L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


PREVOTEAU Georges, Fernand, Frédéric


Georges Prévoteau a relevé noms et matricules à Compiègne
Matricule « 1893 » à Compiègne et « 46015 »  à Auschwitz

Georges Prévoteau est né le 5 janvier 1895 à Orléans (Loiret) à 6 heures du matin. Il est le fils de Louise, Alexandrine Trumeau, 24 ans et de Fernand, Edmond, Georges Prévoteau, 24 ans, employé de banque (1) son époux. Ses parents habitent 4 rue des Bons enfants à Orléans.
Il est domicilié 48 avenue de Clichy à Paris (18ème) au moment de son arrestation (2).
Georges Prévoteau épouse Elise, Marie, Ernestine Ostyn le 31 juillet 1913 à Paris 6ème. Il a avec elle un garçon, Fernand qui nait en 1913. Georges Prévoteau est mobilisé par anticipation (comme toute la classe 1915), le 15 décembre 1914. Il est blessé aux deux jambes durant le conflit (11 blessures) et aura des ulcères toute sa vie (témoignage de son fils Georges).
Le 31 août 1921, Georges Prévoteau épouse Marguerite, Rose, Violette Dujardin à Paris 11ème. Il en a un fils, Georges, qui nait en 1924.
Son fils Georges décrit ainsi son père : taille 1m 75, cheveux châtains avec une légère calvitie, yeux bleus, nez fort et rectiligne, un visage plutôt rond, une dentition en mauvais état (il porte un appareil dentaire).
Georges Prévoteau est électricien de métier. C’est un militant communiste connu.

L'Humanité du 17 septembre 1937
Il est candidat du Parti communiste aux élections cantonales de 1937, à Saint-Valéry-sur-Somme où il est domicilié : sa profession indiquée dans l’Humanité du 17 septembre 1937 est « commerçant ». Georges Prévoteau possède en effet (sans doute en vertu de la loi matrimoniale en vigueur à cette époque) deux biens, provenant de son épouse. Il s’agit de deux biens immobiliers : un bar situé Place des Pilotes et un immeuble dans la rue Roche-Madone à Saint-Valéry-sur-Somme.
On sait également qu’il vit avant-guerre avec une amie, Mlle Luilier (dossier statut du BAVCC) et qu’il travaille alors comme électricien à la CAPRA à La Courneuve, la « Compagnie Anonyme de Production et de Réalisations Aéronautiques ». C’est une usine d'aviation qui a racheté les installations de la « Société des Avions Bernard ».
Il y côtoie Adrien Humbert, un jeune militant communiste qui sera déporté comme lui à Auschwitz. Comme cette usine est évacuée en 1940 à l’approche des Allemands, il est possible qu’il se soit un temps replié sur Beauvais, où son emménagement est attesté au 31 rue de Calais le 5 octobre 1941 (2).
Georges Prévoteau est arrêté le 24 octobre 1941 à son domicile du 48 avenue de Clichy à Paris 18ème (source BAVCC), et conduit le même jour à la prison du Cherche-Midi.  Une perquisition est menée le 30 octobre 1941 par la police française à son bar à Saint-Valéry-sur-Somme. Des « documents communistes, journaux, brochures, affiches, insignes, tous antérieurs à 1939 » y sont découverts.

@ Mémorial de Compiègne
Le 4 novembre 1941, il est interné au camp allemand de Compiègne, camp destiné à l’internement des «ennemis actifs du Reich», ouvert le 27 juin 1941, alors seul camp en France sous contrôle direct de l’armée allemande. Il y reçoit le matricule « 1893 » (3). Le 1er mai 1942, alors qu’il est interné à Compiègne depuis près de 7 mois, le Préfet de l’Oise envisage une proposition d’élargissement le concernant. Le commandant de la Feldkommandantur 580 à Amiens sollicite alors du Préfet de la Somme « une fiche personnelle d’après le modèle en usage » concernant Georges Prévoteau. Dans la notice individuelle en date du 5 mai 1942 qu’il renvoie, le commissaire principal des Renseignements généraux de la Somme écrit que Georges Prévoteau est un « Beau parleur, d’une intelligence au-dessus de la moyenne » mais ne recommande pas sa libération.
A Compiègne, Georges Prévoteau relève sur 10 pages de carnet une « Liste de noms de camarades du camp de Compiègne », qu’il transmet à sa famille (il s’agit des matricules 283 à 3800, liste déposée au BAVCC Caen). Emile Drouillas, dit Laporte, a fait de même, malheureusement son épouse n’a pas conservé ces documents.
C’est en partie grâce à la liste de Georges Prévoteau que nous connaissons de nombreux numéros matricules d’internés à Compiègne et que nous avons pu grâce à elle recouper des dates incertaines d’internement au Frontstalag 122.
Depuis ce camp, Georges Prévoteau va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Georges Prévoteau est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
On sait par son fils Georges, qu’il jette une lettre depuis le train à Châlons-sur-Marne, dans laquelle il leur annonce qu’ils sont « 1200 », vont « vers l’Est » et que « le train allait vers Nancy ». Cette lettre sera acheminée à sa famille par des cheminots. Lire dans le blog les Lettres jetées du train.
Après le départ de son père de Compiègne, son fils Georges écrit à la Croix Rouge le 4 novembre 1942 pour avoir des nouvelles de son père, mais la Croix Rouge ne lui répond pas.
Georges Prévoteau est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «46015» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"

