L'histoire du convoi du 6 juillet 1942, écrite en 1994 par Claudine Cardon-Hamet dans le cadre d'une thèse de doctorat, prend
le relais des premières recherches menées entre 1970 et 1986 par Roger Arnould
déporté résistant et ancien documentaliste de la Fédération Nationale des Internés Résistants et Patriotes (FNDIRP)


THOMAS Adrien


Plaque de l'hôpital Tenon
Matricule 46143 à Auschwitz

Adrien Thomas est né le 5 novembre 1908 à Paris 20ème. Il est le fils de Berthe Poupet et d’Etienne Thomas, son époux.
Il se marie à Paris, dans le 19ème arrondissement le 21 juillet 1931, avec Marie Gueltas. Le couple a trois enfants.
La famille habite au 7 rue de l’Egalité à Joinville-le-Pont (Seine / Val-de-Marne), un ensemble HBM de la cité Égalité (quartier de Palissy), qui compte alors 385 logements. Les appartements y sont très petits (une chambre, une cuisine et des toilettes). Adrien Thomas a donné cette adresse au camp d’Aincourt en octobre 1940, mais à Auschwitz, le 8 juillet 1942, il donne une autre adresse : 52 rue Galliéni, toujours à Joinville-le-Pont. Peut-être qu’à cause de son arrestation, l’administration municipale mise en place par Vichy à Joinville a récupéré son appartement des HBM.
Adrien Thomas est agent hospitalier à l’hôpital Tenon (Paris 20ème).
Il est membre du Parti communiste et connu comme tel par les services de Police « communiste notoire » (selon le vocabulaire policier, extrait de sa fiche des RG).
A l’hôpital Tenon, il côtoie Maria Alonso, infirmière, Victor Houlou et Henri Messager, agents hospitaliers qui mourront tous trois dans les camps (1).
Pendant l’Occupation, dès octobre 1940, le gouvernement de Pétain décide de porter un coup au Parti communiste clandestin et il organise la rafle des principaux responsables communistes d’avant-guerre de la région parisienne : avec l’accord de l’occupant, plus de 300 militants communistes et syndicalistes sont arrêtés. Regroupés au Stade Jean Bouin, ils  sont emmenés par cars au camp d’Aincourt à partir du 5 octobre 1940. Lire dans le blog : Le camp d’Aincourt.
Dans le cadre de cette rafle, le domicile d’Adrien Thomas est perquisitionné. Des tracts sont trouvés à son domicile pendant son arrestation.

