L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
Déporté Résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


FEES Marcel, Pierre

Matricule « 45215 » à Auschwitz

Marcel Fées est né le 28 juin 1902 à Pau (Basses Pyrénées / Pyrénées Atlantiques). 
Il est le fils d'Elise Catherine Laforcade, âgée de 32 ans, négociante et de Jean, Albert Fées, 43 ans, employé de banque, son époux. Ses parents habitent maison Castelbieilch au 21 rue des Cordeliers à Pau.
Marcel Fées est domicilié 23 rue Lambert à Paris (18ème) dans le quartier « Clignancourt », au moment de son arrestation.
Il épouse Yvonne Hogrel le 25 mai 1940 à Paris 18ème. Le couple n’a pas d’enfant. 
Il travaille comme cuisinier.
Marcel Fées est membre du Parti communiste.
En juin 1940, un triangle de direction clandestin du Parti communiste fonctionne depuis plusieurs mois dans le 18ème. Il est composé de Spilers, Guilleminot et Maurice Rioux. Avec le retour de l’armée de plusieurs militants, le triangle est modifié et constitué de Laprade, Armand Schkolnic et Maurice Rioux jusqu’au soir du 26 novembre 1940 où Laprade et Schkolnic sont arrêtés (Armand Schkolnic est déporté comme Juif à Auschwitz dans le convoi du 5 juin 1942). Gustave Depriester devient alors le responsable politique du quartier des « Grandes Carrières », au sein d’un triangle de direction clandestin composé de Maurice Rioux et Alex Le Bihan. Et Alex Le Bihan prend la responsabilité du triangle clandestin à suite de l’arrestation de Gustave Depriester le 29 novembre 1940.
Marcel Fées est arrêté par la police allemande (par la Gestapo, indique le BAVCC, Bureau des archives des victimes des conflits contemporains) le 18 octobre 1941 à Paris. Déféré devant le procureur en attente de jugement, il est sans doute condamné à une peine de prison et interné à la Santé. A la date d'expiration normale de sa peine d'emprisonnement, François Bard, Préfet de police de Paris, ordonne son internement administratif. Il est maintenu à la Santé (BAVCC).
Il est ensuite remis aux autorités allemandes à leur demande. Celles-ci l’internent au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Frontstalag 122) le 25 mars 1942, selon le BAVCC. On trouve cependant d’autres dates dans les archives de la Police (internement au Dépôt de la Préfecture début mai pour un transfert le 5 mai 1942 à Compiègne, à la demande des autorités d’Occupation).

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Depuis le camp de Compiègne, Marcel Fées va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Il est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Marcel Fées est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45420» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale". Dans la liste du convoi son nom est orthographié « Bées », ce qui explique que le matricule qui lui est attribué le 8 juillet corresponde aux « B » des membres du convoi.
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Creusement du Königsgraben
par le Kommando disciplinaire
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks. Marcel Fées est de la moitié des déportés qui restent à Birkenau. Il est affecté au Kommando du Königsgraben (creusement du canal).
Marcel Fées meurt à Birkenau le 10 juillet 1942 criblé de balles par un SS, alors qu'il se dirigeait vers les barbelés, selon le témoignage d'Henri Peiffer qui était à Birkenau avec lui. Il mentionne trois tentatives d'évasion de "45 000" : « Le Königsgraben était le kommando où les camarades furent engagés. Et c'est là que la première évasion eut lieu. Celle de notre camarade Fées. Les SS le pourchassèrent et le criblèrent de balles. Le soir à l'appel : "Voilà ce qui vous attend si vous tentez de vous échapper", gueula le principal SS du camp. A la fin juillet, deux camarades français, dont j'ai oublié les noms, s'évadèrent également. Ils furent repris et exécutés. Au mois de septembre 1942, un camarade français s'évade : punition collective pour le block, marche en canard particulièrement éprouvante. Plusieurs ne se relèvent pas.
Pour René Aondetto  : « Un camarade de notre convoi s'est dirigé vers les barbelés entourant le camp de Birkenau. Il franchit la première rangée, traversa le chemin de ronde, se faufila encore à travers la deuxième rangée. Il n'y avait pas de courant à ce moment-là dans les clôtures de barbelés. Hors de l'enceinte du camp, il partit droit devant lui et malgré nos appels, il ne se retourna pas. Les SS des miradors le laissèrent parcourir trente à quarante mètres avant de l'abattre. Quelque temps après, nous vîmes un gradé SS aller lui tirer une balle dans la nuque. Je ne connaissais pas le nom de ce camarade. Mais pour moi, ce fut le premier mort certain du groupe ».
Le décès de Marcel Fées a été noté deux jours après - à la date du 12 juillet 1942 - dans le « Totenbuch » (livre ou registre des morts). Son certificat de décès établi au camp d’Auschwitz porte la date du 12 juillet 1942 (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 278 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates et lieux de naissance et de décès, et avec l’indication « Katolisch » (catholique).
Ce certificat porte comme cause du décès « Herzanfall » (crise cardiaque). L’historienne polonaise Héléna Kubica explique comment les médecins du camp signaient en blanc des piles de certificats de décès avec «l’historique médicale et les causes fictives du décès de déportés tués par injection létale de phénol ou dans les chambres à gaz». Lire dans le blog : Des causes de décès fictives.
Un arrêté ministériel du 23 mai 2008 apposant la mention Mort en déportation sur son acte de décès et paru au Journal Officiel du 4 juin 2008, porte la mention « décédé le 12 juillet 1942 à Auschwitz (Pologne) ».

Sources
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Témoignage d'Henri Peiffer, rescapé du convoi.
  • Copie d'état civil (ville de Pau). 
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Fichier national des déplacés de la Seconde guerre mondiale (archives des ACVG). 
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie mise à jour en décembre 2013 à partir de la notice rédigée en 2002 par Claudine Cardon-Hamet pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive». Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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