Dessin de Franz Reisz, 1946
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces).
Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Electricien de métier Georges Prévoteau revient à Auschwitz I, affecté au Block 22 puis au Block 7.
Georges Prévoteau entre à l’infirmerie d’Auschwitz le 3 août 1942. Il meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 964 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau).
Il convient de souligner que cent quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre 1942, ainsi qu’un nombre important d’autres détenus du camp enregistrés à ces mêmes dates. D’après les témoignages des rescapés (dont Guy Lecrux), ils ont tous été gazés à la suite d’une vaste sélection interne des inaptes au travail, opérée dans les blocks d’infirmerie. Lire dans le blog : Des causes de décès fictives.
Un arrêté ministériel du 10 décembre 1997 paru au Journal Officiel du 18 avril 1998, porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de Georges Prévotyeau. Mais il comporte une date erronée : « décédé le 8 septembre 1942 à Auschwitz (Pologne) ». Il serait souhaitable que le Ministère prenne en compte, par un nouvel arrêté, la date portée sur son certificat de décès de l’état civil d’Auschwitz, accessible depuis 1995 et consultables sur le site internet du © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau. Lire dans le blog l’article expliquant les différences de dates entre celle inscrite dans les «Death books» et celle portée sur l’acte décès de l’état civil français) Les dates de décès des "45000" à Auschwitz.
Son fils cadet Georges a écrit à un rescapé (inconnu) le 3 mai 1945 pour tenter d’avoir des nouvelles.
Georges Prévoteau a été déclaré « Mort pour la France » et homologué comme « Déporté politique ».. Son fils aîné Fernand, domicilié en région parisienne, a été destinataire de la carte.

© Site Internet MemorialGenWeb.
Le nom de Georges Prévoteau est inscrit sur le monument aux morts et dans l’église de Saint-Valéry-sur-Somme.
  • Note 1 : Curiosité ! L’état civil des archives départementales numérisées du Loiret et celles de la ville d’Orléans diffèrent ! Dans l’une le père de Georges Prévoteau est employé de banque, dans l’autre, il est employé de bureau. On constate en outre que le préposé à l’Etat civil de la ville d’Orléans avait inscrit par erreur dans un premier temps (cf. archives du Loiret) le mariage de Georges Prévoteau avec Elise Ostyn (qui a lieu le 31 juillet 1913) en mention marginale de la naissance d’André Philippeau, né lui aussi le 5 janvier 1895 (mais décédé en mai 1913). Puis il a inscrit correctement le deuxième mariage de Georges Prévoteau avec Marguerite Dujardin le 30 août 1921. Une nouvelle page du registre a été refaite en 1946, portant correctement la mention des deux mariages et une date de décès à Auschwitz (8 septembre).
  • Note 2 : L’adresse portée sur son acte de décès à Paris 18ème, mentionnée sur le premier registre de naissance d’Orléans est le 48 avenue de Clichy à Paris (18ème). C’est également l’adresse qu’il indique lui-même sur la liste des matricules qu’il a relevés à Compiègne. Mais sur son certificat de décès à Auschwitz, il est indiqué comme adresse le 31 rue de Calais à Beauvais. Il s’agit vraisemblablement de l’adresse de membres de sa famille.
  • Note 3 : sur le document publié plus haut son propre numéro matricule a été surchargé par erreur. C’est bien le n° 1893 qui correspond à sa date d’arrivée à Compiègne, et non le 1693 !
Sources 
  • Archives en ligne de la ville d’Orléans et Archives en ligne du Loiret.
  • @ Photo de la première page de la liste de la main de Georges Prévoteau « noms de camarades du camp de Compiègne », collectés avant le départ du convoi et transmis à sa famille (BAVCC).
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1992 par André Montagne et Claudine Cardon-Hamet.
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen : dossier individuel consulté par Claudine Cardon-Hamet.
  • Correspondance avec la nièce de Georges Prévoteau, Mme Christine Houpert.
  • Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Archives de Caen du ministère de la Défense). Liste communiquée par M. Van de Laar, mission néerlandaise de Recherche à Paris le 29.6.1948, établie à partir des déclarations de décès du camp d'Auschwitz. Liste Auch 1/7 (n° 31714 et n° 279).
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet MemorialGenWeb.
  • © Site Internet MemorialGenWeb.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande. 
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie mise à jour en décembre 2013 à partir de la notice rédigée en 2002 par Claudine Cardon-Hamet pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive». Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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