Liste du 5 octobre (C 331/7)
Sur la liste « des militants communistes « concentrés » le 5 octobre 1940» reçue par le commissaire de Police Andrey, directeur du camp d'Aincourt, figurent des mentions caractérisant les motifs de leur internement (C 331/7). Pour Adrien Thomas on lit : «Tracts saisis à son domicile, 32 ans. Employé à l’hôpital Tenon à Paris. Militant communiste notoire. Agent actif de la propagande clandestine ».
Le 9 janvier depuis Aincourt, Adrien Thomas écrit - comme beaucoup d’internés - au Préfet de la Seine, Charles Paul Magny. Il y sollicite un secours pour son épouse.
Le 6 mars le commissaire Audrey, émet un avis défavorable sur le formulaire trimestriel de révision du dossier des internés concernant « l’éventualité d’une mesure de libération », considérant qu’Adrien Thomas demeure un « communiste certain ». Marie Thomas écrit le 7 mai 1941 au Préfet de Seine-et-Oise, Marc Langeron pour obtenir une autorisation de visite (le commissaire Audrey, les refuse systématiquement, ce qui suscitera même une pétition des épouses des internés de la ville de Fresnes).
Le 6 septembre 1941, Adrien Thomas est transféré au CIA de Rouillé (2) au sein d’un groupe de 150 internés.
Le 9 février 1942, il fait partie d’un groupe de 52 internés communistes qui sont remis aux autorités allemandes à leur demande, et transférés au camp allemand de Royallieu à Compiègne (Fronstalag 122), via Poitiers. 36 d’entre eux seront déportés à Auschwitz avec lui.
Depuis ce camp, il va être déporté à destination d’Auschwitz. Pour comprendre la politique de l’Occupant qui mène à leur déportation, voir les deux articles du blog : La politique allemande des otages (août 1941-octobre 1942)  et «une déportation d’otages».
Cf Article du blog : Les wagons de la Déportation
Adrien Thomas est déporté à Auschwitz dans le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000». Ce convoi d’otages composé, pour l’essentiel, d’un millier de communistes (responsables politiques du parti et syndicalistes de la CGT) et d’une cinquantaine d’otages juifs (1170 hommes au moment de leur enregistrement à Auschwitz) faisait partie des mesures de représailles allemandes destinées à combattre, en France, les Judéo-bolcheviks responsables, aux yeux de Hitler, des actions armées organisées par le parti communiste clandestin contre des officiers et des soldats de la Wehrmacht, à partir d’août 1941. Lire dans le blog le récit des deux jours du transport : Compiègne-Auschwitz : 6, 7, 8 juillet 1942.
Adrien Thomas est enregistré à son arrivée à Auschwitz le 8 juillet 1942 sous le numéro «46143» selon la liste par matricules du convoi établie en 1974 par les historiens polonais du Musée d'Etat d'Auschwitz. Lire dans le blog le récit de leur premier jour à Auschwitz : L'arrivée au camp principal, 8 juillet 1942. et 8 juillet 1942 : Tonte, désinfection, paquetage, "visite médicale"
Sa photo d’immatriculation à Auschwitz n’a pas été retrouvée parmi celles que des membres de la Résistance intérieure du camp avaient camouflées pour les sauver de la destruction, ordonnée par les SS peu de temps avant l’évacuation d’Auschwitz. 
Après l’enregistrement, Adrien Thomas passe la nuit au Block 13 (les 1170 déportés du convoi y sont entassés dans deux pièces). Le 9 juillet tous sont conduits à pied au camp annexe de Birkenau, situé à 4 km du camp principal. Le 13 juillet il est interrogé sur sa profession. Les spécialistes dont les SS ont besoin pour leurs ateliers sont sélectionnés et vont retourner à Auschwitz I (approximativement la moitié du convoi. Les autres restent à Birkenau, employés au terrassement et à la construction des Blocks).
Adrien Thomas est affecté au Block 23 à Auschwitz I. Le 23 juillet, il est admis au Block 20 de l’infirmerie d’Auschwitz. Il en sort le 1er août, très affaibli.
Dessin de Franz Reisz, 1946
Adrien Thomas meurt à Auschwitz le 19 septembre 1942 d’après le certificat de décès établi au camp d’Auschwitz (in Death Books from Auschwitz Tome 2 page 415 et le site internet © Mémorial et Musée d’Etat d’Auschwitz-Birkenau) où il est mentionné avec ses dates et lieux de naissance et de décès, et avec l’indication « Katolisch » (catholique).
Sur le document traduit de l’allemand par la mission néerlandaise de Recherche établie à partir des déclarations de décès du camp d'Auschwitz. Liste Auch 1/7 on lit comme cause du décès : « weakness of heart muscle » (faiblesse du muscle cardiaque). L’historienne polonaise Héléna Kubica explique comment les médecins du camp signaient en blanc des piles de certificats de décès avec «l’historique médicale et les causes fictives du décès de déportés tués par injection létale de phénol ou dans les chambres à gaz». Il convient de souligner en outre que cent quarante-huit «45000» ont été déclarés décédés à l’état civil d’Auschwitz les 18, 19, 20 ou 21 septembre 1942, ainsi qu’un nombre important d’autres détenus du camp ont été enregistrés à ces mêmes dates. D’après les témoignages des rescapés, ils ont tous été gazés à la suite d’une vaste sélection interne des inaptes au travail, opérée dans les blocks d’infirmerie. Lire dans le blog : Des causes de décès fictives.
Adrien Thomas est déclaré « Mort pour la France » et homologué « Déporté politique ».
Un arrêté ministériel du 26 juin 2000 paru au Journal Officiel du 1er septembre 2000 porte apposition de la mention «Mort en déportation» sur les actes et jugements déclaratifs de décès d’Adrien Thomas, en reprenant la date de décès de l’état civil d’Auschwitz.
Son nom est honoré sur une plaque dans l’enceinte de l’hôpital Tenon et sur le monument aux morts du cimetière de Joinville.
  • Note 1 : Maria Alonso, Infirmière de 3ème classe, membre du réseau des Postiers où elle devient "Josée". Déportée dans le convoi parti de Compiègne le 24 janvier 1943 pour Auschwitz (convoi dit des 31000). Elle y meurt le 27 février 1943.
  • Deux autres agents hospitaliers : Houlou Victor, mort en déportation et Henri Messager, déporté par le convoi parti de Compiègne le 24 janvier 1943 pour Sachsenhausen, mort le 24 avril 1945.
  • Note 2 : Le camp d’internement administratif de Rouillé (Vienne) est ouvert le 6 septembre 1941, sous la dénomination de «centre de séjour surveillé», pour recevoir 150 internés politiques venant de la région parisienne, c’est-à-dire membres du Parti Communiste dissous et maintenus au camp d’Aincourt depuis le 5 octobre 1940. D’autres venant de prisons diverses et du camp des Tourelles. / In site de l’Amicale de Châteaubriant-Voves-Rouillé.
Sources  
  • Fichier national du Bureau des archives des victimes des conflits contemporains (BAVCC), Ministère de la Défense, Caen. Fiche individuelle consultée en juin et octobre 1992.
  • Archives de la Préfecture de police de Paris, Cartons occupation allemande, BA 2374. 
  • CSS d’Aincourt, Archives départementales des Yvelines, Montigny-le-Bretonneux.
  • Mémoire de maîtrise d’Histoire sur Aincourt d’Emilie Bouin, juin 2003. Premier camp d'internement des communistes en zone occupée. dir. C. Laporte. Université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines / UFR des Sciences sociales et des Humanités.
  • Archives de la police / BA 2374
  • Death Books from Auschwitz (registres des morts d'Auschwitz), Musée d’État d’Auschwitz-Birkenau, 1995 (basé essentiellement sur les registres (incomplets) des certificats de décès établis au camp d’Auschwitz ayant enregistré, entre le 27 juillet 1941 et le 31 décembre 1943, le décès des détenus immatriculés).
  • © Site Internet MemorialGenWeb.
  • © Dessin de Franz Reisz, in « Témoignages sur Auschwitz », ouvrage édité par l’Amicale des déportés d’Auschwitz (1946).
Biographie mise à jour et installée en novembre 2013 par Claudine Cardon-Hamet, docteur en Histoire, auteur des ouvrages : «Triangles rouges à Auschwitz, le convoi politique du 6 juillet 1942 » Editions Autrement, 2005 Paris et de Mille otages pour Auschwitz, le convoi du 6 juillet 1942 dit des «45000», éditions Graphein, Paris 1997 et 2000 (épuisé). Prière de mentionner ces références (auteur et coordonnées du  blog) en cas de reproduction ou d’utilisation totale ou partielle de cette biographie. Pour la compléter ou la corriger, vous pouvez me faire un courriel à deportes.politiques.auschwitz@gmail.com Pensez à indiquer les sources et éventuellement les documents dont vous disposez pour confirmer ces renseignements et illustrer cette biographie. 

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