L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


PORTE Jean

Jean Porte le 8 juillet 1942 (photo retouchée)

Matricule « 46002 » à Auschwitz

Jean Porte est né le 4 mai 1901 à Saint-Etienne (Loire). Il est le fils d’Antoinette Thibaud, 44 ans et de Pierre Porte, 46 ans sont époux. Ses parents sont tous les deux passementiers (la passementerie stéphanoise est renommée à cette époque : on dénombre au moins 300 ateliers en 1900).
Jean Porte est domicilié au 5 rue Pajol dans le 18ème arrondissement de Paris au moment de son arrestation.
Comme il existe plusieurs adresses au dossier du BAVCC qui correspondent certainement à diverses locations (213 rue Saint-Maur à Paris 11ème, 2 rue Fleury à Paris 18ème, 20 rue de la Charbonnière à Paris 18ème,  ou dans le 10ème (sur l’acte de décès d’Auschwitz), j’ai retenu l’adresse correspondant à celle de « M. Porte » à la Libération.
Le 11 octobre 1930, il épouse à Saint-Etienne Marguerite, Augustine Placé.
Camp de Compiègne (Mémorial)
Jean Porte est arrêté en avril 1942, il est interné à Fresnes (ou aux Tourelles). Le 5 mai 1942 il fait partie d’un groupe de 35 communistes qui rejoignent à la gare du Nord la trentaine d’internés administratifs de la police judiciaire (classés comme « indésirables »(1)), extraits de Centre de séjour surveillé  des Tourelles. Ils sont tous mis à la disposition des autorités allemandes et internés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122), le jour même, en tant qu’otages.
A Compiègne Jean Porte reçoit le matricule « 5172 ».
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Jean Porte est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Immatriculé à Auschwitz
Jean Porte est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «46002» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Jean Porte meurt à Auschwitz le 18 août 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 3 page 959 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates et lieux de naissance et de décès, et avec l’indication « Katolisch » (catholique).
Il convient de souligner que vingt-six autres «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 17 et 18 août (c’est le début d’une grande épidémie de typhus au camp principal, qui entraîne la désinfection des blocks, s’accompagnant d’importantes « sélections » et du transfert du camp des femmes). Lire « 80 % des 45000 meurent dans les 6 premiers mois », pages 126 à 129 in Triangles rouges à Auschwitz.
L’arrêté du 19 septembre 2012 paru au Journal Officiel du 16 novembre 2012 portant apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de Jean Porte corrige la date et le lieu erronés inscrits à la Libération «  Décédé le 19 août à Auschwitz (Pologne) et non à Compiègne le 6 juillet 1942 ».
Jean Porte a été déclaré « Mort pour la France » et homologué comme « Déporté politique ».
  • Note 1 : « Indésirables » : des militants communistes, dont plusieurs anciens des Brigades Internationales et des « droits communs ».
  • Note 2 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources
  • Archives en ligne de Saint-Etienne.
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle relevée en octobre 1993 par André Montagne.
  • Archives de la Préfecture de police, Cartons occupation allemande,
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Photo d'immatriculation à Auschwitz : Musée d'état Auschwitz-Birkenau / © collection André Montagne.
Biographie mise à jour en décembre 2013 à partir de la notice rédigée en 2002 par Claudine Cardon-Hamet pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive». Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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