L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MIKLICHANSKY Abraham, Avroum, dit Albert


Abraham Miklichansky (dit Albert) est né le 5 mai 1910 à Novorossjsik (Новороссийск, Russie). Il est le fils de Sépie Kititze et de Piotr Miklichansky. Il est naturalisé français le 15 mars 1933.
Le 5 mars 1931 Albert Miklichansky épouse Rose Chariton. Le couple aura deux enfants : Danièle, née en 1934 et Jacques né en 1936.
La famille habite au 48 bis rue de la Gare de Reuilly à Paris (12ème) au moment de l’arrestation d’Albert Miklichansky (ou rue du Niger selon Roger Abada).
Albert Miklichansky travaille comme ouvrier tapissier chez un maître tapissier du Faubourg Saint-Antoine, qui sera lui-même déporté.
Son épouse est infirmière à l’hôpital Rothschild.
Adhérent du Parti communiste depuis 1933, il est aussi un syndicaliste actif de la CGT. Il milite au sein du syndicat dont André Tollet est le secrétaire général. Il participe avec lui en 1936 à l'organisation des arrêts de travail dans les ateliers du faubourg Saint-Antoine.
Albert Miklichansky est arrêté le 18 juillet 1941 par la police française et allemande pour propagande communiste. Il a été pris en flagrant délit d’inscriptions sur les murs et de collage de papillons. Inculpé d’infraction au décret du 26 septembre 1939, il est mis à disposition du Procureur de la République et incarcéré à la Maison d’arrêt de la Santé le 20 juillet en attente de jugement. 
Il est condamné le 23 septembre 1941 à deux mois de prison qui couvrent sa détention préventive. Mais il n’est pas libéré : en application de la Loi du 3 septembre 1940 (1), le préfet de police de Paris ordonne son internement administratif. 

CSS de Rouillé @ VRID
Maintenu un temps au Dépôt, Albert Miklichansky est transféré au Centre de Séjour Surveillé de Rouillé le 9 octobre 1941, au sein d’un groupe de soixante communistes de la région parisienne (40 détenus viennent du dépôt de la Préfecture de Police de Paris et  20 viennent de la caserne des Tourelles).  
Il y est interné administratif du 10 octobre 1941 au 9 février 1942.
Ce 9 février, il fait partie d’un groupe de 52 internés communistes qui sont remis aux autorités allemandes à leur demande, et transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Fronstalag 122), via Poitiers. 36 d’entre eux seront déportés à Auschwitz avec lui.
Le 11 février 1942 il est immatriculé au camp de Compiègne sous le matricule n° 3541. Albert Miklichansky y est affecté au camp des politiques (bâtiment A8).
Durant ces cinq mois qui précèdent le départ du convoi, il suit les cours organisés par le Comité du camp (Roger Abada). Lire dans le blog : Le "Comité" du camp des politiques à Compiègne. Il est possible, comme le pensait Roger Abada, qu’il ait été transféré au camp Juif peu avant le départ du convoi, comme plusieurs autres militants communistes aux noms à consonance slave.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Son numéro d’immatriculation lors de son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 est inconnu. Lire dans le blog le récit du premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale". Le numéro "45880 ?" figurant dans mes deux premiers ouvrages sur le convoi du 6 juillet 1942 correspondait à une tentative de reconstitution de la liste du convoi par matricules. Ce numéro, quoique plausible, ne saurait être considéré comme sûr en raison de l’existence de quatre listes alphabétiques successives, de la persistance de lacunes pour plus d’une dizaine de noms et d’incertitudes sur plusieurs centaines de numéros matricules. Il ne figure plus dans mon ouvrage Triangles rouges à Auschwitz.

Dessin de Franz Reisz, 1946
A Auschwitz, selon le témoignage de Roger Abada qui est un des membres du triangle de direction du groupe français de résistance, Halphen, un déporté Juif travaillant comme interprète à la Politishe Abteilung du camp a pu conserver quelques fiches d’entrée de déportés du convoi du 6 juillet, dont celle d’Albert Miklichansky, dont il est sûr qu’il portait l'étoile jaune à Auschwitz. Il lui a transmis ces informations à leur retour en France.
Albert Miklichansky meurt le 23 août 1942, d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 812 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « glaubenslos » (athée, sans religion). Pour Fernand Devaux, il a été "abattu par un SS, parce qu'il s'était rebiffé". Le certificat du camp d’Auschwitz porte un diagnostic médical posthume comme cause du décès « Herz und Kreislaufschwäche » (cœur et faiblesse de circulation). L’historienne polonaise Héléna Kubica explique comment les médecins du camp signaient « en blanc » des piles de certificats de décès avec «l’historique médicale et les causes fictives du décès de déportés tués par injection létale de phénol ou dans les chambres à gaz». Lire dans le blog : Des causes de décès fictives.
Albert Miklichansky est homologué comme « Déporté politique » en 1963.
Sa veuve, "Lily" est décédée en 1979
  • Note 1 : La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
Sources
  • Camp de Séjour Surveillé de Rouillé : archives départementales de la Vienne.
  • Entretien de Claudine Cardon-Hamet avec Roger Abada (juillet 1987). Eléments de la fiche d’entrée transmis par Haphen (ou Alphen).
  • Liste de noms de camarades du camp de Compiègne, collectés avant le départ du convoi et transmis à sa famille par Georges Prévoteau de Paris XVIIIème, mort à Auschwitz le 19 septembre 1942 (matricules 283 à 3800) (BAVCC).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche et dossier individuel consultés en octobre 1993.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Liste communiquée par M. Van de Laar, mission néerlandaise de Recherche à Paris le 29.6.1948, établie à partir des déclarations de décès du camp d'Auschwitz. Liste Auch 1/7 (BAVCC Caen).
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie mise à jour en janvier 2014 à partir de la notice rédigée en 2002 par Claudine Cardon-Hamet pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive». Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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