en compte, par un nouvel arrêté, la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 et consultables sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau. Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Plaque au 119 rue St Maur
Adrien Orsal a été déclaré « Mort pour la France » et homologué comme « Déporté politique ». La carte de Déporté est remise à son père.
Une plaque a été ré-apposée au 119 rue Saint Maur (immeuble rénové) « Ici habitait Adrien Orsal, mort au camp d’Auschwitz pour que vive la France ».
  • Note 1 : Elu en 1936 Député du quartier de la Folie Méricourt (Paris 11ème). Le 8 octobre 1939, Henri Lozeray fut arrêté avec un grand nombre de députés communistes pour avoir participé à la constitution du Groupe ouvrier et paysan français. Déchu de son mandat parlementaire  le 21 janvier 1940, il fut condamné à cinq ans de prison, 4 000 francs d’amende et cinq ans de privation de droits civiques par le tribunal militaire de Paris. Il fut transféré à la prison de Poitiers en mai, puis interné en Algérie, à Maison-Carrée d’où il fut libéré le 5 février 1943 (Claude Pennetier Le Maitron).
  • Note 2 : La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 3 : Marcel Gitton, secrétaire national à l’organisation, rompt avec le Parti communiste après la signature du Pacte germano-soviétique le 23 août 1939. Il crée le POPF, parti proche de la «Révolution nationale». «Il voulait rassembler les dissidents communistes autour de lui et se fixa comme une priorité absolue la libération d'un maximum d'internés après, s'entend, les avoir récupérés. (…) Quant au directeur du camp d'Aincourt, il comprit le parti qu'il pouvait en tirer (…). Le POPF suscita ainsi, avec le soutien du chef du camp, une véritable dissidence parmi les internés d'Aincourt. Effectivement, les tensions furent très importantes au sein du camp et les nombreux indicateurs permirent de démanteler trois directions communistes clandestines (…). Le résultat était là : selon un rapport en forme de bilan, le chef d'Aincourt estimait, en février 1942, à quelque 150 le nombre de membres du POPF, soit 13 % des internés passés par le camp. En outre, la moitié des signataires de la première «Lettre ouverte aux ouvriers communistes» du POPF et le cinquième de la seconde étaient des anciens du camp. On mesure l'ampleur de la fracture, même si les déclarations de reniement méritent d'être nuancées à l'aune du marché implicite. En fait, la libération obtenue au prix d'un reniement officiel et du soutien des gittonistes ne déboucha que pour une petite minorité sur un engagement au sein du POPF" (Denis Peschanski, in « La France des camps », p. 515 à 517).
  • Note 4 : Après avoir hébergé des réfugiés espagnols en 1939, le château de Gaillon est, à partir de 1941, aménagé en centre de séjour surveillé. De septembre 1940 à février 1943, sont internés sur arrêtés préfectoraux des communistes, quelques gaullistes, des juifs et étrangers, des coupables d'infractions à la législation sur le ravitaillement (marché noir et abattage clandestin). On y interne les hommes de 1941 à septembre 1942, les femmes ensuite.
Sources  
  • Etat civil de la Mairie du 11ème.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • @ Carton Brigades Spéciales des Renseignements généraux (BS1), aux Archives de la Préfecture de police de Paris. Procès-verbaux des interrogatoires
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Edition informatique 2013, notice Claude Pennetier
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. Premier camp d'internement des communistes en zone occupée. dir. C. Laporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités.
  • © Internés au camp de Gaillon / Archives de la Préfecture de police / BA 2374
  • Plan du camp de Gaillon @ Archives de l'Eure.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Montage photo du camp de Compiègne à partir des documents du Mémorial  © Pierre Cardon
  • Photo d'immatriculation à Auschwitz : Musée d'état Auschwitz-Birkenau / © collection André Montagne.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Plaque in site "Les plaques commémoratives, sources de Mémoire".
Biographie mise à jour en janvier 2014 à partir de la notice rédigée en 2002 par Claudine Cardon-Hamet pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive». Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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