L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


KUPFERMAN Israël, Meyer


Israël Kupferman @ LaurentKupferman
Matricule « 46291 » à Auschwitz

Israël Kupferman est né le 25 mai 1904 à Tarnow (Pologne), il arrive en France le 14 novembre 1930.

Israël et Frania Kupferman
Vers 1933, il épouse Frania Rothblum-Propper (1), née le 1er juin 1905 à Cracovie (Pologne). Ils ont un fils, Fred, né en 1934 à Paris (2).
Israël Kupferman travaille comme ingénieur des Travaux publics.
Pendant la guerre d’Espagne, il part rejoindre les rangs des républicains luttant contre la rébellion du général Franco.
Il existe une incertitude sur son domicile durant la guerre : à Auschwitz, il sera enregistré comme domicilié au 36, rue Monge à Paris 5ème. Mais le couple habite également au 3, rue Jean-Sicard à Paris 15ème, qui est peut-être une planque trouvée par la Résistance afin d’y installer un matériel permettant d’imprimer des affichettes (c’est à cette adresse que la famille vivra après la guerre).
Le couple Kupferman est actif dans un réseau de Résistance aux côtés de Simone Chaye, Sacha Segal (physicien enseignant au Collège de France) et son épouse Tedy Segal (oenologue). Le responsable de leur groupe pour l’ouest de Paris est Laborde. Après la guerre, les Segal partiront en République Démocratique Allemande, témoignant ainsi de leur engagement communiste.

Le billet vert
Le 14 mai 1941, Israël Kupferman fait partie des milliers de Juifs étrangers résidant à Paris qui sont convoqués par la police française pour être aussitôt arrêtés (rafle dite “du billet vert”) (3) et dirigés vers les camps de Pithiviers et de Beaune-la-Rolande (tous deux dans le Loiret).

Le camp de Pithiviers @ FNDIRP
Israël Kupferman est interné au camp de Pithiviers.
Le 6 juin 1942, il est transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne  (Frontstalag 122).
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages». Compte tenu de son numéro matricule, Israël Kupferman est désigné comme otage juif dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000».

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.

Israël Kupferman est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «46291» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Selon les témoignages des rescapés, la quasi totalité des déportés Juifs du convoi ont été maintenus à Birkenau, où ils ont été rapidement été presque tous assassinés.

Dessin de Franz Reisz, 1946
Israël Kupferman meurt à Auschwitz le 4 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 672) et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates et lieux de naissance et de décès, et avec l’indication « Mosaisch » (Israelite). Un arrêté ministériel du 18 mars 1995, paru au Journal Officiel du 26 avril 1995, porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès. 
Israël Kupferman est homologué comme “Déporté politique”.
Après l'arrestation de son mari, Frania Kupferman est active dans la Résistance, sous le pseudonyme de Claude François. Pendant cette période, son fils, Fred, vit caché dans une école catholique de Montmorency dirigée par mademoiselle Massard, qui héberge d’autres enfants juifs.
  • Note 1 : Frania Kupferman s’est remariée avec le chef d'Orchestre Léopold Unger et publie sous le nom de Claude François-Unger, L'Adolescent inadapté aux Presses-universitaires de France dans lequel elle témoigne de son expérience pédagogique au « Renouveau » où elle met en pratique les principes pédagogiques d'Henri Wallon et Janusz Korczak. Dès 1945 en effet elle devient directrice de la Maison du Renouveau, à Montmorency, qui accueille des enfants juifs victimes de la guerre. Ecrivain et pédagogue hors du commun, elle fait de son établissement éducatif, devenu un centre d’éducation pour adolescents inadaptés, une petite république d’enfants dans une démarche similaire à celle de Janusz Korczak, qu’elle défend avec passion à la fin de sa vie. Membre du Bureau national du Groupe français d’éducation nouvelle, elle est décédée en 1992. Elle est enterrée à Montmorency, dont elle a été nommée Citoyenne d’honneur.
  • Note 2 : Devenu historien, enseignant à la Sorbonne et à Sciences Po, Fred Kupferman est l’auteur de plusieurs livres et articles. Il passe des années à écrire une biographie de Pierre Laval, un homme « qui ne l’aimait pas » (en tant qu’enfant juif). Cet ouvrage de référence, dépassionné, paraît en 1987, un an avant le décès de son auteur à cinquante-quatre ans. Sur son lit de mort, l’historien exprime encore le regret de ne pas connaître avec précision (lieux et dates) le destin de son père, Israël Kupferman. Son Pierre Laval est réédité aux éditions Tallandier en 2006. Il a également publié : Le complot du télégraphe, avec Sigrid Kupferman, son épouse, Hachette. Au pays des Soviets, le voyage français en Union soviétique, 1917-1939, Gallimard-Julliard, 1979. Les premiers beaux jours, 1944-1946, Calmann-Lévy, Questions d’actualité, Paris, 1985. La nuit des dragons, avec Sigrid Kupferman, et Yves Beaujard (illustration), éditions Hachette Jeunesse, 2002. Mata Hari : songes et mensonges, Editions Complexe, 2005.Le procès de Vichy : Pucheu, Pétain, Laval (1944-1945), Editions Complexe, 2006. Voyage au pays des soviets et Les premiers beaux jours seront republiés en 2007 aux éditions Tallandier terminant ainsi la réédition complète de ses œuvres.
  • Note 3 : « Le 14 mai 1941, les Juifs étrangers sont convoqués individuellement, pour un «examen de situation », dans cinq centres : caserne de Napoléon, caserne des Minimes, rue Edouard-Pailleron, rue de la Grange aux Belles, gymnase Japy. La lettre de convocation précise que chacun doit se présenter en personne, accompagné d’un membre de sa famille. « La personne qui ne se présenterait pas aux jours et heures fixés, s’exposerait aux sanctions les plus sévères ». Ceux qui se présentent ne sont pas libérés. L’accompagnateur est chargé de rapporter une valise et un minimum d’effets personnels. 3 710 hommes (2140 selon une autre source) sont ainsi arrêtés et internés dans les camps de Pithiviers et Beaune-la-Rolande, anciens camps de prisonniers de guerre. Parmi eux se trouvent 3 430 Juifs polonais, 123 Juifs apatrides et 157 Juifs tchèques ». (http://www.camp-de-drancy.asso.fr/fr/cdd.htm)
Sources
  • Laurent Kupferman, son petit-fils (témoignage, documents - septembre-octobre 2006).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993..
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • @ Photo « le billet vert » David Diamand, Ed. Renouveau
  • @ Photo du camp de Pithiviers, FNDIRP.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie mise à jour en janvier 2014 à partir de la notice rédigée en 2002 par Claudine Cardon-Hamet pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive» et la biographie  co-signée avec Mémoire Vive en 2006.
Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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