L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


MALBEC Georges, Antoine


Georges Malbec
Matricule « 45819 » à Auschwitz

Georges Malbec est né le 31 décembre 1899 à Paris (20ème). 
Il est le fils de Françoise Chavinier, 33 ans et de Jean Marie Malbec, 46 ans, son époux. Ses parents sont marchands de parapluies, domiciliés au 91 rue du Pressoir (20ème). Il est le cadet d’une fratrie de 6 enfants (Antoinette, Maria, deux garçons prénommés Antoine et Jean).
La "cité des 4" à Paris 15ème
Il habite à la Cité HBM surnommée « la cité des 4 » (1) au 15 rue des Quatre frères Peignot (15ème) au moment de son arrestation.
Son registre matricule militaire indique qu’il habite à Riom-es-Montagne (Cantal) au moment du conseil de révision. Il mesure 1m 64, a les cheveux châtains, les yeux gris, le front moyen, le nez droit et le visage ovale. Il a un niveau d’instruction « n° 3 » pour l’armée (sait lire, écrire et compter, instruction primaire développée). Il indique la profession de cultivateur, puis de pâtissier (1921). Il sera cantonnier à la Ville de Paris (il indique « paveur » à Auschwitz).
Conscrit de la classe 1919, il est incorporé en 1918, comme tous les jeunes hommes de sa classe en raison de la guerre. Le 16 avril 1918 il est incorporé au 86ème Régiment d’Infanterie où il arrive le 17. Après l’instruction militaire, il « passe » au 16ème RI le 23 juillet 1918. Après l’armistice, il «repasse » au 86ème  le 9 février 1919, puis au 3ème Régiment de chasseurs à cheval le 6 août 1919. Il est maintenu au corps par mesure disciplinaire. Rayé des contrôles le 18 mai 1921, il est maintenu au corps en application de la Loi du 21 mars 1905 et réaffecté au 3ème Régiment de chasseurs le 20 mai en raison de l’occupation de la Ruhr (2). 
Il participe à l’occupation des pays rhénas du 20 mai 1921 au 30 juin. Il est renvoyé dans ses foyers le 30 juin 1921, « certificat de bonne conduite refusé ».
En 1924, il habite au 101 rue Leblanc à Paris 15ème, arrondissement qu’il ne va plus quitter jusqu’à son arrestation. En mars 1928, il a déménagé au 95 rue de Lourmel.
Georges Malbec épouse Lydie, Louise Lièvre le 8 septembre 1928 à la mairie du 15ème arrondissement. Le couple aura deux enfants.
Ils emménagent le même mois au 20 rue Ginoux. En mai 1935 ils déménagent au 12 rue de la Rosière. Le 2 octobre 1935, ils obtiennent un logement aux HBM du 15 rue des Quatre frères Peignot (1).
Il est rattaché en 1936 à la classe de mobilisation « 1915 » comme « père de famille de deux enfants ».
Georges Malbec est cantonnier titulaire de la ville de Paris « au salaire mensuel moyen de 1450 francs ». Il milite au Parti communiste avec Joseph Di Fusco (3) et son épouse, également employés municipaux à la Ville de Paris.
Pv d'interrogatoire du 19 juillet 1941
Georges Malbec est arrêté une première fois le 19 juillet 1941 par la police française pour avoir collecté de l’argent (il a recueilli la somme de 25 francs) en faveur des épouses de deux de ses camarades de travail (T. et C.) détenus pour propagande communiste et d’être en relation avec un militant communiste repéré par la police. Une note blanche de la Préfecture de police du 25 juillet 1955 le relate "pour avoir collecté de l’argent en faveur des épouses de deux de ses camarades de travail détenus pour propagande communiste et pour avoir été en relation le nommé Billot chargé de la diffusion des mots d'ordre de la IIIème internationale
Lors de son interrogatoire au commissariat, il nie avoir jamais été inscrit au Parti communiste (c'est la consigne que donne le Pc clandestin), mais reconnaît avoir quelquefois participé à des réunions de ce parti lorsqu’il était autorisé « à titre documentaire ». 
Il explique « madame T. m’avait dit il y a quelques jours qu’elle était sans secours. J’ai recueilli la somme de 25 francs». 
Décision du commissaire de police.
Le commissaire de police écrit « Attendu qu’il n’a été trouvé en possession d’aucun tract et qu’il ne s’est occupé que de la collecte en faveur des épouses de deux camarades, emprisonnés pour propagande communiste, considérons qu’il peut être inculpé d’infraction au décret du 26 septembre 1939. Le laissons libre aux charges d’usage et attendu qu’il est domicilié et offre les garanties de présentation en justice » c'est-à-dire sous la condition de se présenter à toute convocation.

