L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


HANLET Yvan, Jean, Rodolphe


Yvan Hanlet, 1/11/1941 @ PP 
Matricule « 45651 » à Auschwitz

Yvan Hanlet est né le 8 mars 1920 à Paris 11ème. Son père, Yvan Hanlet est un communiste Belge. Yvan Hanlet a deux frères et deux sœurs.
Au moment de son arrestation Yvan Hanlet habite au 4 rue Henri Ranvier, un des « HBM Ranvier » du 11ème où son père est concierge.   
Il est célibataire, dessinateur industriel.
Yvan Hanlet est arrêté le 30 octobre 1941, avec ses parents et ses deux sœurs à la suite de l'arrestation de son frère cadet Roger, un des membres des « Bataillons de la Jeunesse » (1). 
Interrogés au 36 quai des Orfèvres, les Hanlet sont déférés au Procureur de la République et incarcérés à la Maison d’arrêt de la Santé. Au total 62 personnes du quartier - qui a été complètement bouclé par les polices françaises et allemandes - sont arrêtées.
Yvan Hanlet et son père - ainsi que douze autres personnes inculpées à la suite de l'affaire Brustlein-Zalkinow - sont mis à la disposition des GPF (Gehem Feldpolizei, qui suivent les procédures entamées par les Renseignements généraux -  sur ordre des Autorités d’Occupation. Onze d’entre eux sont condamnés ou internés administrativement : parmi eux il y a Raymond Moyen (Paris 20ème), Henri Chlevitsky et Yvan (Jean) Hanlet (Paris 11ème) qui seront tous trois déportés à Auschwitz. 
Avec deux autres détenus, ils sont tous trois écroués au dépôt de la Préfecture de police de Paris en attente de transfert dans un camp ou une prison. Yvan Hanlet père (3) et un autre détenu de nationalité étrangère sont dirigés sur la caserne des Tourelles.
Selon l’historien Boris Danzer-kantof, après l’exécution de Roger Hanlet le 9 mars, Yvan Hanlet et son père sont libérés le 13 mars 1942. Mais ils sont arrêtés une nouvelle fois par les Autorités allemandes, comme otages, vraisemblablement dans le cadre de la rafle du 22 avril (4).
Le 5 mai 1942 Raymond Moyen, Henri Chlevitsky, Yvan (Jean) Hanlet et dix autres internés sont conduits avec une trentaine d’internés administratifs de la Police judiciaire à la gare du Nord. Ils sont mis à la disposition des autorités allemandes et internés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), le jour même en tant qu’otages.

Jean Le Mouel par Yvan Hanlet
A Compiègne, Yvan Hanlet retrouve Jean Le Mouel qu’il a côtoyé au Dépôt de la Préfecture et dont il fait le portrait. Ce portrait, qui est légendé le Dépôt, est daté du 24 mai 1942.
Depuis le camp de Compiègne, Yvan Hanlet va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Yvan Hanlet est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.

Yvan Hanlet le 8 juillet 1942
Yvan Hanlet est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45651» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée (5) parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz.  
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date, ni sa date de décès.
Un arrêté ministériel du 10 janvier 2013 paru au Journal Officiel du 7 mars 2013 page porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur ses actes et jugements déclaratifs de décès. Cet arrêté qui corrige le précédent qui indiquait « mort le 6 juillet 1942 à Compiègne » mentionne une date fictive : décédé le 11 juillet 1942 à Auschwitz, soient les 5 jours prévus par les textes en cas d’incertitude quant à la date réelle de décès à Auschwitz.
Roger Hanlet le 1/11/1941 @ PP
  • Note 1 : Roger Hanlet, né le 4 décembre 1922, est membre des Jeunesses communistes depuis l’âge de dix-sept ans. Il reprend contact avec les organisations devenues illégales dès le retour d’exode de sa famille et en août 1940, participe aux actions de propagande anti-vichyste, rejoint les Bataillons de la Jeunesse et participe au sabotage d’installations allemandes (incendie de la fabrique «Les Isolants de Vitry», attaques et incendies de garages allemands, sabotages de voies ferrées avec les autres membres du groupe). Le groupe se réunit souvent dans les HBM de la cité Ranvier où habitent deux d’entre eux (Hanlet et Pierre Milan. Arrêté à la suite de filatures des Brigades spéciales dirigées par le commissaire Georges Veber et après un bouclage du quartier, il est condamné à mort par une cour martiale allemande le 4 mars 1942 au « Procès de la chambre des députés » et fusillé le 9 mars 1942 avec 6 de ses camarades. Le deuxième frère d’Ivan Hanlet put échapper à cet encerclement mais il fut par la suite pris et fusillé par les Allemands à Marseille. Malencontreusement, le site de l'Assemblée nationale qui rend hommage aux 7 fusillés a utilisé la photo d'Yvan à la place de celle de Roger.
  • Note 2 : Pierre Daix, “Les combattants de l’impossible, la tragédie occultée des premiers résistants communistes”. Ed. Robert Laffont, 2013.
  • Note 3 : Son père est  interné au fort de Romainville le 7 août 1942, sous le matricule 563 avec les parents de Fernand Zalkinow et la mère de Gilbert Brustlein. Il échappe aux exécutions d’otages, notamment celle du 11 août 1942, au cours de laquelle de nombreux parents de « terroristes » sont fusillés. Il est libéré définitivement le 2 septembre 1942.
  • Note 4 : Ce 28 avril 1942 une rafle est effectuée par l’occupant dans tout le département de la Seine. Lire dans le blog La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942). Suivant cette politique des otages, les autorités d’occupation ordonnent l’exécution d’otages déjà internés et arrêtent 387 militants, dont la plupart avaient déjà été arrêtés une première fois par la police française pour « activité communiste » depuis l’armistice et libérés à l’expiration de leur peine. Il s’agit de représailles ordonnées à la suite d’une série d’attentats à Paris (le 20 avril un soldat de première classe est abattu au métro Molitor, deux soldats dans un autobus parisien, le 22 avril un militaire est blessé à Malakoff).
  • Note 5 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés
Sources
  • Mairie du 11ème.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Mel de l’historien Boris Danzer-kantof, qui a travaillé sur la Résistance communiste parisienne et plus précisément sur les groupes des Jeunesses communistes autour de Pierre Georges (Fabien) et Gilbert Brustlein.
  • Blog @ Les PARIS d'Alain Rustenholz
  • Site @ resistance-ftp.net.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • © Site Internet MemorialGenWeb.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • Photo d'immatriculation à Auschwitz : Musée d'état Auschwitz-Birkenau / © collection André Montagne.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie mise à jour en janvier 2014 à partir de la notice rédigée en 2002 par Claudine Cardon-Hamet pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive». Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

Aucun commentaire: