L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


COURTAS Robert, Albert, Lucien


Robert Courtas, le 8 juillet 1942
Matricule « 45406 » à Auschwitz

Robert Courtas est né le 7 juillet 1923 à Persan-Beaumont (Seine-et-Oise / Val-d'Oise).

2 Rue Frédéric Schneider
Robert Courtas est domicilié au 2 rue Frédéric Schneider à Paris (18ème), un immeuble de 6 étages bâti en 1926, qui compte 174 appartements.

Il est mécanicien (ajusteur) de métier.
Robert Courtas est arrêté le 19 mai 1941 à Blois (Loir-et-Cher), non loin de la ligne de démarcation. Selon un courrier du Préfet du Maine-et-Loire en date du 6 mars 1942, cette arrestation a pour motif « vol et détention de tracts communistes » ce qui correspond aux attendus du jugement. Mais selon les motifs inscrits sur sa fiche au BAVCC (Val de Fontenay), il s’agit de « pass. de la ligne de démarcation », ce qui signifie sans doute tentative de passage de la ligne de démarcation. Inculpé d’infraction aux articles 1 et 3 du décret du 26 septembre 1939, Robert Courtas est retenu à la Maison d’arrêt de Blois en attente de jugement (certificat de celle-ci).
Robert Courtas est condamné le 18 juin 1941 à 6 mois d’emprisonnement par le tribunal correctionnel de Blois.
Il est emprisonné à la Maison d’arrêt de Chôlet (1) dans le Maine-et-Loire.
Selon l’enquête effectuée à la Libération par l’inspecteur Hue qui écrit comme motif d’internement : « communiste », Robert Courtas y est maintenu après la fin de sa peine par ordonnance préfectorale : il s’agit en fait de l’application de la Loi du 3 septembre 1940 (2) qui permet aux préfets de décider de l’assignation à résidence ou de l’internement administratif, sans jugement. Son père écrit le 2 février à la délégation générale du gouvernement français dans les territoires occupés afin d’obtenir la libération de son fils (mention d’un dossier dit de Brinon (3) au BAVCC).
Robert Courtas est transféré au camp allemand de Compiègne (Frontstalag 122) à la demande des autorités allemandes le 16 février 1942 (lettre du Préfet du Maine-et-Loire, 6 mars 1942).  
A Compiègne, Robert Courtas reçoit le matricule 3619. Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».

Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Robert Courtas est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Robert Courtas est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «45406» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"

Immatriculation à Auschwitz
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz a été retrouvée (4) parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, il passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres, restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks.
Aucun des documents sauvés de la destruction ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz, ne nous permet de savoir dans quel camp il est affecté à cette date, même si sa profession (ajusteur) permet de penser qu’il retourne à Auschwitz I.
Robert Courtas meurt à Auschwitz, le 19 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 186, et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates et lieux de naissance et de décès, et avec l’indication « Katolisch » (catholique).
Il convient de souligner que cent quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18 et 19 septembre 1942, ainsi qu’un nombre important d’autres détenus du camp enregistrés à ces mêmes dates. D’après les témoignages des rescapés, ils ont tous été gazés à la suite d’une vaste sélection interne des inaptes au travail, opérée dans les blocks d’infirmerie. Lire dans le blog : Des causes de décès fictives.
Un arrêté ministériel du 18 novembre 1987 paru au Journal Officiel du 29 janvier 1988 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès de Robert Courtas en reprenant la date du 19 septembre 1942.
  • Note 1 : Etablissement pénitentiaire supprimé par décret du 3 septembre 1926, réouvert en 1941 et fermé en 1952.
  • Note 2 : La loi du 3 septembre 1940 proroge le décret du 18 novembre 1939 et prévoit l'internement de "tous individus dangereux pour la défense nationale ou la sécurité publique". Les premiers visés sont les communistes
  • Note 3 : Fernand Brinon (dit marquis de Brinon) représente le gouvernement français auprès du Haut-Commandement allemand dans le Paris de l’Occupation. Il est nommé le 5 novembre 1940 ambassadeur de France auprès des Allemands, puis le 17 novembre suivant «délégué général du gouvernement français dans les territoires occupés». Il a été le destinataire des démarches des familles de « 45000 » qui cherchent à obtenir des informations sur le sort de leur déporté.
  • Note 4 : 522 photos d’immatriculation des « 45000 » à Auschwitz ont été retrouvées. A la Libération elles ont été conservées dans les archives du musée d’Auschwitz. Des tirages de ces photos ont été remis à André Montagne, vice-président de l'Amicale d'Auschwitz, qui me les a confiés. 
Sources  
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en octobre 1993.
  • Liste de noms de camarades du camp de Compiègne, collectés avant le départ du convoi et transmis à sa famille par Georges Prévoteau de Paris 18ème, mort à Auschwitz le 19 septembre 1942 (matricules 283 à 3800) au BAVCC.
  • Liste (incomplète) par matricule du convoi du 6 juillet 1942 établie en 1974 par les historiens du Musée d'Etat d'Auschwitz-Birkenau (Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (Ministère de la Défense, Caen) indiquant généralement la date de décès au camp.
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • Photo d'immatriculation à Auschwitz : Musée d'état Auschwitz-Birkenau / © collection André Montagne.
  • Photo du 2 rue F. Schneider @ Street view

Biographie mise à jour en décembre 2013 à partir de la notice rédigée en 2002 par Claudine Cardon-Hamet pour l’exposition de Paris de l’association «Mémoire vive». Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de « Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées de ce blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour compléter ou corriger cette biographie, vous pouvez me faire un courriel deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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