Georges Malbec est de nouveau arrêté le 28 avril 1942, comme otage communiste. 
Ce jour-là une rafle est effectuée par l’occupant dans tout le département de la Seine. 
Lire dans le blog La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et arrêtent 387 militants, dont la plupart avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour « activité communiste » depuis l’armistice et libérés à l’expiration de leur peine. Il s’agit de représailles ordonnées à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire est blessé à Malakoff).
Georges Malbec est ensuite remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent le même jour au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Georges Malbec est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Les barbelés de Birkenau
Georges Malbec est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45819» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942 et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale".  
Il se déclare Pflasterer (paveur) (note d'André Montagne).
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.
Après l’enregistrement, Georges Malbec passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Georges Malbec meurt à Auschwitz le 17 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 766 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates, lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique).
Son certificat de décès d'Auschwitz porte la mention "Fleckfieber" (typhus) comme cause de décès.
Il convient de souligner que vingt-six autres «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz ce même jour (c’est le début d’une grande épidémie de typhus au camp principal, qui entraîne la désinfection des blocks, s’accompagnant d’importantes « sélections » pour la chambre à gaz et du transfert du camp des femmes). Lire 80 % des 45000 meurent dans les 6 premiers mois, pages 126 à 129 in Triangles rouges à Auschwitz.
Un arrêté ministériel du 9 août 1994, paru au Journal Officiel du 29 septembre 1994, porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès. Mais cet acte porte la mention inexacte « décédé le 15 décembre 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Si dans les années d'après-guerre, l’état civil français a fixé des dates de décès fictives (le 1er, 15 ou 30, 31 d'un mois estimé) à partir des témoignages de rescapés, afin de donner accès aux titres et pensions aux familles des déportés, il serait souhaitable que le ministère prenne désormais en compte, par un nouvel arrêté, les archives du camp d’Auschwitz emportées par les Soviétiques en 1945, et qui sont accessibles depuis 1995 et consultables sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau Voir l’article : Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Georges Malbec est homologué comme « Déporté politique » en 1956, et déclaré « Mort pour la France ».
Joseph Di Fusco
  • Note 1 : Un des plus beaux ensembles HBM de la capitale, 613 logement construits à partir de 1922. 
  • Note 2 : en mai 1921, pour hâter l’application du traité de Versailles (versement des dommages de guerre, en particulier le charbon), le gouvernement français ordonne la première occupation militaire de la Ruhr par l’armée française. Les effectifs de l’armée du Rhin d’occupation passent de 100.000 à 210.000 hommes : le gouvernement rappelle les réservistes ou maintient les hommes libérables, ce qui est le cas de Georges Malbec.
  • Note 3 : Joseph Di Fusco, né le 8 septembre 1906 à Marseille est arrêté le 19 juillet 1941. Il est fusillé le 15 décembre 1941 à Caen. Employé municipal, militant communiste de Paris, il est transféré à  la centrale de Beaulieu à Caen. Il est désigné comme otage et fusillé en même temps que Lucien Sampaix et douze autres militants (d’après Le Maitron). Lucienne Di Fusco a écrit au "Patriote Résistant" en octobre 1972 à la suite de la lecture du nom de Georges Malbec dans le PR n° 395. Réfugiée dans sa famille à Marseille avec sa fille Claudette après l'arrestation de son mari, elle apprit plus tard l'arrestation de leur camarade. Elle souhaitait avoir l'adresse de sa femme "pour lui écrire, ainsi qu'à son fils que j'ai bien connu".
Sources
  • Etat civil du 20ème @ archives en ligne de la ville de Paris.
  • Témoignage de Mme Di Fusco (lettre du 8 octobre 1972 au Patriote Résistant). Elle-même et son mari militaient avec Georges Malbec dans le 15ème arrondissement.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche et  dossier individuel consultés en octobre 1993.
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Edition informatique 2013.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Témoignage de Lucien Penner.
  • © Site Internet Legifrance.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
  • Courriel de M. Bernard Alquier, petit neveu de Georges Malbec (juin 2015).
  • Photo de Joseph Di Fusco @ Maitron. 
  • Archives de la Préfectures de police de Paris, dossiers Brigade spéciale des Renseignements généraux, registres journaliers.
  • Registres matricules militaires du Cantal.
  • © Arbre généalogique. http://gw.geneanet.org/philippe_w?n=malbec&oc=0&p=georges+antoine
  • Photo en pied de Georges Malbec, transmise à  M. Bernard Alquier par une petite fille de Georges Malbec, Mme Ghislaine Betrancourt (juillet 2017).
Biographie mise à jour en 2014 et 2017 à partir de la notice rédigée en 2002 par Claudine Cardon-Hamet pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive». Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Merci pour ce travail de Mémoire. N'oublions pas que la démocratie est a défendre chaque jour. On peut mourir pour nos origines, nos religions, nos idées.
Vous contribuez à perpétuer le souvenir et à nous rappeler la nécessaire vigilance.
Merci encore, Cabirou.