L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


DURAND Charles, Jérôme, Louis, René, Emmanuel


Charles Durand le 8 juillet 1942
Matricule « 45513 » à Auschwitz

Charles Durand est né le 1er avril 1902 à Quimperlé (Finistère).
Il habite au 24 rue de l'Orillon à Paris (11ème) au moment de son arrestation.
Il se marie deux fois, et élève une fille, Jacqueline, née de son premier mariage.
Charles Durand travaille comme tourneur sur métaux aux ateliers d’engrenages des usines Citroën, 51 quai de Grenelle à Paris 15ème, usine qui assure le montage et l’usinage des essieux avant et des ponts arrière de la B 14 dès 1925.
Charles Durand est adhérent du Parti communiste.
Après les accords de Munich (30 septembre 1938) qui consacrent le démembrement de la Tchécoslovaquie et qui sont rejetés en bloc par le Parti communiste français, les communistes français concilient aisément leur attachement à l’URSS et l'antifascisme. Mais avec la signature du pacte de non-agression germano soviétique le 23 août 1939 - que l’Humanité du 26 août présente comme un acte de mobilisation antifasciste et de Paix - le gouvernement Daladier interdit la presse communiste le même jour. Le 3 septembre, la France déclare la guerre à l'Allemagne suite à l'invasion de la Pologne. 

L'Humanité du 25 août 1939
Charles Durand est arrêté le 5 septembre 1939, par la police française sur son lieu de travail pour avoir distribué un tract communiste (vraisemblablement la déclaration du PCF du 25 août sur le pacte de non-agression) au réfectoire de son usine et tenu des « propos défaitistes » (référence note blanche du 21 janvier 1952).
Charles Durand est emprisonné à la Maison d’arrêt de Poissy le 6 septembre 1939 et condamné le 16 novembre 1939 par le 2ème tribunal militaire de Paris à 3 ans de prison et 1000 F (3000 F selon le Maitron) d’amende pour « détention et distribution de tracts d’inspiration étrangère non soumis à la censure ».

Prison de Fresnes @ Lynx
Il est emprisonné ensuite à la Santé puis à Fresnes. 
Fiche croix Rouge juin 1944
A la différence d’autres militants arrêtés en septembre 1939 et condamnés à 3 ans de prison par le même tribunal militaire, comme Henri Asselineau, il est maintenu à Fresnes et ne connait pas un transfert vers Fontevrault lors de la débâcle. Il fait appel de sa condamnation et bénéficie en mai 1941 d’une remise de peine de trois mois.

A la date d'expiration normale de sa peine d'emprisonnement, Charles Durand n’est pas libéré et le 27 mars 1942, François Bard, Préfet de Police de Paris ordonne son internement administratif, en application de la loi du 3 septembre 1940. 
Il est alors détenu au Dépôt de la préfecture de police de Paris en attente d’un transfert.
Le 5 mai 1942, il fait partie d’un groupe de treize communistes conduits à la gare du Nord pour y être remis aux Autorités d’Occupation à la demande de celles-ci. Il est alors transféré au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122).
A Compiègne il reçoit le matricule 5167 et il est affecté au bâtiment C1.
Sa dernière lettre à sa famille date de juin 1942.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Charles Durand est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». 
Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.

Charles Durand est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45513» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"

Photo de son immatriculation à Auschwitz
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz (2) a reconnue par des rescapés du convoi lors de la séance d’identification le 30 avril 1948 par les rescapés et familles des déportés à partir des photos d’immatriculation de 522 de leurs camarades reçues de Pologne.
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date.
Charles Durand meurt à Auschwitz le 21 octobre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 247 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates et lieux de naissance et de décès, avec l’indication « Katolisch » (catholique).
Un arrêté ministériel du 30 mars 1989 paru au Journal Officiel du 26 mai 1989, porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de Charles Durand. Mais il comporte une date erronée : « décédé le 15 janvier 1943 à Auschwitz (Pologne) ». Il serait souhaitable que le Ministère prenne en compte, par un nouvel arrêté, la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 et consultables sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau. Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Charles Durand est homologué comme « Déporté politique ». C'est son épouse Mariette qui est bénéficiare de la carte de DP.Sa famille n'a pu obtenir qu'il soit homologué comme "Déporté résistant".
  • Note 1 : La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes.
  • Note 2 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Tables décennales en ligne de Quimperlé.
  • Mairie du 11ème arrondissement de Paris.
  • Fiche de renseignements de la Croix rouge adressé à sa fille Jacqueline Dulac à Quimperlé.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Le Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, Claude Pennetier (dir), éditions de l’Atelier, CD-Rom édition 1997. Edition informatique 2013, notice Claude Pennetier.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Séance d’identification de 122 «45.000» le 30 avril 1948 par les rescapés par les rescapés et familles des déportés du convoi, à partir des photos d’immatriculation de près de 500 de leurs camarades reçues de Pologne (Le Patriote Résistant N°20).
  • @ Photo d'immatriculation à Auschwitz : Musée d'état Auschwitz-Birkenau / collection d’André Montagne.
Biographie  mise à jour en janvier 2014 à partir de la notice rédigée en 2002 par Claudine Cardon-Hamet pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive». Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie.

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